L’effacement des langues régionales : une VRAIE exception française

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PatoisL’« exception culturelle française » invoquée au sujet du cinéma a fait l’objet d’une réflexion critique de la part d’Oscar dans AtlPy de ce 24 juin. Il en est une autre beaucoup moins invoquée… et même connue, c’est celle de l’expansion du français au cours des siècles.

Quand les défenseurs des langues régionales imputent leur recul au centralisme royal et au « jacobinisme » républicain, ils méconnaissent en effet la réalité historique, dont le fait le plus significatif est l’adoption spontanée du français par les dirigeants et les classes supérieures de plusieurs régions bien avant leur incorporation au royaume ou à l’empire.

Il en fut ainsi en Bretagne, duché quasi indépendant, qui avait rédigé sa célèbre Coutume en français vers 1320, donc plus de 200 ans avant sa réunion à la couronne en 1532.

De même dans notre Béarn : Gaston Fébus avait déclaré ne le tenir que de Dieu et de son épée, refusant l’hommage que lui demandait le représentant du roi de France (26 septembre 1347) ; pourtant, tout en gouvernant en gascon — le nom de “béarnais” n’apparaitra qu’en 1533 —, Fébus parlait couramment le français dont il a usé dans ses deux œuvres littéraires ; le récit par Froissart du séjour qu’il fit à sa cour à Orthez, de la fin novembre 1388 à février 1389, montre même que l’entourage du prince pratiquait naturellement le français ; ici encore, donc, plus de 200 ans avant l’édit d’union prononcé par Louis XIII en 1620.

Quelques décennies plus tard, dans la pièce à succès de Fondeville la Pastourale deu paysaa qui cerque mestiee a son hil, si les paysans parlent béarnais, les bourgeois éclairés s’expriment en français et les gens des classes moyennes emploient un dialecte très francisé ; et peu après 1750, dans une chanson, une bergère vante son berger en béarnais : « Eth sap plà parla lou francés ».

Il en fut de même en Avignon et dans le Comtat Venaissin, terres papales de 1274 à 1791, et en Savoie dont le français était la langue officielle dès 1560, 300 ans avant son rattachement à la France en 1860.

Bien évidemment, c’était encore plus vrai dans les provinces du royaume, dans les frontières fixées au partage de Verdun de 843. Et les grands de l’Europe n’étaient pas moins attachés au français, jusqu’à Berlin et Saint-Pétersbourg, ce qui fait de la situation linguistique de la France un cas exceptionnel et unique en Europe.

Ainsi, à la veille de la Révolution, selon l’historien Ph. Martel, « d’une certaine manière, pour les classes populaires non francophones, l’accession au français constitue une sorte de Bastille à prendre. Et de ce fait, elle ne sera guère refusée dans ces classes. » Ce sera donc l’honneur des élus de la Révolution d’avoir aboli le privilège de fait de la connaissance du français et posé les bases de son enseignement généralisé à l’ensemble du peuple français. La dénonciation des “patois” ne fut que le corollaire de cette action pour donner à tous l’accès à la langue nationale, celle des droits et libertés du peuple.

La conséquence de la prééminence sociale du français fut le discrédit des « patois », signe d’ignorance et d’infériorité, et ce discrédit dans une société de plus en plus ouverte a mis fin à leur transmission naturelle dans les familles.

Il n’empêche que nombre de ces idiomes sont riches d’histoire et de littérature, et il est légitime de vouloir les conserver. Mais ce n’est pas gratuit, à commencer par l’effort personnel de qui veut les apprendre. Qui donc paiera ? Certains revendiquent une « réparation historique ». Mais la réparation d’un préjudice suppose une responsabilité de celui qui l’a causé. Or ce sont tous les élus de toute la France qui ont promu le français dans le peuple, et le peuple n’a jamais protesté. C’est donc à chacun de payer pour retrouver un « bien » abandonné par ses ancêtres ; et c’est très sagement que l’on a mis l’article sur les langues régionales dans le titre de la Constitution relatif aux collectivités territoriales : à chacune de voir ce qu’elle juge utile et possible de faire… et d’y affecter l’argent de ses contribuables.

– par Jean Lafitte

crédit photo : http://fr.geneawiki.com/index.php/Les_langues_régionales_et_les_patois

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6 commentaires

  • Cette conclusion de me plaît guère, mais nullement étonnante vu la tournure de l’article. C’est de bonne guerre, mais je ne suis pas d’accord avec cette analyse. Si les élites d’antan ont choisi le français, c’est qu’il devait y avoir une carotte au bout, voilà tout. La déchéance des « patois » du début du siècle dernier, est principalement du à une sale conjoncture survenue avec la 1ère guerre mondiale et la grippe espagnole qui ont décimé les campagnes.

    • J’ai voulu faire bref et n’ai pas parlé de la “carotte” que vous évoquez avec raison; mais on doit compter sur les doigts les mouvements humains que ne dicte pas la recherche d’un intérêt. Et les élus du Béarn de 1789 votèrent pour l’abolition des vieux Fors, écrits en béarnais, parce que ce Fors faisaient la part trop belle aux classes privilégiées… qui se découvraient alors une vocation de défenseurs de l’identité béarnaise et de sa langue (cf. P. Tucoo-Chala dans la Préface du recueil de Michel Grosclaude, « Le Béarn : Témoignages sue mille ans d’histoire, 1979).

  • Très bon article en effet; je suis simplement surpris par la carte qui fait apparaitre une langue, « l’occitan », dont l’existence réelle fait débat car elle est en fait constituée de plusieurs langues (le gascon par exemple est une langue).
    Pour revenir au sujet de l’article, je pense que la construction d’une identité nationale basée sur la pratique d’une langue commune, est une conséquence des mouvements philosophiques du XVIIIè et du XIXè siècle, en particulier le romantisme. Avant cela, l’identité ne se définissait pas par rapport à une langue. Il est donc logique que les élites de ces époques n’aient pas défendu une exception culturelle, qui est vraiment un concept récent

  • Excellent article, érudit et finement conclusif. Bravo

  • Et Pays Basque?

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