Affaire Alexandre Junca, un gros travail de flic.

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Aujourd’hui tout le monde se réjouit de ce que les auteurs présumés de ce crime odieux soient maintenant aux mains de la justice. Pour en arriver à ce résultat un immense travail des policiers de la police judiciaire a été nécessaire. On est loin des romans policiers où le héros parvient seul à identifier et arrêter les auteurs d’un méfait, ici une équipe soudée a réussi ce qui, au départ, paraissait impossible.

Peu de monde imagine comment fonctionne une équipe de la police judiciaire confrontée à une telle énigme. Au départ, si l’on en croit la presse, il y avait très peu d’éléments. La police technique et scientifique ne délivrait aucun indice, aucun ADN. Il a donc fallu compter à la fois sur l’investissement des policier(e)s, leurs qualités personnelles, leur détermination et surtout faire en sorte que jamais le découragement ne les gagne.

Une telle équipe doit avant tout être soudée. Et lorsqu’on a rien qui accroche, lorsqu’on a fermé un certain nombre de portes parce qu’elles n’ouvraient sur rien de palpable ou de crédible, il reste parfois à espérer qu’un témoin de dernière minute, pris de remord va se faire connaître. Il n’en a pas été ainsi alors les flics de la P.J. se sont accrochés à tout qui pouvait présenter un intérêt même si l’élément pouvait paraître anodin.

Le fonctionnement est principalement basé sur le fait qu’un certain nombre de policiers n’est consacré qu’à cette enquête. D’ailleurs leur habitude de travail fait que dans une telle situation ils finissent par ne penser qu’à leur enquête, à faire travailler leur imagination et confronter entre eux les hypothèses qu’ils échafaudent. On parle beaucoup, on échange des idées, on se donne des idées. Jusqu’au moment où l’une ou l’un d’entre eux épluchant le registre des condoléances, a été alerté par une formule peu habituelle. Cet indice qui en soi était très ténu, a été examiné comme indice qui accroche. Pour autant personne au départ n’y croit mais personne ne décourage ses collègues.

Puis il a fallu mettre une identité sur un prénom, sur un surnom pour arriver à savoir qui se cachait derrière cette formulation bien curieuse. Il a fallu également contrôler les communications téléphoniques.

L’autre grande difficulté est d’être confronté à ce milieu interlope que sont les marginaux. Rien n’est logique chez eux et lors des interrogatoires ils parlent peu et se contredisent fréquemment. Sous le code d’instruction criminel, l’aveu était considéré comme la reine des preuves. Pour des raisons que tout le monde peut comprendre, il n’en est plus ainsi depuis que le code de procédure pénale a remplacé le code d’instruction criminelle. Alors il faut chercher des failles ailleurs. Cela est à la fois compliqué et décourageant. Avec les marginaux, la vérité d’un jour n’est pas celle du lendemain et les contradictions ne les effraient pas. Il est donc difficile de trouver une logique et surtout les motivations reposent toujours sur des futilités auxquelles on ne peut logiquement apporter du crédit.

Dans le même temps il faut établir tous les actes de la procédure, les notifications des droits du gardé à vue, la confrontation, les auditions, les perquisitions, l’établissement des scellés, les comptes-rendus au juge d’instruction et tant d’autres. Tout cela dans un souci de l’urgence imposée par les délais de la garde à vue. Il y a une règle qui est toujours respectée c’est celle du secret dans la phase de la procédure judiciaire et pourtant il faut savoir que la presse est présente et sollicite sans cesse les enquêteurs. Selon la loi, (code de procédure pénale) seul le procureur est habilité à informer la presse de l’état d’une enquête judiciaire. Il le fait mais en fin d’établissement des actes, au moment du déferrement du ou des mis en cause.

Le résultat est là et bravo à ces policiers qui sont tous de grande qualité.

Maintenant il faut réfléchir à ce qu’il conviendrait d’envisager pour que de tels faits ne se reproduisent pas. Quelle est la meilleure prévention face à ce milieu des marginaux.

Certains évoqueront la mise en place de caméras vidéo placées en des lieux stratégiques sur la voie publique. Partout où cela a été entrepris, il n’a pas été réellement constaté une diminution de l’insécurité dont cette population désocialisée est la cause. Pourquoi ? Parce que sauf à mettre des caméras partout on ne peut surveiller la totalité des espaces. D’autre part les marginaux eux-mêmes ne sont pas dissuadés par le fait qu’ils se sentent surveillés par ce moyen. Enfin parce que les caméras ne permettent que très rarement l’identification d’une personne.

Cette population est difficile à prendre en charge par les structures sociales du fait précisément de leur errance et de l’impossibilité d’organiser des rencontres, des rendez-vous. La plupart souffre de psychopathies du fait surtout de leur addiction à l’alcool, à la drogue. Les médecins spécialistes en psychiatrie s’accordent à reconnaître qu’il leur est impossible d’évaluer le degré de dangerosité d’un malade mental.

Alors il reste, et tout le monde est plutôt d’accord sur ce sujet, qu’il faut une présence accrue de la police mais en considérant que c’est d’abord le rôle de la police nationale plus que celui de la police municipale. Il ne sert à rien de prendre des arrêtés interdisant la consommation d’alcool sur la voie publique s’il n’y a pas de contrôle et si les interdits ne se concrétisent pas. La police doit effectuer des contrôles fréquents qui ont pour but de répertorier les éléments de ces groupes de marginaux qui se regroupent dans divers espaces du centre-ville. Non seulement d’ailleurs de les répertorier mais également de créer chez eux une gêne face à ce qu’ils perçoivent comme une insécurité face aux forces de l’ordre et ce n’en déplaise aux beaux esprits. Bien sûr cela doit se faire en collaboration avec les services médicaux et sociaux qui doivent à partir des signalements fournis par la police intervenir et assumer des prises en charge. A l’inverse, la police sait que les services sociaux, pour d’obscures raisons de crédibilité, rechignent à collaborer avec elle. Mais retenons que la contrainte reste la mesure initiale à toutes les autres.

Enfin devant de tels faits, le sentiment d’insécurité existe, il est fort et ne peut-être ignoré. Cependant la ville de Pau est une ville où la délinquance est parfaitement contenue.

 

– Par Joël BRAUD

Pau, le 9 avril 2013

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