Béarn – Bigorre : Le point de vue de Marc Cabane


Capture d’écran 2013-03-12 à 12.18.43Marc Cabane a passé toute sa carrière au service de l’État. Sous-préfet, préfet, en poste dans l’administration centrale parisienne, il aura eu de nombreuses fois l’occassion se pencher sur l’organisation territoriale.
Si les intercommunalités sont devenues « un classique », la coopération entre territoires, séparés par une région, est chose moins fréquente. Même rare. A moins de parler de coopération entre territoires situées de part et d’autre d’une frontière.
L’Etat n’a pas de méthode prévue d’avance pour Béarn-Bigorre. Reste à suivre l’idée de Gérard Trémège, maire de Tarbes et mettre en place une « Agence de Développement Economique » qui ne marchera qu’à deux conditions expresses : avoir des objectifs précis et que les grands décideurs y participent.

A@P – Quel cadre pourrait être mis en place pour amener deux territoires comme le Béarn et la Bigorre à travailler ensemble d’une façon pérenne ?
Marc Cabane – Peut-être faut-il resituer l’enjeu tout d’abord ? La DATAR a fait une étude sur les systèmes urbains métropolitains. Il ne s’agit pas de métropoles au sens de la loi sur la décentralisation mais de territoires s’inscrivant dans une démarche de solidarité ou de recherche de services, sans en avoir nécessairement conscience. (ndlr : le cas de Béarn-Bigorre)

Vous devez prendre l’avion et choisirez entre deux plateformes aéroportuaires, situées dans deux territoires administratif différents, en fonction des destinations et services offerts. Des entreprises et des particuliers se rendent des services aux uns et aux autres sur ces deux territoires. Un exemple : un palois peut avoir son médecin à Tarbes et y fréquenter l’hôpital en fonction d’une spécialité hospitalière particulière.

Des phénomènes se développent où la mise en relation entre territoires devient absolument stratégique du développement. On observe ces phénomènes et il est vrai que l’Etat a du mal à les accompagner. Il a multiplié les outils par le passé, avec les réseaux de villes par exemple, avec plus ou moins de succès. Plutôt moins que plus.

Ma forte conviction est qu’il faut porter ce type d’élément, ce qui n’est pas incompatible avec l’amélioration de la coopération de proximité (ndlr : de type intercommunalité). Ce n’est pas non plus contradictoire. Faire les deux efforts en même temps ne se fait pas au détriment des uns des autres.

La coopération est engageante : Le fait de rentrer dans une communauté d’agglomération induit des solidarités fortes, avec du personne en commun etc. Ce n’est pas une étape finale, c’est une étape qui se construit dans la proximité avec du service. Par contre, les relations entre deux territoires doivent se conduire en s’appuyant sur des choses pratiques et concrètes. Il faut se dire que cela ne marche que si les grands élus y participent. Autrement, on va à l’échec. Et pour qu’ils y participent, il faut qu’il y ait un enjeu et une procédure de décision. Sans cela, on reste dans la spéculation. Il y a alors plein de bonnes idées, comme pour les réseaux de villes, sans lendemain.

A@P – A quel type d’enjeu pensez-vous pour le Béarn et la Bigorre ?
Marc Cabane – Il y a des sujets évidents de coopération territoriale : l’aéroport, les hôpitaux, la culture, la politique touristique. La LGV aussi sauf qu’au fur et à mesure que l’on verra l’horizon s’éloigner fortement, l’intérêt va décroitre.

Pour mettre sur pied tout cela, il faut des incitations. Soit, l’Etat les met en place sous forme d’avatar de réseaux de villes, soit il est mis en oeuvre des outils de coopération avec enjeux, ce qui est la proposition de M. Trémège. Il ne faut pas trop d’enjeu mais des choses simples, des choses évidentes. Le Maire de Tarbes en appelle à la mise en place d’une « Agence de Développement » pour faire de la prospection. (ndlr : voir A@P Tribune G Trémège http://www.alternatives-paloises.com/article.php3?id_article=6436)

A@P – Comment éviter que cela soit une source de dépense supplémentaire ?
Marc Cabane – C’est difficile. Pour qu’il y ait de l’efficacité, il faut qu’il y ait de l’ingénierie et elle aura un coût : celui de la personnes ou des personnes que l’on met du le « job ».

J’ai eu une expérience concrète quand j’étais préfet des Pyrénées Atlantiques. Les Basques espagnols voulaient une coopération avec l’Etat français et non la région Aquitaine. Le Président de la région Aquitaine, Alain Rousset n’était pas satisfait mais les Basques tenaient à parler à l’Etat. Le président du gouvernement espagnol, M. Zapatero, avait besoin du soutien des élus basques du PNV (Partido Nacionalista Vasco) aux Cortes. L’Etat français est donc entré dans un mécanisme d’échanges.

Ce qui m’a frappé, c’est que les sujets de coopération étaient des sujets de l’Etat même si liés à la proximité. Un exemple : quand les Français ou le Espagnols fermaient l’autoroute, il n’y avait aucune structure d’échange de part et d’autre de la frontière. Les processus de décisions étaient éclatés. En Espagne, la police autonome dépendait de la région basque, le concessionnaire de l’autoroute, Bidegin, de la « deputación ». Côté français, les décisions dépendaient plutôt de l’Etat avec un partage entre la gestion de proximité sur le risque et le rôle du préfet de zone. Gérer de la fluidité ou un accident repose sur une ingienerie complexe.

Un autre exemple : Un tiers de la population d’Hendaye est espagnole. Comment peut-on payer les impôts ? Le trésor public n’avait pas l’accord pour les TIP sur les banques espagnoles.

A@P – Entre Béarn et Bigorre, cela devrait être plus simple. Connaissez-vous en France des exemples de coopération « efficace » entre territoires alors que situés dans des régions administratives différentes ?
Marc Cabane – Dans le Pays de Redon, entre deux régions, la Bretagne et les Pays de Loire, et 3 départements, le Morbihan, l’Ile et Vilaine et la Loire Atlantique, une coopération s’est portée principalement sur les questions de service au public : préfecture, agence pour l’emploi, service sociaux etc. L’idée était de mettre à la disposition du public un pôle commun à Redon pour des gens en provenance de départements différents.

A ma connaissance, en dehors de communautés de communes qui peuvent être à cheval sur deux régions comme j’ai pu observer en Eure et Loire, je n’ai pas vu d’élément très marqué (ndlr : similaire à la situation du Béarn et de la Bigorre) sauf sur des cas transfrontaliers en Sarre, en Alsace et au Pays Basque comme dit précédemment.

– propos recueillis par Bernard Boutin

Comments

  1. epene says:

    En France on a la droite la plus « bête » du monde. En Béarn, on a la droite la plus « pègue » du sud ouest !

  2. Monsieur le Prefet a de beaux restes, de l’expérience et de la hauteur de vue. Mais saura-t-il parler au peuple ?

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