Pau, Municipales 2014 : la chronique (2)

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20140111_153723_resizedLa campagne municipale paloise vue et analysée par Emmanuel Pène dans une chronique sans langue de bois.

Les fêtes sont bien terminées. Les couteaux ont été bien affutés, et les chiens de chasse sortis. La cible, ce sont les électeurs palois bien sûr. On commence donc à parler du fond, mais les constitutions d’équipe continuent à faire du remous, d’autant que le nombre de participants sur la ligne de départ n’est pas encore définitif..

David Habib – vers la fin du mélodrame ?

Au PS, ce qui a occupé les esprits et les médias, c’est la constitution de l’équipe de David Habib. Si on avait compris qu’un renouvellement important était prévu, dans  un contexte de lutte d’influence entre D. Habib, soutenu par le PS national, et André Duchateau et avec lui une grande partie des sortants. La réunion confidentielle de Laroin du 3 janvier dernier donnait le la, tandis qu’au fur et à mesure de la semaine, se dévoilaient certains noms. Ainsi, les quatre premières places seraient prises après David Habib par Nathalie Larradet, André Duchateau et Frédérique Espagnac, tandis qu’une quinzaine de noms étaient cités, dont Frédéric Fauthoux, Nathalie Cabanne, Louisette Mayereau,  Jean-François Maison, Anne Bernard, Marc Jubault-Brégler, Mina Labat-Chahid Stéphanie Maza, Patrice Manuel, ou encore Pierre Chéret. Les deux écologistes sortants Nicole Juyoux et l’adjoint Bernard Laclau-Lacrouts sont aussi pressentis, ce qui ne manque pas d’étonner étant donné la présence de la liste EELV d’Eurydice Bled. Enfin, on peut citer la symbolique présence à la 49è place de Claude Bergeaud, l’entraîneur de l’Elan béarnais Pau-Lacq-Orthez.

Tout cela ne se fait pas sans passion et sans larmes bien entendu. Louis de Fontenelle ayant compris qu’il ne pouvait espérer grand-chose du nouveau maître du PS palois, crut bon de régler ses comptes dans les médias. Il ne comprenait pas pourquoi on voulait « casser le passé ». Devant ce qui s’apparente à une certaine naïveté politique, on ne peut que lui citer ce proverbe chinois : « si le vieux ne s’en va pas, le neuf ne vient pas » ; mais il pose quand même la vraie question que tout le monde se pose : « c’est quoi être socialiste aujourd’hui ? ». Un bon sujet de thèse sur lequel il va pouvoir plancher, et, on l’espère, publier prochainement sur Alternatives Pyrénées.

Enfin, pour terminer sur ce chapitre dramatique, il est notable que si David Habib ne veut pas des sortants palois, il ne veut pas non plus des rapatriés palois parisiens, comme l’a compris à ses dépends Mehdi Ouraoui, directeur de cabinet d’Harlem Désir dont celui-ci vient de se séparer et qui aura du mal à trouver une bouée de secours place royale.

Vers qui penche Urieta ?

La semaine a aussi été celle des tractations, ou du moins des rumeurs de tractations. D’abord, Yves Urieta, à qui on a prêté des intentions de rapprochement avec David Habib, ce qu’il s’est empressé de démentir, non sans rappeler que son cœur était toujours à gauche. Nul doute que si Yves Urieta fait une campagne sérieuse, il n’a pas envie de repasser cinq ans dans l’opposition, et a donc tout intérêt à faire monter les enchères auprès des deux principaux candidats.

Le démenti d’Yves Urieta : « Ma liste est en dehors des partis »

Ce rappel que le cœur est à gauche n’a visiblement pas plu à Eric Saubatte, pour qui Yves Urieta s’oriente clairement vers une alliance à gauche, lequel se servirait de la ville comme un tremplin pour son complément de retraite ; une façon sans doute d’aller draguer les électeurs de droite et du centre tentés par  l’ancien maire. Mais il n’est pas certain que ce type d’attaque fonctionne..

Un Saubatte qui penche au centre

Eric Saubatte qui a fait clairement des ouvertures à la liste Bayrou. Il cite ainsi des sympathisants de droite (à moins que ce ne soit l’expression de sa propre pensée) : « Entendez-vous au 1er ou au 2nd tour, mais entendez-vous ». Il parait probable qu’Eric Saubatte a compris qu’il devait faire liste commune avec François Bayrou dès le premier tour, et qu’il ne fait maintenant qu’en négocier les modalités. Cela sent donc l’encombrement sur la liste Bayrou..

Ce dernier a d’ailleurs accueilli favorablement l’appel du pied, en insistant sur la nécessité de changement après 42 ans de mairie socialiste, et le besoin pour cela d’un « rassemblement large qui doit aller plus loin ».

Et un FN qui émerge

Clôturons enfin que chapitre des listes, avec le front national qui fait enfin parler de lui. Georges de Pachtère, explique calmement qu’il est le candidat du parti sur Pau, Philippe Boël, précédent candidat, étant lui toujours impliqué dans la liste. Interrogé sur ses ambitions, il vise un à deux élus.

l’interview de Georges de Pachtère par la Rep

La baisse de la population paloise

Sur le fond, ce qui a dominé la semaine, ce sont les réactions et propositions des candidats suite à la baisse importante de la population paloise dans la dernière étude de l’Insee.

François Bayrou a su réagir rapidement à ce sujet, en mettant en avant les conséquences de cette baisse : des commerces qui ferment, menaces sur les effectifs scolaires, et baisse des rentrées fiscales. Pour lui, le principal responsable est le niveau des taxes locales, Pau étant dans les 2% des villes les plus chères de France ; et il propose cinq axes de travail pour remonter la pente : une baisse des taux d’imposition de l’ordre de 1% par an ; rassembler les énergies pour soutenir l’activité économique ; améliorer l’image de la cité en donnant par exemple un nouvel élan au très haut débit  et en mettant en avant la vitalité des clubs sportifs ; une politique culturelle ambitieuse ; et une amélioration de la convivialité de la cité. On attend maintenant que des propositions concrètes traduisent ces objectifs généraux.

Au passage, François Bayrou rend grâce à Yves Urieta, les deux années de son mandat ayant été les seules ayant vues une baisse des impôts.

Eric Saubatte (Pau Avenir) n’a pas été en reste et s’est aussi positionné sur ce sujet. Outre la fiscalité locale, il met en accusation la politique de logement, et propose « une offre nouvelle de logement pour les familles à potentiel économique important afin de faire vivre également le commerce de proximité ». Nul doute que cela plaira aux commerçants, victimes depuis des années de la décrépitude du centre-ville et du désintérêt des maires précédents. Au niveau économique, on retiendra aussi sa proposition de création d’un Office de Prospective Economique ayant pour mission de prospecter et favoriser l’implantation de nouvelles entreprises dans des secteurs d’activité à potentiel sur Pau et l’Agglo. intéressant, mais on attend avec impatience des précisions.

Yves Urieta et la sécurité

Yves Urieta, lui a fait de la sécurité le thème de la semaine. Les points clefs du programme qu’il propose comprennent la « vidéo-protection » (mot politiquement correct pour « vidéo-surveillance »), le déplacement du commissariat central au quartier Saragosse, apporter une attention aux « populations non sédentarisées », mettre un terme aux incivilités troublant la tranquillité et la salubrité publiques, et enfin réexaminer la politique de stationnement en centre-ville et de sécurisation des piétons et cyclistes. En fait, ce dernier point mérite d’être précisé, puisque la seule mesure affichée concernant le stationnement concerne la mise en place d’abonnements pour les personnes travaillant en centre-ville. On suppose que les commerçants préféreraient des abonnements ou des stationnements gratuits pour leurs clients qui, pour le moment, ont déserté le centre-ville pour les parkings gratuits des centres commerciaux en périphérie. Bref, si Yves Urieta a le mérite de s’exprimer le premier sur ce sujet important, ses propositions manquent singulièrement d’originalité et d’ambition. Un catalogue de bonnes intentions qui ne révolutionnera pas la vie paloise, et dont le volet vidéo-surveillance comporte un risque pour les libertés individuelles.

Télécharger le dossier de presse sécurité de Pau Avant Tout

« le cœur de la gauche et la gauche qui a du cœur »

Quant à Olivier Dartigolles (Une ville pour nos vies), un tract de campagne nous renseigne un peu sur le ton de sa campagne : « l’humain d’abord », dont on retient cette phrase magnifique à propos du rassemblement du front de gauche : « C’est le cœur de la gauche et la gauche qui a du cœur ». Cela vous rappelle-t-il une certaine réplique de campagne présidentielle ?

Enfin, peu de choses concernant David Habib, mais on sait que ceci va bouger puisque ce samedi, il annonce « qu’aujourd’hui, c’est le début de la campagne ». Il était temps…

« Suspendu au grillage comme une andouillette chez un charcutier »

Nous terminerons cette chronique par une séquence humoristique de Tanguy Pastureau de RTL sur François Bayrou et son désormais célèbre accident du Hameau Voir la vidéo.

On y apprend que François Bayrou, notre « paysan béarnais » est coriace, et qu’il a « la couenne épaisse comme celle d’un petit porc dont on fait le jambon.. », ou encore qu’il est resté « suspendu au grillage comme une andouillette chez un charcutier ». Une vision très parisienne, pour qui le monde est divisé en trois parties : les citoyens normaux à l’intérieur du périphérique, les ouvriers dans un rayon de 20 km autour de celui-ci, et les paysans au-delà. Tanguy pourra demander une permission de sortie à ses parents pour venir en Béarn expérimenter le « pèle-porc », où il en apprendra un peu plus sur la couenne des cochons, et il verra qu’à Pau nous n’avons pas que des fermes et des paysans, mais aussi les tours d’Aspin et Frédéric Beigbeder.

Adixat ! A la semaine prochaine

– par Emmanuel Pène

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10 commentaires

  • Sur la baisse des impôts, il y a un petit problème : entre 2008 et 2014, il y a eu la réforme des financements des collectivités locales. Désormais, le maire ne peut agir que sur le taux de la taxe d’habitation (taxe particulièrement inégalitaire du fait de son assiette, et qui augmente non seulement avec le taux, mais aussi en fonction de l’évolution des revenus). Le reste de son panier fiscal est composé pour l’essentiel de dotations de l’Etat, lesquelles sont en baisse. Le prochain maire aura donc à intégrer la baisse des recettes communales. Et s’il décide de baisser le taux de la taxe d’habitation, ce ne sera pas de 10% Ce sera donc inperceptible par le contribuable. Pour en finir avec la taxe d’habitation, sa base est trés faible pour les habitants du centre ville par rapport aux quartiers périfériques. Pourtant, c’est à priori le centre ville qui se dépeuple alors que les quartiers périphériques s’accroissent et se densifient. Ce n’est donc pas un problème de taxe.

    • « sa base est trés faible pour les habitants du centre ville par rapport aux quartiers périfériques »
      Avez-vous des exemples chiffrés ? ce n’est pas ce que je constate..

    • Faux!
      La commune agit aussi sur la CET ex taxe professionnelle, et bien d’autres taxes diverses.
      Et puis surtout et avant tout la commune agit sur ses dépenses!!!
      Elle peut donc très facilement baisser massivement les impôts en baissant ses dépenses et les communes ont des marges gigantesques (260 000 fonctionnaires sont en trop dans les communes) et Pau est particulièrement laxiste dans ce domaine.

  • Pierre Yves Couderc

    Les rouges, les roses les bleus plus ou moins soutenus, les noirs…
    les verts ont disparu. Surement déjà un effet du réchauffement climatique qui a déjà brulé les pourtant très touffues forêts béarnaise..la situation est pire que ce que l’on croyait.
    Une autre solution à ce mystère les femmes sont définitivement hors jeu.. Vertes ou pas assez mûres..Aux halles on n’accepte que les fruits sur mûris

  • Le choix se précise:
    Bayrou ou Habib?
    Lequel des deux possède les qualités du futur Maire?
    Lequel des deux travaillera au quotidien?
    Pour moi la réponse est assez simple:
    qui a déjà vu Bayrou travailler?

  • Cette photo de Pau suggère (pour quelqu’un comme moi qui ne la fréquente guère) que la ville a suivi « le mouvement » (centre ville apaisé, doux aux cyclistes et aux piétons…). N’est-ce pas à mettre au crédit de la municipalité sortante ? Je suis la campagne paloise avec intérêt, avec passion même. Et puis, je vois toujours Pau comme une capitale pour la Gascogne, ce que les palois n’imaginent sans doute pas…

    • « N’est-ce pas à mettre au crédit de la municipalité sortante ? »
      Oui, mais à quel prix ? Sortez de l’axe château – Bosquet, et vous verrez les dégâts : rues sales et décrépies, commerces fermés, SDF, etc..
      Une seule vérité : Pau s’est appauvrie et continue à s’appauvrir !

  • Que Louis de Fontenelle, qui représente une nouvelle génération, se la pose, est intéressant, car il me semble que le PS est avant tout une écurie pour les professionnels de la politique, et de loin la meilleure si on en juge le nombre d’élus locaux. peut-être que les plus jeunes ont le souci de donner du sens à leur engagement. C’est il me semble une bonne chose, à condition que cette posture de Fontenelle ne soit pas uniquement politicienne.

  • Très bonne analyse. Seules quelques critiques ou allusions permettent de supposer vers quel côté le cœur de l’auteur de l’article penche !
    Une question devrait engager tous les citoyens proches des convictions socialistes à venir débattre sur AltPy : « c’est quoi être socialiste aujourd’hui ? » mais est-il encore possible d’y répondre ?
    Quoi qu’il en soit, on attend avec impatience la prochaine chronique… Et on espère que l’auteur aura à cœur de continuer après la 30 mars !

  • Tous les 6 ans, les roitelets se réunissent pour un festival de chant de plusieurs mois.
    Fans du Roi-Soleil qui veut faire rayonner la ville à travers sa personne ou fans du seigneur de Mourenx, prenez qqes caisses de Jurançon et braillez, meuglez: « MEUUUUU ». Voyons si c’est à bâbord ou à tribord que l’on gueule le plus fort…

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