Điện Biên Phủ : Morne cuvette !

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DSCF0552 - Version 3Pour un Français, passer à Dien Bien Phu n’est pas chose facile. Il a en tête ce gâchis inutile en vie humaine. Près de 10.000 hommes morts pour rien. Il y a ensuite la prise de conscience que l’Indochine, c’est bien du passé et que, s’il y est encore des « rues de Tonkin » en France, il n’y a surtout plus de « rue des Pyrénées » à Sapa, au coeur des « Alpes Tonkinoises »…

Dien Bien Phu, morne plaine ou plutôt morne cuvette. Sa taille : celle de la plaine de Nay dont les coteaux seraient des montagnes bien plus hautes. Autour, la jungle. Impénétrable, hostile, piégeuse. Un éloignement : indiscutable. Près de 500 kilomètres pour atteindre Hanoï. Aujourd’hui encore, les routes sont incertaines pour arriver à Dien Bien Phu depuis Hanoï. De l’autre côté, vers le Laos, la route rappelle celle des Pyrénées aragonaises des années 60.

En novembre 1953 quand les troupes françaises s’installèrent à Dien Bien Phu, elles étaient au milieu d’une immense et belle plaine fertile plantée de rizières que cultivaient les nombreuses éthnies locales : des Thaïs, des Hmongs, des Akhas etc. Dans les montagnes du Nord Vietnam résident encore aujourd’hui près de 50 ethnies aux coutumes différentes.

Aujourd’hui, les Viets, 85% de la population du pays, n’ont de cesse de les « intégrer ». Le communisme n’aime pas « la différence ». Enseignement en vietnamien imposé aux ethnies, colonies d’implantation viets au milieu d’elles, représentation politique extrêmement limitée etc. Triste vie en particulier des Hmongs aux déclinaisons diverses, « noirs », « bariolés », « blancs », qui soutinrent d’abord les « colonisateurs français » puis les américains.

Les « colonisateurs français » : un terme utilisé pour désigner les Français de l’époque et qui « agresse » le touriste hexagonal quand il visite la « Prison Centrale » de Hanoï où trône une guillotine particulièrement bien entretenue pour montrer, au peuple vietnamien, le sort réservé aux « partisans » par la France…

Fin 1953, nos stratèges militaires décidèrent que, pour bloquer Ho Chi Ming et éviter qu’il progresse vers le sud, mais aussi vers Luang Prabang au Laos, il fallait le « fixer », loin des « pôles urbains », au coeur des montagnes du nord Vietnam si difficilement accessibles.

La belle plaine de Dien Bien Phu se transformera rapidement en enfer à partir de mars 1954 pour nos troupes et leurs très nombreux « supplétifs » vietnamiens dont le sort fut fatal. Une bataille relativement brève puisque dès le 7 mai 1954, un « arrêt du feu » est décrété par l’état major français, faute de munition. La logistique Viet Minh, avec ses dizaines de milliers d’hommes et de femmes, portant armes et munitions sur des vélos (de marque Peugeot entre autres), vient à bout de celle des troupes françaises.

Visiter le champ de bataille est une gageure. Une ville triste, grise, monotone a poussé entre les points d’appuis situés sur des promontoires qui parsemaient la plaine. « Huguette », « Claudine », « Béatrice »,  » Gabrielle » etc. ont disparu de l’horizon et sont noyées dans des immeubles sans charme, ni attrait. « Eliane » reste à peu près en l’état.

Visiter le musée, quasiment à l’abandon (un autre est en construction), est la plus intéressante partie de la découverte du champ de bataille mais, tout y est à la gloire des forces du Général Giap. Frustration.

Parcourir le « livre de commentaires » mis à la disposition des visiteurs est aussi objet de frustration. Des militaires des « pays frères », Cuba, Corée du Nord, Vénézuela, Nigeria etc. y affichent leur satisfaction de voir la France coloniale rabaissée…

Le « bunker » du Général de Castries apporte un utile complément d’informations. Sur un tableau, en français mais qui comporte des erreurs d’addition (!), on peut lire le détail des pertes françaises pendant la bataille elle-même :

– Du 21 novembre 1953 au 12 mars 1954 : Tués et disparus européens : 49, nord-africains : 38, légion : 57, autochtones FTEO : 78, autochtones FAVN : 17. Un premier total macabre : 239 hommes perdus.

– Du 13 mars au 5 mai 1954 : Tués ou disparus français : 390, nord africains : 624, légion = 16, autochtones réguliers : 520, autochtones supplétifs : 83. Un deuxième total : 1.633 pertes.

Grand total à la fin de la bataille elle-même : 1.872 morts et disparus, 5.234 blessés et plus de 10.000 prisonniers.

Bataille d’experts : Wikipédia donne 2.293 morts pour le côté français, 5.195 blessés et rappelle surtout les 11.721 prisonniers dont seulement 3.290 survivront à l’enfer des camps de rééducation.

Au final, plus de 10.000 hommes perdus dont 25% pendant la bataille elle-même. Ces camps : une infamie.

Si l’erreur militaire est enseignée aujourd’hui dans les écoles militaires. Il ne faut pas oublier l’erreur, plus grave encore, des décideurs politiques français qui partirent à la reconquête de l’Indochine, une fois la guerre terminée en 1945 et les Japonais rentrés chez eux.

Une intelligentsia « autochtone » prenait, depuis le début des années 20, conscience de l’anormalité du fait colonial. Que ce soit dans les colonies britanniques et françaises, aux Indes, en Indochine, en Afrique…  Revenir en Indochine en 45 montrait que la classe politique dominante en France n’était pas consciente de cela et que le monde avait changé.

Ce retour précipita Hô Chi Minh et le Général Giap dans les bras des Chinois de Mao et des Soviétiques de Staline. Avec leur aide, l’endoctrinement communiste pu progresser rapidement parmi la population viet.

Qu’avons-nous négocié dans le calme, en 1945, notre départ ! Il en aurait résulté tout autre chose pour la présence française actuelle dans cette partie du monde. L’Indochine conquise militairement, les Viets firent tout pour faire table rase du passé. Dans cette mission, on peut affrimer en 2013 qu’ils ont particulièrement bien réussi.

Quand au Vietnam d’aujourd’hui, il est en pleine forme avec ses 87 millions d’habitants, ses taux de croissance insolents et son sentiment d’invincibilité. Ce pays ne reste-t’il pas sur 4 guerres gagnées ? Celles contre les « colonialistes Français » puis les « impérialistes Américains ». Celles contre les « Khmers Rouges » puis les Chinois en 1979. D’ci à être orgueilleux pour le peuple Vietnamien, il n’y a qu’un pas…

– par Bernard Boutin

PS : Pour les historiens et spécialistes en batailles militaires, ce sujet n’a absolument pas la prétention de revenir sur les faits militaires qui sont extrêmement bien traités, sur internet par exemple. Visiter ce site, sans guide francophone ou anglophone, sans cheminement en français ou anglais à disposition, rend difficile la compréhension de ce qui s’est réellement passé sur place. Seule la lecture au préalable de documents aide à y voir un peu plus clair.

Photos prise au (vieux et délabré) Musée de la Bataille de Dien Bien Phu et au « bunker » du Général de Castries

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9 commentaires

  • La défaite était inéluctable, car l’approvisionnement des viets était bien meilleurs; mais ce qui marque dans cette histoire, ce sont les conditions inhumaines dans lesquelles furent traitées les prisonniers suite à la défaite. Les 2/3 décédèrent en l’espace de quelques mois. Les viets, galvanisés par le communisme, avaient abandonné toute conscience de la souffrance individuelle, et étaient donc incapables de compassion, y compris envers leurs propres soldats. On retrouve d’ailleurs les mêmes phénomènes de déshumanisation chez les chinois de Mao ou les Kmers rouge.

  • Quand on voit ces histoires de décolonisation, on se rend compte qu’il aurait fallu des centaines de Nelson Mandela. C’est un miracle que L’Afrique du Sud ait su prendre le virage, tout en mettant en taule Mandela pendant 35 ans ou environ. Nous dès les années 40, on avait laissé mourir la femme de Giap dans les prisons françaises. Pour le coup, cela a du décupler son génie ! Dire « vous m’avez mis en taule 35 ans, mais on va diriger le pays ensemble », il fallait le génie de Mandela et également le un certain génie des blancs Afsud. Giap aurait dit en 45 au génie français « vous avez laissé mourir ma femme dans les prisons françaises mais nous allons gouverner ensemble » il n’est pas sur qu’il ait été entendu. Je crois que c’est cela, l’utilité d’un tel Musée sur Dien Bien Phu, participer au développement du Génie des Peuples. Il faut trouver quelques jeunes. !

  • j’ai regardé rapidement sur Google, il n’y a pas en France de Musée sur cette histoire.
    Cela manque à Pau. Ceux qui avaient 20 ans en 53 ont déjà plus de 80 ans. Il doit pas rester grand monde.

  • Je trouve même que Pau devrait s’associer à la Ville de Dien Bien Phu dans cette démarche pour honorer en France ces 2 armées qui se sont affrontées avec des moyens différents. Il y avaient les images des actualités qui passaient au Cinéma. Cela fait partie non seulement de l’union d’une Nation, mais de l’union des Peuples et d’une certaine participation à la lutte contre le racisme. Il faut rappeler toute cette époque, y compris les choses qui ont choqué, les milliers ( 10 000 ) de morts de Sétif ( je suis plus sur du nom de la ville, les camps des Harkis dans le Sud Ouest, les histoires de 58 et 60,…. Je ne sais pas si cela existe déjà, mais en dehors de Paris il n’y a que Pau qui puisse monter ce musée. Boutin a eu raison de rappeler Dien Bien Phu. Ca a fait vibrer mon cœur d’enfant à l’époque à travers le journal et aujourd’hui cela fait vibrer mon cœur de vieux. Ce rappel ne peut rapprocher les Peuples.

  • Je trouve qu’il devrait y avoir à Pau un musée Dien Bien PHU ou un musée de l’Armée Coloniale pour rappeler l’Histoire.. Beaucoup de soldats des différents camps de la Ville ( Betap, Idron, Hameau, Caserne ) y ont laissé leur peau et au moins beaucoup d’efforts et de tristesses. Cette armée faisait partie de la ville. Les différents camps se ravitaillaient aux Halles. Les Halles vivaient avec l’armée. En 53 j’avais 8 ans et tous les matins j’étais aux Halles à attendre le journal. Sur la IV ième il y avait tous les jours des pages et des pages sur les combats qu’on pouvait parcourir avant d’aller à l’Ecole. Pour les enfants c’était passionnant. Je suis certain qu’il y a plein de choses à rappeler et à montrer. Il y avait les avions, (les junker, je crois, qui remontaient à la guerre de 40); les parachutistes, les entrainements, L’Armée s’y est battue. Elle a perdu, mais elle s’est battue. Je trouve que Pau pourrait offrir ce genre de musées. Cela devrait être intéressant. Je crois qu’une Nation ne doit pas avoir honte de son passé, quel qu’il soit. C’est un Musée de l’Armée Coloniale qu’il faudrait. Avec tous les évènements y compris le passif. Cela fait partie de l’union d’une Nation.

  • 2 notes et seulement 2,5 étoiles (article jugé tout juste moyen), il y en a qui repartiraient bien… comme en 1945 !

  • Reçu de Kalachnikov : Dien Bien Phù, ce fut surtout « mortelle » cuvette (pour l’armée française).
    Quand on pense qu’http://fr.wikipedia.org/wiki/H%C3%B4_Chi_Minh fut serveur dans un grand resto de Londres (une plaque est accolée au-dit resto, que j’ai en photo), on comprend ou pas que la politique et la cuisine, c’est toujours de la Pol Pot, viandes saignantes servies sur nappes décorées au napalm. Et ce n’est pas près de se calmer, entre Thaïlande, Birmanie (…) et conflit latent sino japonnais… Mais que fait Poutine, notre Empereur, notre Charles Quint des Temps Modernes ?
     » Sur mon empire, le soleil ne se couche jamais »

  • Reçu de Parabellum :
    « Bravo pour cet article, et merci de nous avoir fait partager la visite de cette cuvette !! »

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