Eloge de la lenteur

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En politique, comme en économie et dans bien d’autres domaines, la lenteur n’est pas nécessairement un handicap, si elle consiste à prendre en compte le long terme. Voilà de quoi vous faire hurler, car vous pensez peut-être à la question du non cumul. On vous en a tant parlé ici !


Je vous rassure tout de suite, je n’ai pas l’intention de m’opposer aux arguments de la dernière (et excellente) chronique sur le cumul publiée ici. Depuis lors, M. Valls peut s’aligner sur les propos de M. Bartolone, à mon sens il ne s’agit-là que de cuisine électorale et non de visées citoyennes comme celles que défendent MM. Désir et Hamon. D’ailleurs, si M. Valls craint que son gouvernement perde la majorité à la chambre, que ne conseille-t-il aux parlementaires de démissionner de leurs charges locales ? Ils n’en auraient que plus de temps pour être sur le terrain. Et peut-être aussi mieux accomplir leur devoir législatif. Demandez à votre député(e) la liste des projets de loi et la liste des questions écrites et orales auxquels il (ou elle) a été confronté(e) si vous ne la recevez pas régulièrement. Vous serez ébahi(e) de la complexité et de la technicité de ces questions, et il vous faudra bien consentir à l’idée que ces questions ne souffrent pas l’amateurisme et l’absentéisme. Il en est de même sinon plus pour les mandats européens. Cet argument ne vise donc en rien un(e) élu(e) en particulier.Pour conclure sans ambiguïté, ne traînons pas sur cette question du cumul et faisons en sorte que l’horizon soit éclairci avant les prochaines municipales.

Passons donc aux questions plus délicates. La société française est traversée par l’angoisse, parfois la rancœur ou l’indignation. Il suffit de lire le dernier sondage de Harris Interactive-Marianne : 74% des Français (et 80% des personnes issues de la classe moyenne) estiment que la politique fiscale du gouvernement est « injuste ». Il est vrai qu’on ne leur a peut-être pas demandé si le bouclier fiscal était plus juste, ni s’il y a eu une période durant laquelle ils estimaient ne pas payer suffisamment d’impôts.

Le mécontentement actuel se cristallise sur la fin de la défiscalisation des heures supplémentaires. Certes, c’est un coup dur pour le budget de certains ménages. Mais on peut comprendre cependant qu’en période de chômage de masse il soit aberrant d’inciter à la limitation de la création d’emplois. Il était donc normal d’aller vite sur ce dossier et il est urgent aussi de mettre en place les contrats de génération. En revanche, s’il est plus judicieux de retarder le départ en retraite que de diminuer le pouvoir d’achat des retraités et des salariés par des ponctions supplémentaires, il faut le faire avec mesure et en prenant le temps. C’est l’équilibre à long terme qu’il faut viser ainsi qu’un déroulement de la vie professionnelle qui soit adouci avec l’âge et donne place à la transmission du savoir et de l’expérience.

Faut-il suivre le Président de la Cour des Comptes lorsqu’il préconise la fiscalisation des allocations familiales ? Le sujet est sensible ; mais une telle mesure ne serait pas en contradiction avec la justice sociale puisque les ménages les plus pauvres seraient épargnés et que les revenus les plus élevés ne seraient que légèrement écornés.

L’abandon des demi-parts d’impôt réclamé par les organisations étudiantes serait une mesure plus drastique. Une telle mesure permettrait de distribuer des bourses plus conséquentes et plus nombreuses et aurait donc un caractère redistributif marqué. Mais elle pourrait avoir des effets secondaires nocifs analogues au renchérissement des loyers suscité par l’allocation logement. Et ses effets sur la démographie ne seraient sans doute pas neutres. Il peut donc être sensé de se presser lentement sur un tel sujet, même si l’Etat peut trouver là un moyen de redresser ses comptes et d’échapper à des sanctions financières qui menacent la France.

Notre pays n’est plus libre de fixer ses règles comme il le souhaite. Même s’il l’était, il n’aurait pas toutes les marges de manœuvre dans une économie mondialisée et surveillée par les marchés et les agences de notation. De plus, une idée simple comme l’idée de prendre l’argent où il se trouve et où il est dépensé avec prodigalité, comme dans le luxe (pour lequel les profits des entreprises sont élevés) doit être pesée avec soin. Il ne s’agit pas de faire disparaître un secteur qui marche bien. On pourrait aussi envisager de taxer les droits de scolarité de certaines écoles, car une famille acceptant de payer 20.000 euros pour l’éducation d’un enfant pourrait consentir à en verser 25.000 et son passage au secteur privé pourrait justifier un remboursement partiel des sommes investies pour la formation qui a précédé. Mais notre pays a besoin d’ingénieurs et d’entrepreneurs.

Ainsi, les rouages de l’économie et de la politique au sens noble du terme doivent être maniés par de bons horlogers, qui prennent le temps de réfléchir et de considérer les tenants et aboutissants. Laissons imprécations, ronchonnements et yakas. Apportons enthousiasme et soutien à ce qui va bien et à ceux qui font progresser le pays, qu’ils soient entrepreneurs, ingénieurs, techniciens, scientifiques ou politiques.

– par Paul Itologue

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