Debriefing de la semaine : Tous saints, sauf 343

Il faisait un froid de canard en ce premier novembre, et le vent qui balayait les feuilles de journaux n’annonçait guère d’embellie pour les jours les semaines et les mois à venir. Alors que j’arrivai à proximité de l’arrêt Universal Studies inc., (ex UPPA rachetée par de nouveaux sponsors), du bus tram de la ligne NO (Number One), j’eus la mauvaise surprise de constater un nombre impressionnant de gens, agglutinés dans le vaste abri ouvert aux quatre vents, se serrant les uns contre les autres, personnes desquelles émanaient des fumerolles à la fois composées d’impatience et d’haleines réfrigérées formant halos, qui les auréolaient dans l’attente d’une réparation imminente d’un bug informatique paralysant entièrement la ligne, ou dans l’espoir d’accéder à l’intérieur du véhicule confortable et spacieux, et donc à la possible trêve hivernale qui débutait ce jour-là et éviterait qu’ils ne passassent l’hiver dehors.

 Me revint alors en mémoire le titre d’un film des années 80, « pour cent briques, t’as plus rien, même pas un bus tram », et je partis en courant chercher ma voiture dans le garage de mon pavillon Pau nordique pour me rendre au boulot sans retard, oubliant complètement que le premier novembre est un jour férié, qui succède efficacement à la nuit d’Halloween, dont on sait qu’elle (la nuit) transforme en citrouille tous les carrosses de la réalité. Je ne pouvais cependant oublier le fait que j’avais mentionné, quelques jours auparavant, sur un papier avec logo mon accord pour bosser les jours fériés, avec une majoration salariale de vingt cinq pour cent, apposé ma signature en bas du papelard et dit au gérant pas de problème, ça m’aide à rembourser mon emprunt sur cinquante ans, car je suis espagnol, et sacrément endetté. En fait, je ne suis pas spécialement ibère, mais il faut savoir mettre des gants si l’on ne veut pas passer l’hiver au Pôle Emploi, ou en Enfer, ce qui est, me direz-vous, aussi différent que mourir noyé en Méditerranée ou de soif en plein Sahara.

 Le premier novembre est la fête de tous les saints, et dieu sait s’ils sont nombreux, ce qui génère une fête gigantesque dans le monde cosmopolite des religions où l’esprit, le Verbe sacré des entrées en politique, accorde pour quelques heures à la chair le droit à l’érotisation des mains qui délaisseront les gâchettes des Kalachnikoff pour envelopper tendrement les seins souverains qui tressautent sous leurs doigts. Qui lance alors le premier refrain ? Sans doute le chauffeur du bus tram. Repris en chœur par tous les passagers, y compris ceux qui restent dehors : hymne à la joie, Ludwig Van, Van comment déjà ? Qu’importe, l’essentiel de l’instant est de bien vivre, bien manger, de bien lire la recette (les hommes et les idées qui...) tartiner de beurre breton demi-sel l’argent du pain bénit, se beurrer avec la laitière, gober la laitance bétonnée des amitiés fugaces, de couper les oreilles en quatre aux ânes alors qu’on s’accroche à leur queue dans les montées trop raides, pour en faire du chorizo, à propos huit heures sonnent je me gare en vitesse dans le parking employés, je file à l’embauche, constate en passant que le parking clients est bourré de voitures, qu’une horde de chalands, armés de Caddies (marque déposée), prêts à en découdre entre eux, attend impatiemment l’ouverture du magasin. Des chiens, enfermés dans les voitures, hurlent sans aboyer, ils ont signé un contrat avec les hommes, leur assurant logis, nourriture et trois promenades mini quotidiennes, pas cons, les clebs, moins affamés que les syriens pourtant.

 Il fait un froid de canard, nourris-toi de froid, mon canard, dit la jeteuse de sort au nourrisson enfermé dans un coffre-fort à l’arrière de la berline. C’est moins spacieux qu’un tram bus, mais au moins personne ne viendra te souffler dans le museau. Les pauvres, quand ils ne fêtent pas tous les saints, ils vont se balader dans les allées des grandes surfaces, c’est beau, une grande surface, c’est évocateur, c’est pastoral, quand on élève la consommation au rang du divin, de l’existentielle nécessité de posséder le vent, le vent qui fait gober les mouches rien qu’en ouvrant la bouche en cul de poule, qui prend 343 sales cons, tas de merde pipole, pour des héros, ce vent qui balaie les feuilles des journaux n’annonçant d’embellies que dans les chrysanthèmes.

 AK Pô


31 10 13

Notez cet article

Cliquez sur une étoile

Note moyenne / 5. Nombre de note :

Nous sommes désolé que cet article ne vous ait pas intéressé ...

Votre avis compte !

5 commentaires

  • Pierre yves Couderc

    Nous avons fait le tour de Pau à partir de ces affaires de caddies, de laitière plus ou moins sponsorisée ,de bonnets, de beaux nez d’ânes (d’ânesses) cloué(e)s au pilori en place de Verdun.
    .Mais aussi de trams déguisé(e)s en bus voire de buses déguisées en ânes. Alors sortons de ces tristes histoires de Pipaul fussent ils (elles) plus ou moins béarnais(es) et prénommé(e)s Frédéric ou frédégonde .
    Revenons à plus de douceur en ce jour des défunts honteusement commué en citrouille.Et mettons enfin de la soie entre nous .De la soie entre nos genoux entre nos je nous..et suivons la seule parole qui vaille celle des poètes..
    Du vous en moi
    Du moi en vous
    De la soie sur vous
    De vous comme en-soi de nous
    Du surmoi comme toit
    De la soie entre nous
    De l’émoi en nous
    De la soie pour vous

  • Le chef recouvert d’un bonnet d’âne, il la regardait, enthousiaste, oter de son corsage deux bonnets blancs si épais qu’il ne s’aperçut qu’au moment où ceux-ci churent sur le plancher qu’il allait faire l’amour avec un travesti. Mais pas du tout, c’était bel et bien une femme, la poitrine peu proéminente mais le désir exacerbé s’allongeant sur le jeté du lit.
    L’après-midi s’abandonnait sur le plaisir du temps d’aimer, sans manifeste autosatisfait ni duperie, sans appartenance machiste d’un sexe exerçant son pouvoir sur l’autre. Libres, gratuits, moments doux d’égarements généreux.
    « Accortes laitières », encornez ces cocus qui se prennent pour des saints et menez les aux champs de foire , qu’ils s’exhibent sous le joug de leur orgueil face aux femmes battues, violées, prostituées, face aux femmes que ces gandins laissent tomber, qui se débrouillent avec presque rien pour survivre avec les gosses, exploitées de A à Z par leurs maris infidèles…
    http://www.rue89.com/rue69/2013/10/30/touche-a-pute-lappel-343-salauds-ferait-presque-changer-davis-247073
    A écouter : http://www.franceculture.fr/emission-la-grande-table-1ere-partie-jeanne-moreau-s%E2%80%99engage-en-faveur-des-pussy-riot-2013-10-30

  • Pierre yves Couderc

    Il est possible que les chalands en caddie se pressent, uniquement,pour acquérir du chanvre et de la cendre..
    Du chanvre et de la cendre pour raffermir nos liens
    Pour panser mes mains et vos seins
    Pour penser à mes mains sur tes seins
    A tes mains dans l’essaim…
    Il ne faut jamais désespérer des hommes ni des 343 saints du dernier jour ni des 343 seins des nos accortes laitières .

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *