L'enseignement ? Un vaste problème! (1ère partie)

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Capture d’écran 2013-12-17 à 13.15.56Les mauvais résultats de la France dans le dernier classement «PISA» entraînent de nombreuses questions et réactions.

Chaque évaluation PISA met l’accent sur une compétence particulière ; en 2000 sur la lecture, en 2003 sur les mathématiques, en 2006 sur les sciences. En 2009, 12 et 15 les nouveaux cycles ont été ou seront articulés sur ces mêmes compétences.

L’objectif est donc de comparer, dans le temps et dans l’espace, l’évolution des aptitudes moyennes des futurs adultes à s’intégrer dans la compétitivité économique et financière mondiale.

D’après l’analyse 2012 publiée par l’OCDE:

  • «Les mathématiques sont le domaine majeur d’évaluation de l’enquête PISA 2012, dont les domaines mineurs sont la compréhension de l’écrit, les sciences et la résolution de problèmes.
  • Lors de l’évaluation PISA 2012, il a été proposé une épreuve de culture financière, à titre d’option.
  • 34 pays membres de l’OCDE, 31 pays et économies partenaires ont participé à l’évaluation PISA 2012, soit plus de 80 % de l’économie mondiale.
  • 510 000 élèves, dont l’âge est compris entre 15 ans et 3 mois et 16 ans et 2 mois, représentatifs des quelques 28 millions d’élèves scolarisés dans 65 pays et économies, ont passé les épreuves en 2012.
  • Les épreuves PISA comportent des QCM.
  • «Le niveau de compétence en mathématiques est une variable prédictive probante de l’évolution des jeunes adultes ; il influe sur leur faculté de suivre des études post-secondaires et sur leurs perspectives financières une fois dans la vie active.»

De formation scientifique, j’ai, de nombreuses fois, déploré le niveau médiocre des jeunes, et des moins jeunes, dans les matières scientifiques ; je m’inquiète donc, comme tous, du recul des jeunes français en mathématiques dans ce classement.

Par contre, je suis consterné par la généralisation qui en est faite et ce retournement des valeurs qui considère, maintenant, les mathématiques comme le «maître» étalon de la qualité de l’enseignement d’une nation. Sans une solide maîtrise de cette discipline, pas d’espoir de faire des études post-secondaires ni de perspectives financières dans la vie ! L’avenir des politiques, des médias, etc. est bien compromis !

J’ai toujours considéré que l’enseignement devait dispenser une culture générale variée de qualité. Des disciplines, à haute valeur ajoutée culturelle, comme les arts, la littérature, l’histoire, la géographie, l’habileté pratique, le sport, etc., qui ne figurent pas dans les matières testées, sont aussi des piliers incontournables d’un véritable humanisme. Je ne constate pas non plus d’évaluation dans le domaine des langues vivantes (heureusement pour nous !), compétence capitale dans ce monde globalisé, mais peut-être ai-je lu incomplètement le cadre d’évaluation, c’est tellement «copieux» !

«Le machin»,qu’on appelle Enseignement, comme aurait dit De Gaulle, ce n’est plus pour acquérir la meilleure culture générale possible mais pour former «des machines» développant une capacité d’intégration dans l’économie et la finance.

Humanisme, sensibilité, quête du savoir, patrimoine culturel…où êtes-vous ?

Hélas, la seule préoccupation actuelle est la productivité, les profits financiers, l’efficacité, la rentabilité, les économies…Dans le cadre de la nouvelle économie mondiale, les savoirs acquis lors des formations initiales, délivrés par l’école ou par l’université, deviennent rapidement obsolètes. A part pour une minorité, la qualification ne passe plus par un savoir théorique mais par une capacité à acquérir des compétences et une adaptation, de façon optimale, aux exigences de l’entreprise. Il faut plus que jamais, au cours de la vie, la flexibilité, l’adaptabilité. Il suffit donc de former des jeunes rapidement, d’un niveau général très moyen, mais aptes à utiliser l’outil numérique permettant une adaptation très rapide au changement des besoins de la technologie et de l’économie.

Plus besoin de connaissances, elles sont disponibles en un clic!

>Nicholas Carr dans son livre «Internet rend-il bête ?» montre que le «multitasking» pratiqué par nos adolescents (et autres) est antinomique de notre fonctionnement cérébral. Passer d’une activité à une autre, coûte erreurs et temps. Les ressources cognitives sont happées par la gestion du processus ; les mécanismes d’apprentissage et de mémorisation sont altérés au niveau neuronal le plus basique. La crise du savoir-lire pourrait engendrer une crise cognitive et culturelle. C’est déjà le cas : distraits par la cacophonie ambiante, beaucoup de jeunes n’ont ni l’envie ni la capacité d’aller au-delà d’une compréhension très superficielle des idées, des événements et des problématiques qui façonnent notre univers. Dans une classe, les élèves ont de plus en plus de mal à se concentrer ; il faut des enseignants faisant de véritables shows !

Les conclusions de l’étude «PISA»2012 sont alarmantes aussi car on considère «un domaine majeur : les mathématiques, et un domaine mineur : compréhension de l’écrit et sciences. Majeur, mineur ? Cela a un curieux relent de racisme intellectuel ! J’avais tendance à penser que la compréhension d’un texte devait précéder l’aptitude à résoudre des problèmes, mathématiques et autres !

Combien d’étudiants ne réussissent pas une épreuve car ils ne comprennent pas l’énoncé, même en mathématiques !

Dans le cadre des objectifs recherchés, pour la France, le recul est donc sensible en mathématiques.

Ce résultat ne surprend pas ceux qui sont un peu au courant des milieux éducatifs. Depuis fort longtemps, et encore maintenant, il est navrant de constater la faiblesse et, ce qui est encore plus grave peut-être, la revendication affichée de cette faiblesse par beaucoup de Français, dans cette discipline ; Pendant des décennies, on faisait ses humanités ; les classes littéraires étaient suivies par les élites intellectuelles, certains, plus doués et plus motivés, faisaient, parfois, ensuite, un bac scientifique.

«Notre pays d’ingénieurs, de paysans et de savants réserve une part étonnamment réduite aux sciences dans la scolarité de ses enfants. Nous souffrons d’une décision néfaste du Second Empire : la séparation du baccalauréat scientifique et du baccalauréat littéraire. Cette scission produit des littéraires effrayés par le moindre signe mathématique et donne naissance à des scientifiques incapables d’écrire trois lignes sans fautes de grammaire. Nombreux sont ceux qui n’hésitent pas à dire qu’ils ne comprennent rien aux mathématiques et qu’ils avaient été toujours mauvais dans ce domaine. Par contre, personne n’ose dire : «Victor Hugo, Voltaire ? Qui sont-ils ? Je n’en ai jamais entendu parler !» A. Brahic

Le baccalauréat a perdu une grande partie de sa valeur dès qu’on a décidé d’atteindre la réussite de 80% et que l’on a introduit des options permettant au candidat d’obtenir un bac scientifique, donc de pouvoir entrer à l’université, avec, par exemple, le grec ou le latin (coefficient 3 !), le golf ou autres ! Exemple : on peut avoir un bac S, donc être admis à l’université, avec 7 en maths, 7 en SVT, 
9 en physique, 10 français écrit, 12 français oral, 09 philosophie, 
12 en anglais LV2, 12 en histoire géographie
, 14 en éducation physique, 15 en grec, 19 en TPE, 
15 en allemand LV1 !

On demande donc à l’université de former l’élite de demain au plus haut niveau de compétition internationale et de combler des lacunes importantes dans les connaissances de base, avec moins de moyens ! De plus, les classes préparatoires aux grandes écoles, très sélectives par nécessité, drainent la plus grande partie des bons étudiants, laissant à l’université ceux qui n’ont pas les moyens intellectuels de suivre les cours de ces écoles. «Si nos meilleurs étudiants se tournent vers les grandes écoles, les enseignants les plus brillants et les seuls exposés aux pratiques internationales et au monde des entreprises exercent à l’université. Ne serait-ce pas plus logique que les meilleurs étudiants aient accès aux meilleurs chercheurs dès l’obtention du bac ?» A.Brahic. Il n’y a pas de classes préparatoires en Allemagne mais une sélection sévère pour intégrer certaines filières à l’université.

– par Georges Vallet

crédit photos: madamemarieeve.wordpress.com

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3 commentaires

  • J’ai pendant de nombreuses années enseigné en classe de BTS. J’avais donc des élèves dont le niveau global était « moyen plus ». La majorité d’entre eux avait un bac économique ou littéraire. Le BTS en poche, ces étudiants maîtrisaient outre le français deux langues étrangères et avaient une formation sérieuse en gestion et organisation des entreprises qui leur permettait de prétendre à un emploi d’assistant de manager.
    Une épreuve de leur examen fondée sur de notions élémentaires de statistiques, comptabilité et autre calcul financier exigeait un niveau correct en mathématiques. J’ai souvent constaté que ceux qui avaient les plus grosses difficultés dans cette épreuve, n’avaient pas les basses élémentaires des mathématiques. Cela pouvant aller jusqu’à des difficultés dans la compréhension des 4 opérations arithmétiques. Mais cela trouvait sa source dans de grosses difficultés dans la compréhension du français et dans l’analyse d’un texte écrit ici l’énoncé d’un problème.
    Donc si le niveau des jeunes français en mathématiques baisse, il faut peut-être se demander si pour beaucoup de jeunes une des causes, mais une cause primordiale, n’est pas leur difficulté à comprendre leur langue et à en faire un outil d’analyse efficace.
    Et là, je ne vous parle pas des seules élites mais du Français moyen

  • G Vallet écrit « J’ai toujours considéré que l’enseignement devait dispenser une culture générale variée de qualité. Des disciplines, à haute valeur ajoutée culturelle, comme les arts, la littérature, l’histoire, la géographie, l’habileté pratique, le sport, etc., qui ne figurent pas dans les matières testées, sont aussi des piliers incontournables d’un véritable humanisme ».
    Sans négliger les incontournables, comme la compréhension d’un texte écrit dans sa langue maternelle et des bases de raisonnement de logique mathématiques comme les évalue le Pisa.
    Pourquoi donc opposer humanisme et études en sciences « dures »? Ils sont compatibles, encore que j’ai du mal à imaginer l’humanisme digne du XXIème siècle qui se cache derrière vos « disciplines à haute valeur (ajoutée) culturelle » (qui sont essentiellement académiques) si vous n’y associez pas une très grosse pincée de sciences (mathématiques niveau propédeutique et/ou informatique ) ou un cursus en sciences politiques.
    L’enquête révélée par la ministre sur les débouchés et l’insertion dans la vraie vie (càd l’entreprise) montre que l’insertion est réelle 1)ouverte aux diplômés bac+5 2)dans des branches qui pensent et travaillent POUR REALISER dans un monde en mouvement.
    http://www.lemonde.fr/education/article/2013/12/18/l-universite-francaise-un-tremplin-pour-l-entreprise_4336109_1473685.html
    On peut regretter l’heureux temps de Pic de La Mirandole ou moins lointain du Bac C’ (avec même ses exercices de thème latin) ouvert sur l’éventail complet des hautes études , mais il faut être réaliste: ceux qui n’ont pas en eux un vrai fond de génie auront du mal à trouver une place s’ils se contentent de collectionner des savoirs en papillonnant entre les matières sans chercher à se construire un vrai cursus adapté à notre siècle. Malheureusement les généralistes (en lettres, en sciences humaines, etc) ne sont pas placés dans un contexte favorable maintenant que la fonction publique n’offre plus de débouchés. Là seuls quelques uns arriveront à se faire une position. Le ministère devrait se décider révéler la réalité des filières.

  • GV : « Les conclusions de l’étude «PISA»2012 sont alarmantes aussi car on considère «un domaine majeur: les mathématiques, et un domaine mineur: compréhension de l’écrit et sciences. Majeur, mineur? Cela a un curieux relent de racisme intellectuel! J’avais tendance à penser que la compréhension d’un texte devait précéder l’aptitude à résoudre des problèmes, mathématiques et autres!. »
    Je crois que vous mal lu et mal interprété le résumé de l’enquête PISA 2012. Les termes « majeur » et « mineur » ne font pas référence à l’importance dans l’absolu des disciplines évaluées, mais à la place qu’elles occupent dans cette enquête en particulier, sans échelle de valeur. Car comme vous l’avez pourtant relevé par ailleurs, d’une enquête à l’autre l’accent n’est pas toujours mis sur les mêmes disciplines. Et comme comme domaine « mineur » évalué en 2012 ne figure pas seulement la compréhension de l’écrit, mais également les sciences, et la résolution de problèmes.
    Le passage en question : « Contenu – Les mathématiques sont le domaine majeur d’évaluation de l’enquête PISA 2012, dont les domaines mineurs sont la compréhension de l’écrit, les sciences et la résolution de problèmes. Lors de l’évaluation PISA 2012, il a pour la première fois été proposé aux participants d’administrer une épreuve de culture financière, à titre d’option. »
    http://www.oecd.org/pisa/keyfindings/PISA-2012-results-overview-FR.pdf

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