L’Europe : Notre Destin Commun

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Capture d’écran 2013-05-24 à 08.05.04Potentiellement première puissance économique, l’Europe est un nain politique, totalement absente de la scène mondiale. « Qui dois-je appeler si je veux appeler l‘Europe ? « disait Kissinger au début des années 1970.

Le constat est là : 40 ans après, il n’y a toujours personne pour répondre. Les causes en sont multiples :
• Refus d’ex-grandes puissances et notamment de la France de se diluer dans un espace supranational de crainte de perdre leur rang sur la scène internationale, sans se rendre compte, consciemment ou inconsciemment, qu’elles sont devenues des puissances moyennes et comptent peu désormais dans le nouvel ordre mondial qui se met en place.
• La France, autrefois centre de gravité de l’Europe, doit intégrer que depuis l’ouverture de l’Union Européenne aux anciens satellites du Bloc Soviétique, le centre de gravité européen s’est largement déporté vers l’Est.
• Volonté des États-Unis d’éviter l’émergence d’une nouvelle puissance de l’autre côté de l’Atlantique, avec l’aide de leur tête de pont anglaise et le soutien inconscient (?) des anciens pays de l’ex Bloc Soviétique.
• Volonté de la Droite Libérale de tout laisser entre les mains du marché régulateur au nom d’un libéralisme dogmatique, sans se rendre compte que, de l’autre côté de l’Atlantique, les États-Unis savent subventionner leurs entreprises, l’agriculture, la recherche et bloquer «la force régulatrice du marché» quand leurs intérêts sont en jeu.
• Lâcheté des gouvernements et des décideurs politiques qui se cachent derrière des Directives Européennes qu’ils ont approuvées, parfois générées, pour imposer dans leur pays des mesures qu’ils savent nécessaires mais impopulaires tout en profitant des subventions de Bruxelles sans préciser leur origine.

Absence de politique étrangère commune, absence d’Armée Européenne (souvenons nous de la Yougoslavie – problème intérieur à l’Europe – réglé avec le soutien militaire américain), absence de solidarité économique avec une très large prévalence d’une logique purement financière, secteurs stratégiques laissés à l’abandon (Galileo) ou développés nationalement sans perspectives communes et donc sans vrais moyens (politique Énergétique – Recherche), refus de renforcer les institutions représentatives européennes pour les rendre plus visibles, plus fortes et donc plus proches des citoyens: tout est fait pour que l’Europe n’existe pas.

Le problème qui se pose aux pays européens peut se résumer en une phrase: lutter seuls contre la crise (voie qui semble vouloir être le plus communément empruntée) ou agir collectivement. Pour peser dans la régulation mondiale d’une économie très largement sans frontière, aucun pays européen n’a de poids suffisant et se retrouve de fait soumis et dépendant d’intérêts extérieurs. En pensant se sauver et sauver leur place dans l’espace international et économique, ils sont probablement en train de tout perdre et de nous faire perdre collectivement. Ils ont donc intérêt à s’unir. Est-ce trop tard ? Ou est-il encore possible de converger vers une puissance Européenne ? En une phrase: le point de non retour est-il atteint ?

Trois constats s’imposent :
• au niveau de l’Union Européenne à 27, il apparaît trop de courants contradictoires. Il sera donc très difficile de faire émerger et de dessiner des perspectives communes.
• l’Allemagne et la France ont toujours assuré le cœur de la construction européenne et doivent prendre conscience de leurs forces et faiblesses respectives (la France n‘est plus au cœur de l’Europe et l’Allemagne a besoin d’assurer son principal espace économique exportateur).
• un certain nombre d’hommes politiques français, de droite comme de gauche, se sont prononcés pour donner plus de poids aux institutions européennes.

Construire un Espace Européen, doté d’institutions plus fortes, parlant à l’extérieur d’une seule voix et de fait revenant au premier plan international est probablement possible. Les «couples» De Gaulle-Adenauer, Brandt-Giscard, Kohl-Mitterrand ont très largement fait progresser l’idée européenne, chacun à son époque. Le dernier (Kohl-Mitterrand) a su créer une monnaie unique, tant vilipendée aujourd’hui. Souvenons-nous pourtant des dévaluations compétitives régulières dont Français, Anglais et Italiens, entre autres, étaient coutumiers et qui empêchaient toute perspective à long terme des États et des entreprises . C’était hier et tout le monde semble l’avoir oublié. Un nouveau couple Franco-allemand saura-t-il donner de nouvelles perspectives ?

Accepter le principe d’une Europe concentrique permettant à ceux qui le souhaitent d’aller de l’avant est probablement une solution. Ceux qui n’auront pas souhaité intégrer cette entité pourront le faire ultérieurement. La nouvelle force qu’elle saura et pourra acquérir servira à nouveau d’aura comme l’Europe du traité de Rome a su le faire.

– par Hervé Cadillac

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3 commentaires

  • Je ne m’y connais pas trop en politique … mais j’avais envie de vous soumettre ceci … merci.
    L’Europe
    Nombreux sont les citoyens européens ignorants en effet du fait du manque de « visibilité » des députés européens, des explications qu’ils auraient à offrir ici où là, dans les pays et leurs régions (conférences-débats télé etc) où la confiance commence à manquer, le scepticisme ajouté aux valeurs élevées par certains partis voyant dans l’Europe une menace. Ne parlons pas d’un moral en baisse dû à la crise, une seule chose préoccupant les foyers et leurs maigres budgets quand dans les rassemblements des sommités concernant l’Union Européenne, ils ne voient que les dépenses effectuées pour parler d’une Europe dont ils ignorent presque tout, tandis qu’il faut aider les pays en récession. L’Europe qui nous est présentée depuis quelques années est faite de lourdes contraintes, de zizanie entre les pays, de lourdes dépenses (finances publiques)… et beaucoup acceptent mal cette idée servant aux ennemis de cette dernière … Elle, l’Europe, qui finira bien par aboutir si les responsables politiques de nos pays respectifs ne tiennent pas éloignés les citoyens d’une ignorance et son opacité dans laquelle ils furent dès le départ plongés, eux qui se jugeaient bien représentés il y a quelques années. En devenant plus proches des citoyens de chaque pays, les politiques nous offriront, surtout à nos enfants et petits enfants, de quoi vivre une Europe sociale, fiscale, industrielle et environnementale des plus solidaire.
    Bien à vous.

  • Bravo, construisons une Europe citoyenne et non pas politicienne et nous sortirons de la crise.

  • AltPy – En mai 2014, les citoyens européens vont élire un nouveau parlement à Strasbourg. Beaucoup montrent du doigt le fonctionnement difficile à comprendre et peu représentatif des institutions européennes. Quelles améliorations « démocratiques » peuvent-ils espérer une fois que la nouvelle législature sera mise en place ?
    Alain Lamassoure – Ils auront enfin ce qui leur manque : un »Monsieur » ou une « Madame » Europe, élu par eux. Car c’est une autre novation du traité de Lisbonne : le Président de la Commission européenne ne sera plus un haut fonctionnaire international nommé par les chefs d’Etat, il sera élu par le Parlement européen au lendemain de l’élection de celui-ci. Dès maintenant, les partis politique européens s’organisent pour choisir leur candidat et élaborer un programme commun pour les 28 pays. Pour la première fois, il y aura une vraie campagne d’échelle européenne, et ce sont les citoyens qui éliront le chef de l’Europe et son programme. Cela changera tout !

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