Petite France

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Capture d’écran 2013-04-29 à 13.39.42A force d’être lâche et recroquevillée,
Tu n’es déjà plus celle où vibraient nos couleurs,
Ma France à la voix trouble, à la lèvre écaillée,
Qui dans le fiel recuit saccage tes valeurs.
Quoi ! ne serais-tu plus qu’une harpe geignante,
Qu’une chaloupe borgne assoupie en un coin ?
Mon pays tant couvé d’une flamme poignante
Contre lequel je lève, abasourdi, le poing.
Sur les sentiers blafards, comment te reconnaître ?
Tu glisses vers la nuit, comme terne à jamais ;
Esclave du falot, clairon vil du non-être
Et lézardant les lois pour d’ignobles fumets.
Ma patrie enjôleuse aux manières de gaupe,
Ton quatorze juillet feint de nous rendre égaux ;
Mais il me semble choir au fond d’un trou de taupe
Quand je te vois glapir, laide sous les ragots.
Oh ! dis-le moi, qu’es-tu devenue en ce monde ?
Trop de sales forfaits maculent ton habit,
Marianne que j’aime et devant qui je gronde
Comme un enfant rageur dont l’œil noir s’ébaubit.
Cocoricos stridents, mots galeux, haines molles,
Où se cache ma France au long passé vainqueur ?
Ah ! se peut-il qu’un jour piètrement tu t’immoles
Telle une vieille dame ayant perdu son cœur ?
Se peut-il que tombée au milieu de la fange,
A l’histoire elle seule, hélas, après-demain,
Tu laisses ta grandeur belle, inouïe, étrange,
La lyre agenouillée ou l’injure à la main ?
Non ! si te consumant d’avanie en dispute,
Toi-même devais tendre une joue au bourreau,
Je ne saurais une heure imaginer ta chute,
Mon foyer, mon terroir, mon sang, mon boléro.
On les entend, émus, jusqu’au bout de la terre,
Ceux chez qui flotte au vent ton drapeau sans visa,
Eux non plus ne voudraient que les genoux à terre,
Leur idéal fécond tout à coup se brisât.
Déserte les nids morts et les scènes éteintes,
Piétine du regard le dédain convulsé,
Ma mère pitoyable aux aboyeuses plaintes
Vers laquelle je crie : « assez ! assez ! assez ! »
Il n’appartient qu’à toi de mûrir avec force
Dans nos matins d’orgueil les champs du renouveau,
A toi de balayer la rancune retorse
Pour filer, glorieuse, un splendide écheveau.
Mon Dieu ! voilà que sourd en fleuves d’harmonie
L’océan jeune et clair d’une âme en plein essor ;
Ranime tes vieux os, rallume ton génie,
Ma France à qui toujours sera lié mon sort.

– par Thierry CABOT

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