A la jeunesse paloise

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JeunesseA la jeunesse paloise. A celle en marge du système, déresponsabilisée. A celle déjà dans les limbes du système, une calculette à la place du cœur. 

« C’était donc tout un nouveau monde à créer, à créer en quelques jours, à créer au milieu d’un déchaînement inouï de résistances et de colères. Il fallut improviser, demander aux passions l’appui que ne pouvaient pas encore fournir les idées ; il fallut étonner, enflammer, enivrer, dompter les hommes qu’un travail antérieur n’avait pas disposés à se laisser convaincre. De là, des obstacles sans nombre, des malentendus terribles et sanglants, de fraternelles alliances tout à coup dénouées par le bourreau ; de là ces luttes sans exemple qui firent successivement tomber dans un même panier fatal la tête de Danton sur celle de Vergniaud, et la tête de Robespierre sur celle de Danton. Souvenons-nous de cette époque, si pleine d’enseignements. Ne perdons jamais de vue ni le moyen ni le but ; et loin d’éviter la discussion des théories sociales, provoquons-la autant qu’il sera en nous, afin de n’être pas pris au dépourvu et de savoir diriger la force quand elle nous sera donnée.

Mais on émettra beaucoup d’idées fausses, on prêchera bien des rêveries ? Qu’est-ce à dire ? Fut-il jamais donné aux hommes d’arriver du premier coup à la vérité ? Et lorsqu’ils sont plongés dans la nuit, faut-il leur interdire de chercher la lumière, parce que, pour y arriver, ils sont forcés de marcher dans l’ombre ? Savez-vous si l’humanité n’a aucun parti à tirer de ce que vous appelez des rêveries ? Savez-vous si la rêverie aujourd’hui ne sera pas la vérité dans dix ans, et si, pour que la vérité soit réalisée dans dix ans, il n’est pas nécessaire que la rêverie soit hasardée aujourd’hui ?

Une doctrine, quelle qu’elle soit, politique, religieuse ou sociale, ne se produit jamais sans trouver plus de contradicteurs que d’adeptes, et ne recrute quelques soldats qu’après avoir fait beaucoup de martyrs. Toutes les idées qui ont puissamment gouverné les hommes n’ont-elles pas été réputées folles, avant d’être réputées sages ? Qui découvrit un nouveau monde ? Un fou qu’on raillait en tout lieu. Sur la croix que son sang inonde, un fou qui meurt nous lègue un dieu.

N’acceptons pas aveuglément tout ce que des esprits légers nous donneraient comme autant d’oracles ; et cherchons la vérité avec lenteur, avec prudence, avec défiance même ; rien de mieux. Mais pourquoi fermerions-nous carrière aux témérités de l’esprit ? A une armée qui s’avance en pays inconnu, il faut des éclaireurs, dussent quelques uns d’entre eux s’égarer. Ah ! L’intrépidité de la pensée n’est pas aujourd’hui chose si commune, qu’on doive glacer les intelligences en travail et décourager l’audace. Que craignez- vous ? »

BLANC, Louis. Introduction dans Organisation du travail. Paris, 1839.

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4 commentaires

  • «Une doctrine, quelle qu’elle soit, politique, religieuse ou sociale, ne se produit jamais sans trouver plus de contradicteurs que d’adeptes, et ne recrute quelques soldats qu’après avoir fait beaucoup de martyrs»
    Je me permettrai d’ajouter à «qu’elle soit politique, religieuse ou sociale» le qualificatif de «biologique».
    En effet, pour qui se penche sur l’évolution des espèces, donc toute l’histoire qui précéde la nôtre, on constate que le cheminement, j’allais dire le mécanisme, est le même. Notre culture n’en est que la continuité.
    Comme le milieu est toujours en transformation, les adaptations majoritaires pendant une période, deviennent progressivement incompatibles; le relai est pris par des espèces nouvelles, mutantes, en très petit nombre au début, qui apportent des adaptations nouvelles; parmi elles, seules les compatibles seront sélectionnées et supplanteront les anciennes majoritaires qui disparaissent.
    Ainsi, l’inadaptation des gros dinosaures a laissé la place aux mammifères, une chance inespérée pour l’homme!
    L’évolution est toujours le fruit de la réussite des minorités et l’hécatombe prodigieuse des inadaptés: «les martyrs»!
    Vos propos sont au cœur de l’actualité

    • Monsieur Vallet,
      Votre analogie (évolution biologique / évolution sociale) colle parfaitement à l’analyse d’Hippolyte Taine (que j’affectionne malgré moi) quand il a écrit que l’Histoire répond aux mêmes lois que la biologie : la race, le milieu et le moment.
      Si on est donc d’accord sur le moment (« au cœur de l’actualité »), ce qui dans un sens me soulage et m’encourage, je me ferai un devoir de faire appel à vous le moment venu !
      Bien à vous.
      Mehdi Jabrane

      • Juste une remarque mais qui a une certaine importance.
        « mêmes lois que la biologie : la race, le milieu et le moment. »
        Pour le milieu et le moment, rien à dire.
        Pour la race, le terme est réservé à l’élevage, à la sélection faite par l’homme, pour l’homme.
        Il y’a longtemps que les races n’existent plus dans la taxinomie du vivant du fait que nous sommes tous différents; génétiquement, physiquement, physiologiquement, psychologiquement, culturellement; le regroupement actuel par taxons est purement artificiel, c’est un moyen de classement pour s’y retrouver et échanger. De plus en plus, les échanges entre taxons sont démontrés et remettent en cause la classification actuelle elle-même.

  • Des textes comme on aimerait en lire plus souvent (sur ce site ?). Peut-être qu’en 2039 certains seront-ils encore capables d’écrire avec une telle verve et un tel militantisme éclairé. Mais non, je rigole ! en 2039, tout le monde sera doté d’une cervelle numérique. Génial ! Gaaarde ààà vouuus!

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