O Arièjo o moun païs !


montaillou-cheateau-cheveauxAprès la Corse, PYC s’en revient aux Pyrénées. Mais les Pyrénées orientales et méditerranéennes celles de ses vacances. A savoir l’Ariège et le département des Pyrénées orientales sans oublier l’Aude qui est aussi un département des Pyrénées qui pousse un peu sa corne sans jamais atteindre l’Espagne.

Pour cela nous relirons, une fois encore, « Montaillou village occitan » (1294-1324) paru en 1975 : une pure merveille qui nous fait rentrer dans les maisons (ostal ou domus), dans les cortals des bergers, dans les lits et les consciences des hommes et des femmes de ce temps. Des êtres tellement proches et tellement palpables avec leurs passions et leur manière de vivre rustique et sans façon dans la liberté (relative) de la montagne. Un si joli livre d’Emmanuel Le Roy Ladurie continuateur de Braudel, historien du 16 ème siècle, mais aussi du climat et de la construction de la France par l’agrégation successives de ses provinces.

Aujourd’hui et hier ces hommes s’appellent Marty (Pierre ou jean) Maury, Maurs, Clergue (Pierre Clergue le terrible curé relapse, fornicateur, magicien, pervers et catharisant ; et son frère très aimé Bernard Clergue bayle du village soit une sorte de maire…  et le maire actuel en 2013 Jean Clergue quelques 700 années après ). La maison Clergue c’est celle qui concentre les pouvoirs et les fonctions, civiles et militaires, et qui se sert de ses pouvoirs y compris pour obtenir des faveurs de type proprement sexuel.

Elles s’appellent Béatrice (de Planissolles) petite nobliaute aux nombreuses aventures galantes dans  cette Occitanie très bon enfant et si peu à cheval sur les différenciations sociales. Avec une inclination particulière pour les membres du clergé catholique ou cathare, catholique et cathare. Il est vrai qu’à cette époque, les curés sont bien pourvus de concubines et souvent portés sur le beau sexe. Ou bien encore Guillemette ou Esclarmonde ou encore Mengarde ou Azalaïs. Étrangement, les femmes ont des prénoms bien plus exotiques que les hommes. En fait bien plus archaïques en suivant un tropisme qui veut qu’elles soient généralement plus proches de la mémoire des peuples.

Des femmes que l’on voit de loin car nous sommes dans un monde très masculin voire particulièrement machiste. Même si ces femmes peuvent se retrouver chef de maison et même chef d’exploitations agricoles et artisanales avec domestiques et salariés.

Les différences de fortune et de prestige apparaissent, néanmoins, en arrière plan. Et aussi le pouvoir du roi de France par la maison de Foix et l’église très prévaricatrice et qui lève sa dîme souvent au delà du dixième.

Mais hélas l’inquisition veille. Ce qui nous vaut cette extraordinaire document établi par  Jacques Fournier, évêque de Pamiers, qui finira pape en Avignon. Ce grand seigneur de l’église qui, en sondant les cœurs et les consciences, a produit en latin naturellement, ce document incroyablement précis et factuel sur les manières de vivre et de ressentir des gens de cette époque. Dans ce village, à presque 1400 mètres d’altitude, qui compte aujourd’hui 32 habitants et environ 250 dans ce premier quatorzième siècle.

On dort dans les lits, on mange du fromage qui, très probablement, doit être fait dans les mêmes cabanes qu’aujourd’hui et selon les mêmes recettes. On mange du pain, beaucoup de poisson car les rivières sont gorgées de truites, un peu de viande et pas trop de vin, même si les terres viticoles ne sont par très éloignées. Du lait et du fromage fournis par les brebis. D’un point de vue alimentaire, au moins, on ne vit pas si mal dans ces très hautes terres.

On voit également ces gens comme aujourd’hui et surtout comme hier prendre le soleil et leurs aises en décriant le voisin. Même si à ce jeu, vu le contexte, on risque rien moins que l’ablation physique de la langue voire la relégation ou le bûcher.

On retrouve, comme il y a cinquante ans encore ici en Béarn, le privilège absolu d’aînesse et tant pis pour les cadets ; même si des systèmes complexes de dot viennent atténuer cette logique. Dans cet esprit le droit d’aînesse, par défaut uniquement, peut échoir aux femmes faute d’héritier mâle. Les maris, comme une pièce rapportée, viennent alors se faire gendre dans la nouvelle maison. Ils épousent également le patronyme et amènent une compensation financière. Les enfants nés de cette union prendront ensuite, naturellement, le nom de la mère. En fait, le nom de la maison.

Du point de vue de la sociologie du lignage et des stratégies matrimoniales, les Pyrénées au travers des siècles et des espaces, forment un bloc humain très compact. Et même si, à partir de la réforme et de la contre-réforme, une certaine tolérance affective et sexuelle sera beaucoup plus contenue et les mariages beaucoup plus tardifs. Suivant l’heureuse expression de PYC si les Pyrénées sont une marqueterie de micro-régions, les hommes, eux, qui circulent d’ailleurs beaucoup, forment une population très cohérente. La pierre angulaire de la sociologie étant l’ostal, la maison, la domus, la caze comprise comme un lignage, une dynastie noble ou roturière, qu’il convient de protéger voire d’enrichir. Une maison qui, pour ces raisons, se transmet bien plus souvent qu’elle ne s’acquiert.

Beaucoup des personnages de ce petit peuple si attachant finiront sur le bûcher. Les plus chanceux finiront au mur de Carcassonne ou de Pamiers. C’est à dire emprisonnés avec plus ou moins de rudesse ou de relative liberté, éventuellement suivant leur pouvoir financier pour amadouer leurs geôliers.

De fait ce qui nous vaut ce si vibrant récit, c’est la religion cathare. Une religion très spiritualiste et exigeante que l’Eglise combat de toutes ses forces et que, de fait, elle arrivera à totalement anéantir par le feu et la délation, avec des méthodes de gestapiste, comme la rafle de tout un village à 1300 mètres d’altitude, la torture et l’enfermement.

Une religion rigoriste qui renie les bonheurs terrestres et qui a quelque chose de commun avec le bouddhisme car elle croit fondamentalement à la circulation des âmes au travers de la métempsycose. Pour son clergé, soit les parfaits, ceux qui ont le plus l’entendement du bien, les alimentations carnées sont interdites comme les relations sexuelles. De fait manger de la viande, c’est se nourrir d’être pourvus d’âmes. Se reproduire, au travers des relations sexuelles, c’est empêcher que les âmes errantes montent au paradis et les obliger à rester indéfiniment dans leurs cycles terrestres.

A l’approche de la mort pour les parfaits (ou encore les bons hommes, ceux qui ont l’entendement du bien) comme pour tous les croyants, la fin de vie se fait par un jeûne à mort en guise de purification. Pas de baptême non plus pour les nouveaux nés car, comme pour certaines branches protestantes, un tel sacrement n’a pas de sens en dehors d’une conscience établie.

Ne pouvant tout embrasser nous suivrons plus particulièrement, dans un second épisode, le petit peuple des bergers épris de liberté et pas exempts de ressources matérielles. Même si, faute de maison, les dites richesses sont uniquement mobilières et s’expriment en argent ou en moutons, au plus en chemises ou en souliers.

Presque toujours trop pauvres pour fonder un foyer avec femme et enfants. Se contentant de maîtresses de passage voire de filles à la vertu légère. Peut-être un choix aussi ? Un tropisme libertaire particulièrement marqué.

Un tropisme libertaire qui n’a sans doute pas totalement disparu de ces Pyrénées ensoleillées bercées de lacs et de lumière.

– par Pierre-Yves Couderc
Oloron

Références :

Emmanuel Leroy Ladurie/ Montaillou village occitan de 1294 à 1324 / Gallimard NRF 1976

Comments

  1. A 17, 18 ans, j’ai pas mal lu sur le catharisme. J’aime à me replonger dans cette atmosphère. Les « parfaits » m’impressionnaient. Merci de me les faire redécouvrir.

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