Pour un “Conseil des Elus du Béarn et de la Bigorre” : une touche historique

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arton6290Les recueils de dictons populaires sont pleins de formules ironiques, voire péjoratives, à l’égard des habitants du village voisin, ou même de la région d’à côté. Il faut dire que jadis, en des temps dits d’oppression, le « politiquement correct » n’avait pas été inventé, et user de ces dictons n’exposait pas à la correctionnelle ; tout au plus à des rixes de sorties de bal, qui ne manquent pas davantage aujourd’hui.

Ainsi, les Bigourdans faisaient rimer « Biarnés » avec « faus e courtés », faux et courtois, ce qui leur attirait la réponse « Bigourdâ, piri que câ », pire que chien. Mais comme l’a écrit le regretté Pierre Palay, petit-fils du grand Simin, dans un très beau poème sublimement mis en musique et interprété par sa fille Anne-Marie, depuis, Mme Fautoux :

« Piri que câ » « Faus e courtés »,
Aco qu’ey mandragore
De la gén de dehore.

… c’est de la mandragore (plante aux propriétés hallucinogènes) des étrangers (Qu’em biarnés, Reclams n° 34, 1985, p. 38)
Béarnais de l’Est issu d’une famille venue de Bigorre, le poète écrivait donc :

Alabéts qu’em gascoûs, …………. Alors, nous sommes
Gascons Per toustém amourous .. Pour toujours amoureux
De la tèrre mayrane, …………….. De la terre maternelle,
Biarnése e bigourdane,… ……….. Béarnaise et Bigourdane,…

La frontière ridicule qui sépare le Béarn de la Bigorre et les place dans deux régions administratives différentes n’est qu’un héritage de l’histoire féodale : les mariages et partages successoraux ont ainsi tantôt uni, tantôt séparé ces deux terres qui parlaient la même langue gasconne, La léngue soubirane, / Biarnése e bigourdane (1), la langue souveraine, béarnaise et bigourdane, poursuivait Pierre Palay.

La Bigorre devint comté et le Béarn vicomté au IXe s. Or Centulle V dit le Jeune, vicomte de Béarn en 1058, épousa en secondes noces, en 1079, Béatrix, comtesse de Bigorre depuis 1077, et devint Centulle Ier comte de Bigorre ; mais il fut assassiné en 1090. Béatrix s’associa alors son propre fils Bernard, qui lui succéda comme comte de la seule Bigorre. Par ailleurs, Centulle V avait eu de sa première épouse un fils Gaston, qu’il maria vers 1085 avec Talèse, fille du roi d’Aragon Sanche-Ramirez et vicomtesse de Montaner, plaçant le Montanérès dans la mouvance du Béarn. À sa mort en 1090, ce fils devenait Gaston IV de Béarn, dit le Croisé.

Un siècle s’écoule, puis Béarn et Bigorre vont à nouveau se trouver dans la même main pendant vingt ans, du mariage de Pétronille de Bigorre avec Gaston VI de Béarn en 1195 à la mort de ce dernier en 1214. C’en était fini de l’union féodale, et en 1292, en vertu de droits de sa femme Jeanne de Navarre sur la Bigorre, le roi de France Philippe le Bel en fit prononcer le séquestre par le Parlement et la fit administrer par un sénéchal.

Les féodalités modernes empêcheront-elles encore ces deux terres de s’unir ?

De ces unions féodales épisodiques, il reste aux archives de Béarn, devenues celles des Pyrénées-Atlantiques, de nombreux documents intéressant la seule Bigorre, dont son fameux Cartulaire récemment édité par le Pr. Xavier Ravier.

– par Jean Lafitte
8 novembre 2012

(1) Note facultative – Il n’y a que peu de différences entre le gascon de Bigorre et celui de Béarn, nommé béarnais depuis 1533. La plus sensible est sans doute la conservation par le premier d’une prononciation en [w] très vraisemblablement issue du latin parlé tardif, que le béarnais a remplacée par [b] à partir du XVe s., mais qui s’entendait encore naguère au nord-est du Vic-Bilh : par ex. : que cantaui [kantawi] / que cantabi, je chantais ; nauante / nabante, quatre-vingt-dix.
Crédit photo : http://fr.wikipedia.org/

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