IDELIS: l’ échec annoncé du Bus-Tram (5)


Le Bus-Tram sera donc mis en œuvre, le jour venu, c’est-à-dire quand la poussière des prochaines élections municipales sera retombée et que celle des chantiers du centre-ville sera au contraire répandue à toutes les altitudes. Le temps sera venu de restrictions supplémentaires à la circulation et au stationnement en ville afin de passer à la phase coercitive. Cette conduite forcée sera tracée sur le parcours de la ligne 2 du réseau qui relie L’ Hôpital à la Gare SNCF, en passant par Bosquet et les rues étroites du centre. Voir le tracé qui nous est proposé sans loupe : C’est ICI. 

Inutile d’aller trop dans les détails, mais on peut imaginer que le passage d’un bus articulé de 18 m de long et de 2.5m de large dans nos ruelles même dégagées de tout trafic automobile ne s’effectuera pas sans une gêne considérable pour les riverains s’il en reste, pour les piétons et pour les cyclistes, tout en en retardant sa marche de faux tram. Sans même parler des passages délicats comme au Pont Oscar où il faudra bien que les monstres puissent se croiser ou de l’impact de leur stationnement au terminus de la gare. Mais soit, il y a de l’argent pour régler tout ça.

Ce qui étonne tout de même c’est l’idée de percer une magnifique trouée dans la « coulée verte chargée d’histoire afin de poser un nouveau regard sur sa réappropriation » (sic) En particulier à un endroit qui ne pose normalement aucun problème d’insertion pour les bus urbains, tant la circulation y est généralement fluide et sans problèmes. Dans quel but ?

  • Gagner du temps ? Le site d’Idelis nous indique qu’il faut compter 22 minutes pour effectuer le trajet complet actuellement. Avec 10 arrêts prévus, site propre ou pas, il sera bien difficile de faire mieux sans secouer gravement les passagers du Bus-Tram. Ce n’est donc pas un argument.
  • Polluer moins ? On a vu que c’est bien loin d’être certain, tant que la propulsion des gros engins sera Diesel et qu’ils rouleront vides. Avec de toute façon un centre-ville qui s’est très largement déchargé de  ses voitures particulières et ne pose aujourd’hui plus de grave problème à ce point de vue. Personne n’imagine devoir favoriser leur réintroduction et c’est tant mieux, bien sûr.
  • Transporter plus ? Oui, belle idée. On nous dit qu’il y a16000 personnes qui travaillent en centre ville. Nous avons estimé à 2000 environs les abonnés actuels de la ligne T2 qui réalise 5000 trajets par jour. Il y a donc du potentiel, c’est indéniable. Mais pourquoi ceux qui ne prennent pas le bus aujourd’hui le prendraient-ils demain ?
    • Ils deviendraient soudainement écolo-conscients ?
    • Ils iraient tous habiter à Saragosse ou au Hameau ?
    • Ils laisseraient leurs voitures au Parking-relais, la belle et bonne idée ?
      • D’abord, il faudrait qu’ils existent
      • Puis qu’ils soient gratuits mais gardés, afin d’éviter toutes sortes de vandalismes et d’actes isolés..
      • Mais surtout que les usagers acceptent de faire la queue sur la rocade Nord pour y accéder, puis de passer 20 à 30 mn dans le Tram-Bus pour rejoindre leur emploi, en doublant ainsi en moyenne leur trajet domicile-bureau
      • Quant à ceux qui habiteraient au sud ou à l’est, ils ne seraient évidemment pas concernés.
  • Grâce au Bus-Tram, La prospérité retrouvée du centre-ville induirait une progression rapide du nombre d’emplois qui y seraient proposés ? Est-ce sérieux, à une époque où les administrations et les grands employeurs préfèrent justement s’éloigner en périphérie  ?
  • Les commerces du centre-ville deviendraient d’un coup très attractif  grâce au Bus-Tram  qui lècherait leurs vitrines? Qui y croit vraiment ?
  • A moins que ce soit le trafic SNCF qui tout d’un coup connaîtrait une progression à 2 chiffres , mais sans LGV ?

On voit bien que « les études poussées » qui conduisent aujourd’hui à considérer comme réaliste une hypothèse à 3 millions de voyageurs/an pour le Bus-Tram relèvent, comme le disent les anglais, du « wishful thinking » (traduire, prendre ses désirs pour des réalités ) pour rester aimable, et ne pas parler d’escroquerie intellectuelle . Ou bien est-il véritablement convaincant d ‘en être réduit  à prendre l’expérience de villes qui n’ont rien de commun avec Pau et d’en déduire les mêmes effets pourvu qu’ils soient positifs ?  Est-ce sérieux ?

Et pourquoi dans ce cas ne pas mentionner aussi les conséquences pénibles pour la paix publique de la mise en œuvre de ces réseaux à « haut niveau de sévices » entre quartiers et centres urbains ? Ce serait trop politiquement incorrect. Ou faut-il parler de ce qu’il adviendrait du stationnement autour de l’hôpital et des principaux arrêts de la ligne hors centre et des nuisances pour les riverains ? Ce serait trop accessoire. Faut-il se demander à quoi tout ça servira vraiment ? Oui, bonne question.

Mais la réponse en a déjà été donnée et est répétée abondamment dans tous les documents que nous propose le maître d’œuvre de cette magnifique opération, le SMTU :

« Enfin, il convient surtout de ne pas occulter que la mise en œuvre d’IDELIS et, pour la desserte de parc-relais, des lignes Temporis, n’a été rendue possible que par la décision de réaliser le Bus-Tram.

Il est donc aujourd’hui indispensable de tenir cet engagement en réalisant le Bus-Tram, dont le réseau IDELIS constitue en quelque sorte la première étape. »

Et celui-là est véritablement imparable, c’est vrai.

J’ai voulu dans cette série de notes illustrer à partir du peu d’éléments disponibles,  les conditions économiques dans lesquelles ce projet de TCSP a été élaboré par la majorité municipale en place, comme un thème structurant majeur au nom de la pensée dominante du moment, elle-même servie par un nouveau coup de canif à la compétitivité de nos entreprises . Aucune alternative sérieuse n’a été étudiée comme la construction de silos à voitures Place de Verdun et/ou à la place des hangars du Sernam, eux-mêmes desservis par des navettes électriques, modulables en densité et fréquence à destination du centre. Ou d’autres idées permettant aux habitants qui n’ont pas le choix de ne pas avoir de voiture de pouvoir accéder avec elle facilement aux bornes du centre-ville. Ou comme le stationnement gratuit en ville pour les véhicules électriques et la mise en service de bornes de rechargement, plutôt que des Idelib Diesel…

Mais pouvait-on s’attendre à autre chose de la part de M. Duchateau, Président du SMTU, expert en transports en commun puisqu’ancien chauffeur de bus de la STAP lui-même, et semble-t-il future tête de liste PS pour les prochaines élections municipales ?

Alors moi, tant que je le pourrai, j’irai en ville en vélo électrique, en espérant ne jamais me faire écraser par une des grosses chenilles vertes nuisibles et hors de prix de M. Duchateau. J’irai d’ailleurs probablement plus vite. Ma manière à moi d’être efficace et de faire de la politique…

 

Lire aussi:

 

IDELIS: les jolis comptes des faits (1)

IDELIS: La vie de Château (2)

IDELIS: Le tonneau des Danaïdes (3)

IDELIS: les idées lisses de l’air du temps (4)

 

À propos Oscar

Il suffit de passer le pont...

Comments

  1. Bruno Laborde says:

    16h28 Il n’y a évidemment pas qu’une seule ligne qui soit prévue, mais trois a ma connaissance. C’est donc d’un projet structurant majeur pour la ville et au delà dont il est question. La première tranche fait actuellement l’objet d’une enquête publique dont le résultat sera connu en Décembre. Si elle est positive le projet sera irréversible. Il faut être menteur comme Urieta ou faussement naïf comme Chènevière pour ne pas le savoir. Il n’y a donc dans leurs déclarations que des arguments de campagne.

  2. larouture says:

    De cette série d’articles, je retiendrais une description très détaillée et qui parait crédible des mécanismes de fonctionnement des transports.

    Mais l’argumentation est uniquement à charge (pas de quartiers…). Aussi je ne pense pas que la Mairie réponde.

    De plus, vous n’abordez que quelques aspects de la problématique « Transports en commun et villes moyennes ». Cette problématique est beaucoup plus large que ce que vous avez considéré (cf. multiplicité sigles du premier article).
    Par exemple vous ne prenez pas en compte le foncier qui a aussi un impact déterminant sur les déplacements. La vision du mode d’habiter que vous défendez me parait uniforme.

    Enfin, l’accroissement du coût des logements depuis dix ans a également absorbé une bonne partie des fruits de la croissance économique, mais sans pour autant la dynamiser. Coup de canif ou de couteau ?

    La perspective que vous proposez est une prolongation de l’existant.

  3. Emmanuel Pène says:

    Bravo à Oscar pour cette très belle série instructive sur les transports en commun. Sans aucun doute un enjeu important des élections, d’autant plus avec la candidature d’André Duchateau.
    C’est à se demander s’il ne faudrait pas que vous vous présentiez, Oscar !

  4. « Le site d’Idelis nous indique qu’il faut compter 22 minutes pour effectuer le trajet complet actuellement. »

    Temps théorique qui ne tient aucun compte des aléas de la circulation.

    Une autre raison pour laquelle le potentiel d’une telle ligne est supérieur à la fréquentation d’aujourd’hui sur le même trajet, est qu’en présence de lignes à haut débit (BHNS, tram, etc…) les réseaux s’organisent différemment : au lieu de toutes converger vers les mêmes points (centre-ville pour Pau), les lignes plus classiques peuvent rabattre vers la ligne haut débit (pour Pau ce sera donc en fait aussi des bus en moins dans le centre, normalement)

    « A moins que ce soit le trafic SNCF qui tout d’un coup connaîtrait une progression à 2 chiffres , mais sans LGV ? »

    Dès 2016 Paris sera à 1h de moins qu’aujourd’hui grâce à la LGV Tours-Bordeaux. Mécaniquement le trafic voyageur SNCF augmentera à Pau. De même une fois Pau-Dax renovée on peut espérer plus de trafic quotidien sur cette ligne.

    De façon plus générale ce n’est pas le Pau d’aujourd’hui qu’il faut considérer mais le Pau de dans 10, 15, 20 ans. Si pari il y a, c’est que Pau se développera (population, nombre d’étudiants, trafic voyageur, etc….), et les travaux de site propre réalisés aujourd’hui sont un investissement qui servira sur une longue période.

    • PierU: « De façon plus générale ce n’est pas le Pau d’aujourd’hui qu’il faut considérer mais le Pau de dans 10, 15, 20 ans. Si pari il y a, c’est que Pau se développera (population, nombre d’étudiants, trafic voyageur, etc….), et les travaux de site propre réalisés aujourd’hui sont un investissement qui servira sur une longue période. »
      A mon avis, la priorité, ce sont les parkings relais et la « gratuité » pour doubler la fréquentation. A partir de là, il aurait été possible de voir l’évolution de la circulation automobile et d’en tirer les conséquences sur la nécessité de portions en site propre supplémentaires et de grands bus articulés. Et comme les capacités d’investissement de la ville ne sont pas infinies, les halles et la rénovation du CV (Hédas etc) et de la voierie devraient être prioritaires par rapport à ce projet. Et là, il y a URGENCE. Enfin, ce sont surtout les « à côté » de ce projet qui sont contestables…

      • Ah pardon, ce sont les entreprises qui paient, donc, cela ne pèsera pas sur la capacité d’investissement de la ville.

  5. « Mais surtout que les usagers acceptent de faire la queue sur la rocade Nord pour y accéder, puis de passer 20 à 30 mn dans le Tram-Bus pour rejoindre leur emploi, en doublant ainsi en moyenne leur trajet domicile-bureau »
    Non, sans doute pas de doublement de temps de trajet. Temps d’attente moyen : 5 minutes, qui sont vite récupérées sur le cours Llautey en site propre par exemple, aux heures de pointe.
    « nouveau coup de canif à la compétitivité de nos entreprises »
    Oui et en plus, l’électeur ne le voit pas passer. « Magnifique », non ?
    « Aucune alternative sérieuse n’a été étudiée comme la construction de silos à voitures Place de Verdun »
    Pourquoi pas, mais alors, tant qu’à faire, un parking souterrain pour pouvoir faire qqchose de la place en surface.
    « et/ou à la place des hangars du Sernam, eux-mêmes desservis par des navettes électriques, modulables en densité et fréquence à destination du centre. »
    C’est ce qui me paraît le plus pertinent.
    « Ou comme le stationnement gratuit en ville pour les véhicules électriques et la mise en service de bornes de rechargement, plutôt que des Idelib Diesel… »
    Oui. Electriques ET équipés d’avertisseur sonore permanent parce que sinon, les piétons ne les entendent pas.
    « j’irai en ville en vélo électrique, en espérant ne jamais me faire écraser par une des grosses chenilles vertes »
    Quand même… Pour avoir souvent emprunté le cours Llautey à vélo, ce qui est dangereux, ce sont les énormes nids de poules et la chaussée défoncée. Les bus qui m’ont doublé l’ont toujours fait avec une distance de sécurité correcte, ce qui n’est évidemment pas le cas de la totalité des automobilistes, certains s’amusant même à faire peur aux cyclistes (ça m’est arrivé plusieurs fois récemment, ça semble être un des derniers jeux à la mode chez les voyous).

  6. Joël Braud says:

    Ce n’est pas le moindre paradoxe de constater que la mise en place du « Bus-tram » initiée par les écolos dans le but de moins polluer, conduira à détruire une partie de la célèbre et magnifique coulée verte.

    • Ne désinformez pas, JB. Il n’est pas question de « détruire », mais de réaménager.

    • larouture says:

      La célèbre coulée verte est-elle une adresse à Pau ? J’en doute. Il y a donc un problème.