Mea culpa


Je ne vais pas revenir sur les aveux de M. Cahuzac. D’une part parce que je les trouve bien tardifs et trop liés à une opération de communication, mais aussi et surtout parce que cette affaire et ses retombées ont fait l’objet de suffisamment de conversations et de commentaires. Parlons plutôt de moi, et peut-être, de vous.

Non, je ne fais pas partie des 353 gros contribuables français répertoriés par UBS dans ses « carnets du lait ». En passant, on peut remarquer que la banque suisse qui s’était illustrée dans le scandale du Libor n’a pas joué dans la finesse pour « traire la France ». Je ne fais pas partie non plus des contribuables absous par les services de M. Woerth dans son opération de dégrisement.

Mais hier, dans une grande surface j’ai acheté un ballon de foot et un lot de cinq paires de chaussettes. En toute inconscience, comme M. Cahuzac. Les montants, de 2 et 4 euros respectivement ne me paraissaient pas propres à une longue méditation. Ce n’est que maintenant que je réalise que je participais ainsi à la mondialisation et que le mot d’ordre « achetons français » était devenu bien inaudible derrière tant de polémiques. Par ailleurs, le consommateur ne peut que se faire à l’idée d’acheter des produits étrangers s’il veut acquérir un appareil photographique ou une tablette. Au-delà du petit fait de départ de cet article, il faut garder à l’esprit la réflexion de Pierre Gattaz, président du groupe des fédérations industrielles et candidat à la présidence du Medef :

« Après avoir connu les Trente Glorieuses, l’industrie française subit les vingt calamiteuses. Elle ne pèse plus que 15% du PIB, contre … 27% en 1974. »

Il convient de mettre cette évolution en rapport avec la ventilation des prélèvements obligatoires : les cotisations sociales représentent 333 milliards d’euros, les impôts indirects 158 milliards d’euros et l’impôt sur le revenu 50 milliards d’euros. Les 6 milliards d’impôts supplémentaires pour 2014 pèsent donc peu dans ce tableau ; mais ils ont un impact psychologique important.

A l’équilibre des comptes publics correspond l’évolution de l’économie du pays. Une différence de quelques millièmes de points du PIB entre les prévisions de Bercy et celles du FMI ne sont pas très significatives. Mais l’évolution positive ou négative aura un retentissement considérable sur le moral des entrepreneurs, des prêteurs et des citoyens.

Aussi, l’idée de ne pas enfoncer l’Europe dans l’austérité ne peut que venir à l’esprit. Le taux de chômage en France et surtout dans les pays du sud de l’Europe est insupportable et ne peut permettre un redressement des comptes publics qu’au prix de sacrifices douloureux. Pour autant, abandonner l’objectif de redresser ces comptes serait irresponsable, comme le soulignent à la fois Karine Berger, en charge des questions financières au PS, le chef du gouvernemant et François Bayrou dans un tribune du journal « Le Monde » du 16 avril. En effet, la France bénéficie à la fois d’un certain calme des relations sociales (hormis les réactions face aux licenciements) et de taux de crédits historiquement bas. Cela vaut que l’on préserve ces facteurs favorables, pas toujours bien mis en valeur dans les médias. Reste à trouver des clés pour trouver des économies et relancer la machine économique. Les mesures de moralisation préconisées par la pétition lancée par François Bayrou (qui n’a recueilli qu’un peu plus de 50.000 signatures jusqu’ici) ou qui seront proposées par le gouvernement ne peuvent conduire à cet objectif. Mais elles peuvent contribuer à rétablir un peu de la confiance nécessaire. Un grand plan de transition énergétique et d’amélioration de l’habitat à partir d’expériences concrètes serait mieux à même de relancer l’activité.

Et si les décideurs du G 20 sortent des incantations pour prendre des mesures concrètes contre l’évasion fiscale, une fenêtre pourrait s’ouvrir sur un ciel plus bleu. Mais à la réunion de Washington de ces derniers jours devra succéder une réunion en juillet à Moscou puis un sommet à Saint-Pétersbourg en septembre. La pression ne pourra pas être relâchée.

– par Paul Itologue

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