Multiplions les divisions !

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Avec ce petit clin d’œil de mathématicien, je ne veux pas inciter à la discorde, déjà si présente dans ce pays depuis les rivalités entre peuples de la Gaule préromaine. A vrai dire, c’est au chantier de la décentralisation que je veux en venir.

Le projet de réorganisation des collectivités territoriales soulève un tollé parmi des élus locaux. Mais cela ne signifie pas que réformer le partage des tâches entre les différentes collectivités soit superflu, bien au contraire ! L’opinion publique est-elle consciente du fait que notre mille-feuille territorial est inadapté et que du ménage s’impose ? On a souligné ici maintes fois que le nombre de communes en France est trop élevé et que le découpage en départements et régions est obsolète. Il est probable que le citoyen moyen n’a pas une idée claire des attributions respectives des collectivités locales. Mais cela n’empêchera pas tous les détenteurs d’une parcelle de pouvoir de s’opposer à toute remise en cause, ou du moins de tenter de la freiner.

Du côté du gouvernement, on ne serait sans doute pas fâché de reporter sur les collectivités locales des dépenses qui grèvent le budget et font apparaître son déficit à l’extérieur. Laisser aux élus régionaux l’impopularité de hausses d’impôts serait aussi un soulagement, d’autant que ceux-ci manifestent une impavidité et une impudence étonnantes en cette période de vaches maigres (voir l’article de Joël Braud sur la hausse de 18% que se sont accordés les conseillers régionaux d’Aquitaine). Du point de vue des citoyens, et tout particulièrement des contribuables, on attend une politique vertueuse d’économies. Encore faudrait-il qu’elle soit intelligente et pas sur le modèle de ce qui se fait outre Atlantique pour affronter la « falaise budgétaire ». Pour économiser 85 milliards de dollars (bien plus que ce qui est envisagé en France) on envisage de couper partout dans les dépenses publiques à la manière du brigand Procuste qui coupait les jambes de ceux qu’il accueillait dans un lit trop petit. L’idée de pratiquer des divisions du travail au niveau des départements et des régions est-elle praticable ? L’évolution des techniques le permettrait : transférer un dossier électronique d’une préfecture à une autre ne devrait pas poser de problème. Le maintien d’un service minimal devrait permettre de ne pas rompre les avantages de la proximité pour les utilisateurs. La ministre Marylise Lebranchu plaide pour une clarification des compétences de façon à éviter des redondances et il est clair qu’il faut commencer par là. Mais ne pourrait-on pas aller au-delà en favorisant des partages de compétences d’un département à l’autre, d’une région à l’autre afin de ne pas froisser les susceptibilités locales mais d’aboutir à un dispositif plus léger. Le temps des palais régionaux souvent appelés « hôtels », n’est-il pas révolu ?

Mais une telle réorganisation ne va pas de soi. Les organisations de fonctionnaires voient les dangers de certaines de ces mesures, avec par exemple une régionalisation forcée, des freins à la mobilité, une aggravation des disparités et inégalités territoriales, un désengagement de l’Etat (voir par exemple la lettre de B. Groison, Secrétaire générale de la FSU, au Premier Ministre). Il est bon qu’il y ait débat sur ces questions.

Plusieurs membres de la rédaction d’A@P ont assisté au récent colloque « Opinion publique et territoires ». Beaucoup d’entre eux attendaient des propositions concrètes sur ces questions. Ils sont sans doute restés sur leur faim. Pourtant la confrontation de personnalités politiques locales et d’observateurs, universitaires ou non, pouvait laisser espérer des échanges fructueux. Certes, il était bon de prendre du recul, et ce n’est pas l’auteur de ces lignes qui pourra dénigrer une certaine théorisation. Mais fallait-il en appeler à G. Deleuze, F. Guattari, J. Habermas ? D’autant que la citation de G. Bachelard (en substance : l’opinion générale n’a aucune valeur) ne vaut peut être que dans le domaine scientifique (cf. Galilée) et pas sur le plan social. Mais apprendre ce qu’est le « réchauffement territorial », ce que sont les territoires virtuels et comment sont perçues les régions dans différents domaines méritait l’attention. Pourvu que l’on n’en reste pas là.

– par Jean-Paul Penot

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