5 fruits et légumes ? Oui, mais pour combien de temps ?

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Capture d’écran 2013-09-05 à 12.04.575 fruits et légumes ? Oui, mais pour combien de temps ? (un texte qui veut voir plus loin que les élections municipales)

La crise des pollinisateurs est bien moins médiatisée que la crise économique. Et pourtant, elle est bien réelle, durable et semble inexorable. Elle pourrait coûter très cher à l’économie mondiale, plus peut-être que la crise économique.

La contribution des pollinisateurs à la production agricole mondiale est évaluée entre 200 et 300 milliards de dollars par an et à 2,8 milliards pour l’agriculture française, selon une étude conduite par Bernard Vaissière, de l’Inra. Le figaro.fr 28/02/13

La plupart des plantes ne peuvent pas se reproduire seules, bien que beaucoup d’entre elles présentent les attributs mâles et femelles; la sélection naturelle a retenu la nécessité d’une fécondation croisée, seule dispositif capable de générer de la diversité donc lutter contre la dégénérescence.

Il faut donc un intervenant extérieur pour transporter les cellules mâles ou pollen d’une plante sur l’organe femelle ou pistil contenant la cellule femelle ou ovule d’une autre plante de la même espèce. Ces intervenants sont les pollinisateurs.

>Pour les plantes anciennement apparues à la surface de la terre, la pollinisation se fait grâce au vent transportant de façon incertaine et aléatoire le pollen d’une fleur sur l’autre. Ce sont les conifères: pin, sapin, épicéa, mélèze, etc.,la majorité des Graminées sauvages:fétuque, ray-grass,…, et cultivées: blé, maïs, riz (les céréales) La majorité des arbres: noisetier, châtaignier, chêne, hêtre,), etc.

>Au secondaire (crétacé), la nature a sélectionné, car bien plus compétitives dans la lutte pour la vie, des associations entre plantes et pollinisateurs animaux: oiseaux, mammifères et surtout insectes.

Ce sont les plantes à fleurs: 70% des végétaux; elles fournissent nos légumes et nos fruits. On utilise depuis longtemps des pollinisateurs sauvages, sous tunnel, comme le bourdon, pour les cultures de tomates; très efficaces pour récupérer le pollen grâce aux vibrations qu’ils produisent, ils sont plus rapides et leur langue est plus longue que celle des abeilles domestiques. Ils atteignent le nectar de fleurs plus profondes comme celles du trèfle ou de nombreuses légumineuses. Les cultures hors sol comme celles des courgettes ont besoin des abeilles sauvages.

75% des espèces cultivées dans le monde pour l’alimentation et les semences dépendent de la pollinisation par les animaux.

En échange de pollen adapté: grains de pollen généralement collants, huileux, ornementés d’aspérités, agglomérés et ainsi aptes à se fixer, et de nectar, les angiospermes ont fidélisé des insectes qui assurent une pollinisation plus efficace, ce qui a progressivement réduit la production pollinique.

A part quelques exemples où une fleur ne peut être pollinisée que par une seule espèce d’insecte, chez des orchidées par exemple, une plante est visitée par différents pollinisateurs et un pollinisateur visite une grande diversité de plantes, d’où un brassage génétique.

Il est important de réfléchir sur des aspects qui découlent de ces généralités.

L’introduction du frelon asiatique a semé, à juste titre, la panique chez les apiculteurs du fait qu’il participe à l’affaiblissement des ruchers et de la production de miel et indirectement au pouvoir pollinisateur incontestable des abeilles; la culture sous tunnel des fraises par exemple se fait en association avec des apiculteurs. Tout ceci est parfaitement justifié, d’autant plus qu’elles ont un intérêt économique important; mais on ne doit pas masquer la réalité: les abeilles domestiques ne sont pas les incontournables pour la pollinisation! Elles ne sont d’ailleurs pas présentes partout.

Les médias (et autres!), ignorent que 6100 espèces d’insectes floricoles sont recensées en France: 2500 hyménoptères (dont 1000 espèces d’abeilles), 2000 de coléoptères (coccinelles, cétoines..), 1300 de diptères (mouches, les syrphes..), 300 de papillons. C’est cette biodiversité des pollinisateurs qui assure la pérennité des récoltes de fruits et de légumes. C’est sur toute cette faune que reposera, à l’avenir, la persistance du rendement des récoltes.

Mais, pour la préserver, un retour est indispensable:

  • à un pluralisme végétal sauvage avec sa faune pollinisatrice associée.
  • aux haies, friches, prairies naturelles, végétations de bord de routes, jachères naturelles fleuries entre les parcelles cultivées..

Plusieurs raisons expliquent le recul généralisé des pollinisateurs sauvages:

  • Perte d’habitat par la raréfaction des zones agricoles non cultivées (jachères) et des prairies, la disparition des haies et des bocages suite au remembrement des années 60, assèchement des zones humides drainées pour l’agriculture intensive, l’urbanisation, etc. Certains, à l’état larvaire, vivent dans le sol et dans les accumulations de débris végétaux (cétoines..)
  • Les insecticides, surtout les néonicotinoïdes détruisent larves et adultes, nuisibles comme utiles, aux cultures. On lit dans la revue «Science» que dans le Midwest, aux États-Unis, où domine la culture du maïs et du soja, la moitié des insectes pollinisateurs sauvages a disparu en 120 ans.« Des études en laboratoire montrent que certains insecticides et fongicides, utilisés ensemble, peuvent être 1.000 fois plus toxiques pour les abeilles, affectant leur sens de l’orientation, leur mémoire et le métabolisme du cerveau », rappelle le PNUE (Programme des Nations Unies pour l’Environnement)
  • Le PNUE signale que le changement climatique va aggraver la situation, en modifiant la répartition des espèces (migration vers le N), les périodes de floraison, les précipitations, la qualité et la quantité de nectar et de pollen.
  • La raréfaction des plantes hôtes: la monoculture intensive entraine la disparition de nombreuses espèces végétales dont dépendent la survie de nombreux pollinisateurs: un papillon est monophage ou oligophage, c’est-à-dire qu’il ne se nourrit que d’une espèce de plante, voire quelques-unes. Si cette plante se raréfie, l’espèce disparaît.
  • L’introduction des plantes allochtones pour la culture, la décoration, est très préjudiciable car elles sont peu fréquentées par les pollinisateurs autochtones qui les ignorent, donc disparaissent; elles introduisent souvent des insectes invasifs.
  • La sélection génétique fabrique parfois des variétés à faible attractivité du fait d’un pauvre potentiel en nectar et pollen; le cas se présente avec le colza et le tournesol. Le Cetiom a montré, sur une parcelle d’essai d’une cinquantaine de variétés de tournesol, que la fréquentation journalière des abeilles domestiques peut aller du simple au quadruple selon les variétés. Lors d’une enquête auprès d’apiculteurs professionnels, un tiers d’entre eux dit avoir constaté un affaiblissement des colonies après la période de pollinisation sur tournesol.
  • L’éclairage public, la circulation automobile piègent bien des papillons.

Rappelons que le papillon est un bioindicateur de la santé des écosystèmes du fait de leur grande diversité et de leurs exigences écologiques.

En France, dans le sillage du second Grenelle de l’environnement, en 2010, et de la stratégie nationale pour la biodiversité définie en 2011, un plan national d’action en faveur des pollinisteurs sauvages sera!! lancé en 2014 pour développer leur gestion, leur conservation et leur protection.

Toujours les «gros mots» et les engagements non tenus: protection, conservation, stratégie pour la biodiversité, etc. Comme s’il était possible de concilier agriculture productiviste avec ses engrais, ses pesticides, même «raisonnée!», ses immenses espaces de monoculture… et la conservation de la biodiversité.

Il est temps de choisir entre la chèvre(la viande) et le chou (les légumes) !

Actuellement on veut uniquement la chèvre, mais la chèvre mange du chou et le chou a besoin de pollinisateurs !

Demain on risque donc de ne plus avoir ni chèvre ni chou !

– par Georges Vallet

crédit photos: facebook.com

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