Béarn/Portugal, une histoire inachevée .

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portugalUne histoire très intime de l’émigration hispanique et lusitanienne en Béarn.

PYC dans une précédent sujet a développé sa vision du Béarn et de sa singularité dans le grand monde ( dans le sur monde Pyrénéen).

Il s’était permis de relever un excès de modération et même un manque de flamboyance et de gasconhitude ( pour reprendre un expression aussi ségolenesque que totalement apocryphe). Ce qui est un comble au pays d’Henri de Navarre, de Porthos d’ Athos mais pas de D’Artagnan (gascon périgourdin comme Michel de Montaigne). Ce qui se traduit, au plan politique, par une appétence centriste qui va de la social-démocratie aux radicaux et aux démocrates chrétiens. Du socialisme très rose au bleu largement pastel. Ce qui est, à tout bien considérer, tout sauf honteux.

Avec, également, un intérêt soutenu pour le vert, Sans doute pour faire ton sur ton avec le paysage. Un excès de vert, un excès de verdure,sinon un excès de verdeur, qu’à titre personnel nous fait, parfois, regretter le lyrisme insurmontable des champs de blés. Et chez les gens de la petite province une appétence, toute en retenue, pour la spiritualité. Avec un goût particulier pour le compromis et l’humour tout en sous-entendus et à multiples sens.

Peut-être, aussi, sans doute, un surmoi protestant singulièrement à Pau et à Orthez.

On pourrait penser également que c’est un manque de perméabilité aux cultures hispaniques et lusitaniennes venues tras los montes..

Pas de corrida en Béarn pas d’arènes sauf à Ortès, cite déjà pré-landaise, il est vrai. Dans la géographie comme dans le tempérament. Contrairement à ce qu’on peut trouver en Pays-Basque, dans le Gers, dans les Landes ou au pays catalan.

Peu de bars à tapas sauf ceux récemment éclos à Pau mais, beaucoup plus, pour surfer sur le dernier concept commercial à la mode comme cela s’est fait, un peu auparavant, avec les pubs irlandais .

Peu de cours de flamenco largement dépassés par la salsa et maintenant la zumba.  Quelques cours de tango plutôt argentins pour dames esseulées.

Pour le festival de flamenco il faut aller à Mont-de-Marsan.  Au pays d’ émigration de Ricou Laberdesque Emmanuelli descendu de son Ossau natale.

Alors un excès d’imperméabilité aux influences extérieures, une volonté de rester indéfiniment entre soi autour de la poule au pot et de Nouste Henric. Et de l’assez peu flamboyante section paloise (championne de France … en 63….).

Que nenni. Sans doute plus et toujours autant que les autres départements pyrénéens l’émigration espagnole et portugaise s’est totalement amalgamée et fondue dans le paysage béarnais.

Oloron et sans doute une ville à plus de 40 % espagnole. Sans doute par l’ accueil de son maire Jean Mendiondou au moment de la guerre d’Espagne en 1936, venu accueillir les réfugiés à la gare d’Oloron. Avant que de refuser les pleins pouvoirs à un certain Philippe Pétain.

Pau, Mourenx et Orthez sont certainement très similaires à ce point-de-vue. Avec, pour ces trois villes, une communauté portugaise particulièrement soudée et importante.

C’est là, sur cette dernière communauté que nous allons plus particulièrement jeter notre regard.

Si les Espagnols sont arrivés en 1936, la grande émigration portugaise n’est arrivée qu’autour des années 70, par centaines de milliers, par villages entiers, par familles entières, pour un pays de seulement 10 000 000 d’habitants rendu exsangue par le salazarisme et les guerres coloniales. Comme un flot immense et totalement invisible aux yeux des français. A la fin des trente glorieuses quand la France était encore affamée de main-d’ œuvre et les contrôles aux frontières pas trop tatillons. Même si des passeurs étaient requis pour entrer en France et désargenter les pauvres gens plus que pour échapper à la férocité, très relative, des gabelous.

Nous étions avant l’ Europe communautaire avant le 25 avril. Le 25 avril 1974 et la révolution pacifique des capitaines minces, bruns et virils. La si joliment nommée révolution des œillets. Un grand tube romanesque des années 70, post-gaullistes et pré-giscardiennes, qui ne savaient pas que la crise couvait avec l’envolée du cours du pétrole.

Les fruits pourris des dictatures sud européennes n’étaient encore que partiellement tombés au sol dans un denier spasme anachronique. Le garrot était encore en usage du côté de Burgos. Et pas seulement pour calmer Médor.

Mais à Athènes, à Madrid  et à Lisbonne, de manière presque simultanée, la chaude brise du printemps européen commençait déjà à se lever non sans rapport avec la consolidation de l’idéal européen.

Dans la population française, aujourd’hui, les Portugais et leurs enfants seraient aussi nombreux que les leurs frères latins, italiens et les Espagnols, autour de 3 à 4 millions. Avec un statut un peu paternaliste d’immigrés modèles, travailleurs et discrets, très peu portés sur la contestation. Très durs à la tâche et avec une véritable éthique du travail bien fait.

Avec une destination forcement plus accentuée pour les régions industrielles Paris Lyon Montbéliard ou Toulouse. Mais également une appétence particulière, bien en phase avec une certaine sensibilité française et ci-devant occitane, pour la campagne et la ruralité, pour les jardins, les choux, les poules et les moutons. Quitte à ramener au pays les plantes venues de France. Un goût pour les grosses berlines allemandes aussi, forcément allemandes. Pour le foot et la Sainte-Vierge bien sûr aussi.

A cette aune ici, en Béarn,aux portes de Pau et dans la ville, urbi et orbi, s’est constituée une forte communauté autour D’Arudy, de Buzy, de Rébénacq, et de Gan transposée directement des villages reconstitués depuis depuis le district de Beira vers la vallée D’ Ossau. Depuis Guarda, Belmonte et Covilha jusqu’à Pau. Le travail : les marbreries, Lombardi, la fromagerie de Gan, les usines de conditionnement de la viande comme Ladevèze à Ousse, les terres maraîchères du côté de Meillon, les maisons bourgeoises de Pau pour les personnel de maison et, bien sûr, toutes les entreprises de travaux publics .

Parfois comme unique nationalité, voire comme unique village transposé. Et avec un accueil indifférent, rarement hostile, des populations parfois franchement bienveillantes. Avec, dans les circonstances de l’espèce, une ruralité retrouvée mais une difficulté à comprendre ce peuple si casanier, caché derrière ses hauts murs, son climat humide et ses ambiances nocturnes pour le moins très peu agitées. Arudy by night, malgré la taïga, il y a plus débridé. Et même si du Béarnais au Portugais, la langue est infiniment plus proche que du français au portugais. Mais, vaille que vaille, pas de vagues et de l’humilité qui n’exclut pas la fierté d’épargner et de réussir. Et puis avec la famille et la communauté les repas pour les mariages et les enterrements ou juste pour être ensemble. Et les hommes qui boivent beaucoup plus que de raison et les femmes qui gèrent beaucoup. Y compris quand la belle-mère revient s’installer chez son cher fils qui a fait quatre ans de guerre en Angola. Et puis , presque chaque été, la virée au pays par des routes de muerte pour visiter la famille parfois dispersée au quatre coins du monde, faire le pèlerinage à la Sainte-Vierge locale, se gaver de sucrerie et boire et manger jusqu’à plus soif.

Le cliché de la truelle et du plumeau n’en est pas un comme l’intégration (y compris par le rugby) et l’ascension sociale très rapide des enfants. Ici en Béarn républicain et économiquement prospère, bien doté en emplois industriels, sûrement plus qu’ailleurs.

Avec aussi, de manière réelle et parfois fantasmée, le retour au pays natal, pour les parents sinon pour les enfants. D’autant qu’avec l ‘Europe, maintenant, une installation ou un entre deux entre les deux pays est tout a fait possible. Un pays aimable gai et tranquille dans lequel beaucoup d’ Européens vont passer leurs retraites. D’autant que les fonds européens, généreusement dispensés, à la différence de l’Espagne, ont été très bien utilisés pour moderniser les infrastructures et les secteurs agricoles. Par exemple la viticulture tirée au cordeau et qui a su très rapidement monter en gamme sans se renier et tirer le meilleur de cépages originaux bien au delà de vinho verde (Le petit Portugal est le sixième producteur de vin dans le monde).

Le grand mystère est comme un pays qui doit-on le rappeler, a été le plus grand empire maritime au monde avant les Espagnols, les Anglais et les Hollandais et qui, le premier, a dépassé le cap de Bonne-Espérance puis fait le premier tour du monde avec Magellan (Fernão de Magalhães avec l’orthographe et surtout la prononciation idoine) dont la capitale était un phare de l’ Europe, a pu a pu tomber dans une telle déliquescence économique. Un pays dont le Brésil était une simple colonie, qui plus est un peuple de poètes et de marin d’artiste et de paysan… beaucoup plus atlantique que méditerranéen.

Ce qui explique la césure profonde d’avec l’ Espagne. Avec une religiosité plus forte et sans doute plus mariale et surtout une douceur et une amabilité qu’on trouve à la fois dans la langue (chantante et chuintante) un peu sur le modèle catalan, mais en plus chantant et dans l’extrême civilité. Avec, contrairement encore à l’Espagne, un maniement très subtil du voussoiement, éventuellement entre maris et femmes entre et parents et enfants.

Même si Luis Figo est passé par le Barca et que Christiano est passé de Funchal au Réal.

La suite du destin c’est l’Europe, bien sûr, sur son flanc latin atlantique et méditerranéen. Une Europe unifiée mais qui garderait bien ses cultures plurielles. Comme en écologie c’est la diversité qui génère la qualité une fois le cadre bien défini. Comme le montre une nouvelle émigration hispaniques et lusitanienne, très sensible dans notre Béarn qui s’appuie sur les strates précédentes. En espérant que la conjoncture ou les maladresses nous préservent de la crise majuscule qui les frappe au point de relancer les grandes émigrations.

Pour les Portugais une habitude, presque un atavisme depuis Henri le navigateur, vers la France mais aussi vers la Suisse, le Luxembourg, la Corse, le Canada, l’ Afrique du sud, le Mozambique ou l’ Angola et vers le Brésil bien sûr.

Voire vers Buziet, Lescar, Clermont-Ferrand ou Sucy-en-Brie .

En attendant, peut-être, de passer nos hivers, voire notre retraite, sur les bords du Douro ou à Lisbonne la plus charmante et (encore) la plus indolente capitale d’Europe. Exotique francophile et francophone anglophile et européenne …

– par Pierre Yves Couderc / Oloron

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