Dopage

imagesAu moment où le Tour de France va prendre son envol sur l’île de Beauté. Au moment où nous venons d’apprendre les confessions de Lance Armstrong. Au moment où Yann Ulrich vient d’avouer. Au moment où Laurent Jalabert est convaincu d’y avoir touché en 1998. Me revient à l’esprit une petite anecdote.

 C’était à l’occasion d’un critérium qui se déroulait dans la seconde partie du mois d’août cours Lyautey à Pau, Raymond Poulidor était l’invité vedette. Questionné sur le dopage il raconta cette histoire tirée de son expérience. Ceux qui le connaissent  ou qui l’ont rencontré, savent sont goût prononcé pour le conte.

 Dans l’équipe Mercier à l’époque Antonin Magne était le directeur sportif. Grand coureur du Tour de France lui-même, il était affublé du surnom de « Tonin le sage ». C’est dire. Tonin donc le soir des étapes faisait venir chaque membre de son équipe dans sa chambre d’hôtel et lui disait, selon le cas : toi aujourd’hui tu as été mauvais dans les côtes, ou toi aujourd’hui tu as été faible au sprint etc. En conséquence il invitait son coureur qui, en la circonstance restait debout devant lui, à boire le contenu d’une  des fioles qu’il avait étalées sur la table. Ce dernier s’exécutait sans dire mot. Et Raymond d’ajouter, Tonin  avait une telle autorité qu’il n’était pas question pour l’un ou l’autre d’entre nous, de demander ce que contenait la fiole. C’était comme ça !

 Aujourd’hui les censeurs ironisent sur la formule de Richard Virenque : « A l’insu de mon plein gré » ; se gaussent de la pirouette de Laurent Jalabert : « je ne peux pas dire que ce soit faux, je ne peux pas dire que ce soit vrai. On était soignés, mais était-on dopés ? Je ne le crois pas ». A sa décharge, il faut dire que des faits relevant de 1998 sont aujourd’hui prescrits.

 Certes il est étonnant de constater que des coureurs sensibilisés quand même aux problèmes de dopage, n’aient pas cherché à savoir ce qu’on leur injectait et si le produit était licite ou non. Grande naïveté, peut-être. Excès de confiance, certainement.

 Mais si la réalité de ce sport était autre. Si ces forçats de la route, comme on les appelle, n’étaient considérés que comme des objets dans les mains des directeurs sportifs, des faire- valoir à la solde des représentants de la marque qu’ils portent sur le dos et cela avec la complicité de médecins croyant qu’Hippocrate n’était qu’un épicier. Une forme d’esclavage sportif en quelque sorte.

 Alors regrettons que ces critériums du cours Lyautey n’aient plus lieu, le spectacle était beau et nous y entendions des histoires instructives. Regrettons que notre Béarnais de Nay, Matthieu Ladagnous, ne soit pas retenu pour participer à la grande boucle sans que, justement, on ait daigné lui en donner la raison, mais c’est là un autre sujet.

 Le Tour de France 2013, pour sa centième édition, sera propre. Je veux y croire.

                                                                                               Pau, le 27 juin 2013

 

                                                                                               Par Joël BRAUD

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4 commentaires

  • Pour moi, ce « spectacle » reste magique. Souhaitons au Tour, 100 nouvelles années et de supers reportages télévisés dans les cols notamment. N’oublions pas que si les Pyrénées sont connues aux 4 coins du monde, c’est grâce au Tour et au Tour uniquement. « Allez les petits » et merci…

  • Il y a du dopage dans tout le sport de haut niveau. Tous ceux qui sont proches de ces milieux le savent. Il n’y a que les naïfs indécrottables pour penser le contraire. Le Tour de France est un business, une entreprise de spectacle… Tout le monde a intérêt à ce qu’il y ait du spectacle avec des cyclistes sur-humains: les consultants-commentateurs, toute la presse, les sponsors…
    Et le dopage de pointe est toujours en avance sur les contrôles. C’est l’EPO de 3ème génération quand les contrôles en sont à détecter l’EPO de 2ème génération etc etc. Le traitement de « sport de dopés » réservé au cyclisme est d’ailleurs injuste. J’aimerais bien savoir quel footballeur de haut niveau est propre bien qu’il n’y ait officiellement jamais de cas de dopage !

    • et bien sûr, le coureur qui ne se dope pas ne gagne pas !
      Cela dit, même dopés, les courses restent une performance, l’EPO ne faisant gagner environ « que » 2 km/h en moyenne.
      Idem pour les sprinters qui ont explosé les records ces 10 dernières années. Et ce ne sont que des exemples de sports parmi d’autres.

      • Je suis bien d’accord avec vous, sur ce point en particulier: « Tout le monde a intérêt à ce qu’il y ait du spectacle avec des cyclistes sur-humains: les consultants-commentateurs, toute la presse, les sponsors… » et les autorités qui dirigent la fédération, pourrait-on peut-être ajouter, car comment expliquer que les prélèvements de Jalabert aient été aussi longs à analyser? Quand on me fait une analyse de sang le lendemain ou le surlendemain j’ai les résultats!

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