Le livre d’or

arton6094          L’agglomération paloise se couvre de médiathèques, après Billère et Lons, la MIDR (Médiathèque Intercommunale à Dimension Régionale) André Labarrère (les palois l’appellent MIAL) est ouverte. La médiathèque Trait d’Union (Ousse des Bois), attend ses nouveaux locaux en cours de construction (voir photo du projet). Il faut rajouter à ces équipements, les établissements plus anciens ( Arbizon, la Pépinière, P. Lafon) et ceux des autres communes de l’agglomération Pau Pyrénées (Lescar et Jurançon.)
Tout ceci est il justifié ?
Et tout d’abord, combien cela coûte-t-il ?
Les réalisations de fonctionnement 2011 de la « lecture » à l’agglomération Pau Pyrénées ont été de 5,35 M€ en 2011 (dont 4,1 M€ de masse salariale). La Direction de la Culture serait très satisfaite des performances de 2011 avec 803 000 prêts réalisés… A ces coûts, il faut rajouter les amortissements des investissements (bâtiments entre autres) faits ou en cours. Prenons 40 M€ sur 20 ans donnant ainsi un coût de 7,35 M€/an pour la fonction lecture.
C’est énorme !
Un rapide calcul nous indique que chaque fois que vous empruntez un livre ou une BD ou un CD il en coûte 9,2 euro au contribuable. Il serait bon que l’usager en soit informé. On pourrait placer au dessus des lieux d’enregistrement des prêts un panneau ainsi libellé :
« Pour chaque ouvrage emprunté, un contribuable paye 10 euro « 
Une autre approche consiste à regarder comment se situe Pau par rapport à d’autres villes de taille similaire.
J’ai choisi Reims, qui a, elle aussi depuis quelques années, une BMVR en centre ville.
L’agglomération de Reims compte 220 000 habitants, la ville de Reims, 191 400 habitantsK. Elle a aussi un gros avantage, la transparence existe à Reims (ce qui n’est pas encore le cas à Pau). Sur le site des Bibliothèques de Reims, vous pourrez trouver tous les chiffres du fonctionnement des médiathèques et bibliothèques. Ils n’étaient pas à jour lorsque je l’ai consulté, et, en ayant informé la Directrice par courriel, le jour suivant, l’année 2011 était sur le site…avec un mot de remerciements de sa part.
Pau, pourtant, utilise la même architecture de site Internet, il suffirait d’y rajouter comme à Reims « les médiathèques en chiffres »…
Bien utile pour la transparence et les NPM (Nouvelles Pratiques Municipales)
Reims dispose donc de :
la BMVR (elle s’appelle Jean Falala, le Labarrère local, elle est située face à la cathédrale, ouverte en 2003)
la médiathèque Croix Rouge (ouverte en 2003)
la médiathèque Laon Zola (réaménagée en 2005)
la bibliothèque Carnegie (livres anciens et patrimoniaux)
des bibliothèques de quartier (Holden, Saint-Rémi, Chemin-vert)
3 bibliobus
etc… (www.bm-reims.fr)
Les statistiques de Reims pour 2011 sont les suivantes : Coûts de fonctionnement 5,36 M€ dont 3,98 M€ de coût total du personnel (permanent et temporaire) correspondant à 104 temps pleins. Nombre de prêts 1 018 000. Si on rapporte ces chiffres à l’agglomération paloise (en ne prenant pour base que la population de la seule ville de Reims)
 
Il faut rajouter que la Médiathèque centrale de Reims est ouverte 35h par semaine plus un dimanche après midi par mois. A Pau ouverture 32h/semaine.
A Pau il a été évoqué qu’il manquerait actuellement 12 postes ( !!!) alors qu’en fait pour être comparable à Reims il y en a 26 en trop!
Les financiers de l’agglomération doivent être un peu conscients du problème puisque, malgré la contestation des employés, ils ont reporté toute décision à la rentrée, d’où des horaires d’ouverture limités de la MIAL.
La suite sera donc intéressante…
Il est évident qu’il existe un problème de fonctionnement dans l’agglomération Pau Pyrénées (« Gabegie à gogo à l’agglo » AP du 9 juillet 2012) et bien évidement dans la Direction de la Culture.
Il est clair que la collectivité ne peut supporter des coûts aussi élevés, alors qu’à l’évidence on peut faire beaucoup mieux. Ces organisations doivent être revues avec des critères réalistes qui privilégient l’efficience, en commençant par se poser la question du dimensionnement global de la fonction lecture.
Répartition différente des horaires d’ouverture, suppression d’établissements peu efficients, optimisation des postes, …etc., les remèdes sont nombreux et faciles à mettre en œuvre.
On est ahuri de voir toujours plus de personnel dans cette activité alors que partout la productivité augmente. D’ailleurs Pau s’est doté du plus gros robot de tri de France pour récupérer les ouvrages empruntés. L’informatique a fait des progrès gigantesques, les ouvrages sont équipés de puces électroniques qui permettent des suivis des ouvrages sans intervention. Mais il faudrait toujours plus de personnel…il y a donc bien un problème d’organisation.
En terme d’efficacité, on doit s’interroger sur l’offre des médiathèques. Le taux de pénétration sur l’agglomération, avant l’ouverture de la MIAL est élevé, et c’est logique puisque depuis plusieurs années, la Bibliothèque Municipale (puis la médiathèque délocalisée aux allées de Morlaas), Billère, Trait d’Union, puis Lons offrent de nombreuses possibilités aux lecteurs de l’agglomération paloise. Il est probable que l’ouverture de la MIAL n’augmentera pas sensiblement le taux de pénétration, il y aura simplement un transfert des usagers de ces médiathèques vers la MIAL. Aujourd’hui 18 000 emprunteurs réguliers et 35 000 inscrits (taux de 23 % ce qui paraît très important).
Quant à son rôle régional, son accès pour les habitants des villages hors agglomération n’est pas facile. Elle aura bien du mal à jouer ce rôle, une fois la première curiosité passée.
Ces investissements sont trop nombreux, trop importants. On aurait sans doute pu économiser la médiathèque de Lons et/ou les nouveaux locaux de Trait d’Union, la MIAL est aussi trop grande (nous verrons dans quelques mois les chiffres de la fréquentation journalière) D’autre part, ils arrivent sans doute trop tard car l’utilisation généralisée d’Internet vient en concurrence directe et la tendance des fréquentations est à la baisse :
« Plus de la moitié des équipements qui enregistrent le nombre d’entrées depuis 2004 ou 2005 ont connu une baisse significative de ce chiffre. La tendance est donc bien à une érosion de cette forme de fréquentation. Cette tendance n’est pas propre aux bibliothèques municipales car on la retrouve ailleurs. Entre 2004 et 2008, le nombre moyen de visites par jour d’ouverture a baissé de 18 % au haut-de-jardin de la Bibliothèque nationale de France et de 16 % à la Bibliothèque publique d’information entre 2004 et 2009. Le détail de ces résultats interroge aussi, car la baisse est particulièrement forte dans les établissements de grande taille. Ce sont les trois quarts des bibliothèques centrales de communes de plus de 50 000 habitants qui sont frappés par une baisse de leur fréquentation. Les établissements qui représentent la lecture publique par des bâtiments d’envergure sont encore plus touchés que les autres. Même des réalisations récentes, qui ont fait la fierté de la profession, sont délaissées par les citoyens : Vénissieux (- 31 %), Évreux (- 30 %), Orléans (- 28 %), Villeurbanne (- 24 %), Nice (- 23 %), Poitiers (- 22 %), Châlons-en-Champagne (- 20 %), Limoges (- 20 %), Blois (- 17 %), La Rochelle (- 17 %), Chambéry (- 16 %), Reims (- 16 %), Toulouse (- 10 %), Montpellier (- 9 %). Bibliothèques municipales à vocation régionale (BMVR), établissements construits par des architectes qui ont fait briller l’étoile des bibliothèques, aucun de ces équipements n’échappe à cette désaffection. »
(Source : Bulletin des Bibliothèques de France, Claude Poissenot Université de Nancy 2)
Les collectivités locales doivent comprendre dans quel contexte nous sommes. Il est vrai que les premières mesures prises par le PS au pouvoir évitent le cœur du problème français : l’obésité de la dépense publique. Jusqu’à quand ?
Pourtant, il n’y a aucune raison pour que Pau ne fasse pas mieux que Reims ! Car, en plus, à Reims aussi on doit trouver des marges de progrès très importantes.
Adeline Hazan, Maire de Reims est une personnalité du PS. Elle pourra utilement conseiller les élus palois pour cette indispensable première cure d’amaigrissement.
On attend donc avec impatience que la CDAPP se mette enfin à l’heure de l’efficience en faisant fonctionner ses médiathèques très vite avec 30% de personnel en moins. Car maintenant ce sont les dépenses qui doivent s’adapter aux recettes, et non l’inverse comme cela est le cas depuis des décennies. La justice, ce n’est pas augmenter toujours plus les impôts.
par Daniel Sango

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