Argent et politique : Dédicace à Messieurs Braud & Sango

finacement-parti-politqueLes affaires récentes du sénateur UMP Serge Dassault, de la députée PS Sylvie Andrieux et celles en cours (Karachi, Woerth, Bettencourt, Guérini,…) montrent encore et toujours le rôle prépondérant de l’argent comme facteur clé de succès en politique.

A ce sujet, le  texte ‘les financiers et la démocratie’ de Francis Delaisi devrait être classé parmi les classiques tant sa critique du système reste d’actualité (réédition de 1936 disponible sur demande dans ma bibliothèque personnelle).

Pourtant, au-delà des affaires frauduleuses et médiatisées, une analyse des dépenses de campagne des élections législatives nous permettra de mettre à jour des pratiques qui bien qu’elles soient légales n’en sont pas moins révoltantes car en négation avec l’esprit démocratique.

Pour illustrer ‘le mensonge de notre démocratie’ (Cf. Etchegoyen-1993, également dispo sur demande), nous avons donc croisé les résultats des élections législatives en Aquitaine (source  interieur.gouv.fr) avec les montants des comptes de campagne (source cnccfp.fr).

Les montants des dépenses de 2012 n’étant pas encore disponibles, nous nous sommes basés sur ceux de 2007 (croisement avec les résultats de 2007).

Nombre de circonscriptions : 24

Nombre de candidats : 344

Total des dépenses : 3 931 887 €

Moyenne des dépenses par candidat : 11 430 €

Ce montant moyen de dépenses peut déjà nous interpeller car il met d’emblée sur la touche tout citoyen au SMIC. En mettant 100 € de côté chaque mois, notre smicard aquitain devra patienter 10 ans avant de pouvoir se présenter avec un budget moyen.

En réalité seul un héritage inattendu ou un endettement supplémentaire via un prêt à la consommation à un taux usurier lui permettra de participer au jeu démocratique.

En affinant les données, nous obtenons les résultats suivants :

Nombre de candidats au 2ème tour : 55

Total des dépenses des candidats du 2ème tour : 2 335 850 € 

Moyenne des dépenses par candidat du 2ème tour : 42 470 € 

Moyenne des dépenses du reste des candidats : 5 523 €

Ces chiffres mettent en évidence de manière factuelle le caractère élitiste de nos suffrages faisant virée notre démocratie en ploutocratie.

En 2007 et en Aquitaine donc, un candidat du 2ème tour a dépensé 7 fois plus d’argent qu’un candidat non admis. En économie, on appelle ça une barrière à l’entrée.

Cadeau pour les matheux, le coefficient de corrélation entre le nombre de voix obtenues et le montant des dépenses est de 0,83. Le niveau assez élevé (maximum étant à 1) de ce coefficient nous amène à croire en l’existence d’une causalité entre le montant dépensé lors d’une campagne et le nombre de voix obtenus.

Autrement dit, les voix peuvent s’acheter et ceci de manière officielle : 2,71 € la voix.

On comprend d’autant moins pourquoi certains candidats poussent le vice jusqu’à acheter des voix de façon illégale !

Pour mémoire ci-dessous le total des dépenses des élus aux législatives de 2007 pour les P.A:

Mme  Martine  LIGNIERES-CASSOU (1ère circo) : 42 032 €

M.  François  BAYROU (2ème) : 32 525 €

M.  David  HABIB (3ème) : 60 556 €

M.  Jean  LASSALLE (4ème) : 58 258 €

M.  Jean  GRENET (5ème) : 40 691 €

Mme  Michèle  ALLIOT-MARIE (6ème) : 43 779 €

Moyenne des dépenses : 46 307 €

Certes ! diront nos députés mais nous respectons la loi (entendre nous ne dépassons pas le plafond des dépenses). Je ne pourrai effectivement pas dire le contraire.

Cependant, je n’oublie pas que ce sont ces mêmes députés qui ont voté le code électoral et ont donc fixé le plafond des dépenses ; un peu à la manière de la loi d’amnistie de 1990.

Certes ! diront encore nos députés mais nous avons quand même permis à ceux qui font 5 % des suffrages d’être remboursés. Je ne pourrai effectivement pas dire le contraire.

Cependant, je me permettrai de mentionner qu’avec ce taux, 73% des candidats aquitains ont mangé leurs économies ayant réalisé un score inférieur à 5%.

Aimant donner des leçons de démocratie à l’étranger notre vieille république n’en finit plus de mensonge et d’hypocrisie. Jésus disait il y a plusieurs millénaires déjà :

« Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère, et n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil ? Ou comment peux-tu dire à ton frère : Laisse-moi ôter une paille de ton œil, toi qui as une poutre dans le tien ? Hypocrite, ôte premièrement la poutre de ton œil, et alors tu verras comment ôter la paille de l’œil de ton frère. »

A la reprise de cette parabole, je comprends à présent les notions de sacré et d’immuabilité à ne pas confondre avec immobilité comme l’avait bien spécifié René Guénon.

Peut-être faut-il voir dans la résurgence du fait religieux, non pas un repli identitaire comme aiment à le croire nos sociologues repris par nos politiques, mais simplement l’évidence que nos chanteurs, nos sportifs et nos politiques pipolisés et décadents ne peuvent donner l’espoir.

Au moment où le Pape tire sa révérence, le peuple italien montre peut-être la voie.

DS vous serez bientôt entendu. Ne désespérez pas !

– par Mehdi Jabrane

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