Je suis partout..un media à part


Certes Jérôme Cahuzac a très gravement fauté et à plus d’un titre. Inutile d’en rajouter, il est en face de ses propres responsabilités et elles doivent être lourdes à porter. Mais au moins pour ce qui me concerne, la question ne se pose  plus vraiment sous l’angle de la fraude fiscale, les faits en sont prescrits depuis longtemps. Toute question morale mise à part, la fraude fiscale n’ est-elle pas  d’ailleurs que la contrepartie illégitime des excès légaux de la fiscalité, lorsqu’elle devient insupportable ? Une forme de résistance individuelle qui comporte des risques assumés ou non. Aux gendarmes de faire leur métier, y compris quand le coupable est leur chef, c’est la règle et elle ne mérite pas de commentaires. Au fraudeur d’en supporter les conséquences ou de partir s’il ne souhaite pas s’y exposer. Trop d’impôt tue l’impôt, il le savait bien Cahuzac.

Là où les choses prennent une tournure bien plus désagréable, à mon point de vue, c’est lorsque la vérité des faits n’apparaît pas suite à une enquête de spécialistes, mais qu’elle est le fruit, appelons les choses par leur nom, d’une abominable délation. Voilà un acte qui sent bien mauvais et qui n’est pas nouveau chez nous, mille fois hélas. C’est même une part de notre culture nationale.  A cet égard, la jouissance à peine contrôlée d’un Edwy Plenel triomphant et auto-proclamé grand curateur des auges de la République, m’ apparait encore plus révulsante que le parjure de Cahuzac. Qu’il le veuille ou non, Mediapart n’est que le support servile d’une vengeance personnelle et mérite sa place dans le caniveau mediatique. Comme cela avait été également le cas lors de la publication des enregistrements audio des conversations entre Liliane Bettancourt et son majordome. On s’amusera de rappeler et c’est un comble, que le financement de ce support numérique privé a été pour une partie importante couvert par un fonds ISF. C’est à dire par des citoyens aisés et taxés sur la fortune, désireux de profiter des déductions fiscales qui leur étaient offertes en contrepartie de leur investissement dans des sociétés commerciales. Y compris nauséabondes.

Quant à Jérôme Cahuzac …Comment s’étonner vraiment que cet homme efficace et engagé dans son action, à une période cruciale n’ait pu que s’enfoncer dans son mensonge, lorsqu’il fut assailli de coups nettement sous la ceinture. Outre la faute originelle …mais là encore qui pouvait douter vraiment qu’un chirurgien haut de gamme et à la mode opérant à Paris dans l’implant capillaire, ne l’ait fait que pour des considérations esthétiques sinon éthiques. Et qu’il ne se soit pas fait de temps à autre et plus ou moins volontiers rémunérer discrètement par de riches clients étrangers. C’est très répréhensible pourtant, me dit mon plombier… En effet. Mais son erreur ne fut-elle pas surtout de prendre le risque des conséquences de son action lorsqu’il accepta la Présidence de la commission des finances que lui avait offerte comme un baiser mortel…le Président Sarkozy* et qui le révéla en homme habile et indispensable au sein d’un parti déserté par ses talents. La suite était écrite.

Enfin, cette affaire est une nouvelle fois révélatrice de l’incurie de la gauche française oscillant dans un balancement douteux, entre ce qu’il est convenu d’appeler une bien naïve ignorance et la tentation de plonger ses doigts dans la confiture, dès qu’on lui confie un peu de pouvoir. A cet égard, c’est un reproche qu’on ne saurait faire à Jérôme Cahuzac, dont le seul tort dans le fond, est d’avoir voulu mettre son talent d’entrepreneur au service de son parti au risque de subir le martyre de saint Sebastien sous les flèches de cristal de ses anciens amis. Il aurait pu choisir de continuer l’exercice fructueux de sa profession au même endroit que son magot, comme bien d’autres avant lui. Et cette erreur là, personne ne le félicitera de ne pas l’avoir faite. Et il sera bien le seul à se le reprocher.

Sois courageux Jérôme, je t’aime bien, finalement..

 

* vérification faite, ce n’est pas Sarkozy qui a nommé Cahuzac. Ce sont les socialistes qui ont confié à Cahuzac la Présidence de la commission des finances qui avait été attribuée à l’opposition dans le cadre de la politique d’ouverture voulue par la majorité précédente.

À propos Oscar

Il suffit de passer le pont...

Comments

  1. Extrait de l’article du Monde paru ce jour :

    « Parallèlement à l’affaire Cahuzac, des millions de transactions effectuées dans des paradis fiscaux viennent d’être mis au jour, après quinze mois d’enquête par la presse internationale, incluant Le Monde. Un « Offshore Leaks » qui rassemble pas moins de 2,5 millions de fichiers, auxquels il faut encore ajouter les comptes de 120 000 sociétés offshores. Selon le quotidien belge Le Soir, c’est 160 fois le volume des câbles diplomatiques répertoriés par WikiLeaks. De quoi déclencher un séisme fiscal planétaire impliquant des dizaines de milliers de sociétés et de particuliers, issus de plus de 170 pays dans le monde. »

    PS: comme vous êtes tous abonnés, je ne mets pas le lien…

    Je cherchais Grégoire (il s’était caché dans cet article, dont voici le lien, qui est finalement très intéressant quant à la comparaison avec les évènements actuels)
    lien : http://gatinais.histoire.pagesperso-orange.fr/6fevrier1934.htm

    • La presse écrite souffre . Il lui faut améliorer sa productivité et innover pour maintenir sa compétitivité face à l’invasion des media gratuits. L’industrialisation de la délation est une voie prometteuse. Après le déballage des poubelles puis celui des containers à ordures, il était temps de passer aux décharges en plein air. On n’y trouvera d’ailleurs rien d’autre que des fumées nauséabondes qui feront pincer le nez au bon peuple tout en l’empêchant de fouiller bien loin parce qu’ elles font pleurer les yeux. Tu vois Jérôme, ton calvaire est bientôt terminé. On va pouvoir montrer du doigt les habitués.

      • Voici un bien joli réquisitoire qui nourrit son homme ! Les journalistes (notamment ceux de la Presse écrite) sont donc des crève-la-faim qui font les poubelles, et dénoncent ces pauvres entreprises, ces pauvres dirigeants qui se tirent ailleurs avec des valises bien remplies de soucoupes volantes pour éviter qu’on touche à leur grisbi, les pauvrets. Elle est pas belle, la vie ? vue d’en haut, elle n’est pas mal, en effet.

        Il se s’agit pas ici de « délation », mais d’investigations menées par des journalistes professionnels intègres et responsables, qui apportent des éléments concrets sur l’injustice, la corruption, la malhonnêteté, l’omertà, le mépris qui caractérisent certaines sociétés et/ou dirigeants bien dans leurs Converse. Ce n’est pas une honte de réussir dans la vie, ce n’est pas une honte d’être « riche », le problème n’est absolument pas là. Il est dans la trahison, la trahison par rapport à une société dans laquelle chacun à charge de verser son tribut, un ensemble d’individus qui se doivent d’être égalitaires devant la Loi, qui les garantit en liberté et indépendance, et est censée en faire profiter toutes ses composantes. Bref, une société primordialement humaine. Ce qu’elle est de moins en moins, quand d’autres en veulent toujours un peu plus.

        http://lexpansion.lexpress.fr/economie/offshore-leaks-mais-qui-sont-les-chasseurs-de-scoops-de-l-icij_378799.html

        • Tout commence il y a plus de 18 mois, lorsque Gerard Ryle, alors journaliste en Australie et désormais à la tête de l’ICIJ, trouve dans sa boîte aux lettres un mystérieux disque dur bourré de données cryptées. « Ces données étaient quasiment impossibles à lire. Elles faisaient planter mon ordinateur à répétition. Il y avait beaucoup de noms de personnes de partout dans le monde mais qui ne me disaient rien », raconte-t-il à l’AFP. « Les dossiers sont incroyablement complexes et il fallait avoir le contexte. On se demandait tout le temps: est-ce qu’il y a une histoire? »

          des investigations honnêtes à partir d’honnêtes règlements de compte , si vous préférez. Beaucoup de bruit pour pas grand chose. Beaucoup de fausse naïveté et de manipulations très suspectes derrière tout ça. Attendons la suite..Et rappelez vous, trop d’impôt tue l’impôt. L’évasion fiscale est la fille de l’excès d’impôts de la même manière que l’écologie est la fille de la pollution. Plus il y a d’impôts, plus les acteurs économiques s’estiment en droit de garantir leur survie en y échappant et plus l’autorité publique se voit contrainte de les augmenter pour compenser ses pertes de ressources. C ‘est une spirale mortelle dans laquelle la morale n’a rien à faire. Un « paradis fiscal » n’est qu’un élément de la globalisation des marchés lorsqu’il s’agit pour des états dépourvus de toute autre ressource d’en faire un élément de compétitivité. Dans la croyance populaire entretenue par des medias honnêtes et compétents, il s’agit de sortes de grottes où s’entassent des réserves de mafieux qu’il faut donc dénoncer avec véhémence. C’est bien plus compliqué que çà, m^me si ce n’est pas toujours en effet ni très propre ni très clair. Mais je respecte bien entendu vos indignations.

  2. Pour ce qui est de l’incurie, Oscar, un peu d’objectivité, la droite n’est pas mal du tout…

    Pour compléter l’analyse, je pense que vous devez trouver bien peu performante la gestion des comptes off shore faite par Cahuzac…
    Finalement, il n’etait pas si bon que ça…

    • Oscar says:

      Je ne suis pas specialiste de ces questions, mais par principe je n’aime pas les lynchages. Et puis je suis un indécrottable pragmatique. Dans notre monde dangereux, je ne pourrai jamais m’empêcher de préférer instinctivement un résultat à un principe, un chirurgien border line mais efficace à un crétin authentique et pleurnichard, un Cahuzac à un Filoche, un Sarkozy à un Hollande, même si c’est vrai, il restera beaucoup à dire, ce qui augure bien de l’avenir pyrénéen de nos alternatives. 🙂

  3. Helene Lafon says:

    Une magnifique analyse de notre société. Merci !
    C’est bien au-dessus de l’analyse à visées politiques faite par Pierre Esposito, que l’on peut résumer en quelques mots : tous pourris sauf…. les extrêmes !