Périurbain : Prospective d’un village du Soubestre à mi XXIe siècle


A@P Prospective village SoubestreLe périurbain, grand gagnant du développement démographique de la fin XXe et du début XXIe (1), a longtemps suscité défiance et incompréhension. Mais son existence a bien fini par être reconnue. Un projet territorial a été élaboré pour chaque intercommunalité, suivant les scénarios 2040 (voir annexe) identifiés par la DATAR (2) en 2010 et mis en application.

La situation de mon village (Note 1), à mi-XXIe siècle, se présenterait ainsi :

Le niveau de population se stabilise autour de 245 habitants, seuil fixé par le SCoT intercommunal. A noter que les avantages fiscaux liés à la construction de pavillons neufs ont été réduits et que le dumping foncier dont usaient les périphéries fonctionnerait plutôt à l’avantage des zones denses.

L’ère du plein emploi est révolue. La mobilité professionnelle ou résidentielle (adaptabilité) constitue le facteur social majeur comme le travail l’a été au siècle dernier (3).
Le télétravail, le covoiturage et l’auto partage se sont généralisés. La voiture a perdu sa fonction « statut social » pour sa fonction utilitaire.

Les modes d’habiter sont caractéristiques des espaces périurbains intermédiaires (4) :
1- Une majorité de résidents s’approprie les usages locaux ainsi que l’espace périurbain, voire les centralités selon leur taille. Mais cette appropriation est de plus en plus différenciée suivant les catégories socioculturelles ou générationnelles (Note 2). En outre, pour une grande partie de cet éventail de population, les réseaux familiaux sont prépondérants.
2- Une minorité (isolés et reclus, repliés et/ou éloignés des zones d’emploi) est bloquée dans un espace restreint.
3- Une autre minorité, à l’extrémité opposée de l’échelle sociale, évolue dans un espace géographique très large.
Ces deux minorités ont tendance à croître et globalement, les disparités sociales augmentent.

Les collectivités gèrent des flux. Les déménagements sont fréquents. Leur complexité et leur coût ont été allégés pour faciliter l’accès à l’emploi. Des pavillons restent ainsi inoccupés pendant plusieurs mois mais retrouvent toujours preneur.
Le territoire correspond davantage à un ensemble de réseaux qu’à un espace géographique.

L’attachement au village est affecté. La collectivité essaye de retrouver ce qui fait lien (3).
L’insécurité dans les campagnes ne diminue pas. Un projet d’équipement des 8 entrées du village par des portiques de surveillance et de péage fait l’objet de discussions acharnées.

La Politique Agricole Commune n’existe plus mais la France est toujours un axe important du « capitalisme nourricier » (3). Les terres les plus fertiles (Ribeyres) attisent la convoitise d’opérateurs ou d’investisseurs pas forcément locaux, voire la spéculation.
Dans plusieurs parties du village, la situation tend vers celle de la « Haute Lande » (Note 3) où les habitants vivent dans un environnement qui ne leur appartient pas ; des propriétaires forestiers n’habitent même pas la région.

Le village subit aussi la concurrence des villes et des bassins d’activités. Les ressources des espaces naturels comme la biomasse (Bois-énergie, biogaz par exemple) ainsi que les espaces récréatifs et de villégiature (5 p. 395) sont âprement convoités.

Les exploitations familiales, toujours en nombre restreint, s’orientent vers des productions « Bio », du terroir et vers les circuits courts, de préférence en auto-certification.
Les prés retrouvent vaches et moutons. Les chevaux de selle n’ont jamais été en si grand nombre. L’agroforesterie se développe, notamment pour héberger le petit élevage.

Pour conforter ces nouveaux types d’activités et encourager de nouvelles installations, les collectivités tentent de constituer des réserves foncières ; sorte de retour aux « communaux » à la mode « Projets Publics Privés » avec une exploitation en « régie ».
Ce dispositif tend à suppléer le statut du fermage dont la faillite a précipité son abrogation.

Cette maîtrise foncière permet également de garder un minimum de contrôle sur les ressources locales, naturelles ou paysagères (Note 4) ainsi que sur l’état du bâti ancien ou nouveau. Il est maintenant reconnu que, plus qu’un joli cadre, le paysage est un facteur crucial de développement. (6)

A noter que la qualité du paysage intègre aussi la diversité faunistique et floristique ainsi que la qualité de l’air, des sols, de l’eau, voire des senteurs, du silence ou de l’obscurité (8).

Aussi des projets de développements, basés sur les convivialités, les relations sociales et les solidarités (7) ainsi que sur les activités culturelles, sportives et de loisirs, ont pu être menés à bien (Note 5).

La collectivité a maintenant conscience que la ressource financière publique est limitée et que la solidarité entre territoires ne peut plus être automatique. Elle a admis que l’efficacité des territoires prévaut sur leur égalité. (9, 10, 11). Elle a compris que les territoires doivent affirmer leur singularité (7, 10,11) et d’abord compter sur eux-mêmes.

– par Larouture

Note 1 : Village du Soubestre, situé à 35 km de Pau et 20 km au Nord du bassin de Lacq-Orthez)

Note 2 : C’est le cas de l’appropriation de l’espace géographique et de sa durée. Par exemple pour certains, la ville est un lieu de méfiance, surtout si elle est grande et même si elle parfaitement accessible. Pour d’autres cette appropriation des espaces périurbains correspond à des périodes de vie variables.

Note 3 : Voir aussi la situation de la vallée du Mars (Cantal)

Note 4 : Par exemple projet APPORT paysages agricoles. Des outils pour des projets de développement durable des territoires (www.agriculture-et-paysage.fr).

Note 5 : A l’avènement d’une ère « post pétrole » et grâce à une action publique forte, le village est autosuffisant en eau et énergie.
Le modèle d’exploitation et de diversification du Gaec « LCDC » a fait école, y compris auprès de l’artisanat qui continue à être prospère.
La motte et la basse-cour féodales ont été réhabilitées grâce à un accord Public/Privé.
Le « domaine de C » et le gite « P » ont fait des émules qui ont élargi les prestations en utilisant les ressources locales.
Le bar-tabac « B » qui répondait à une demande sociale distincte était voué à la fermeture pour la majorité de la population. Le bar-tabac a trouvé un repreneur. Il a ouvert un plantier et cherche à s’agrandir.

Annexe : Les 5 scénarios du futur probable ou possible à l’horizon 2040, identifiés par la Datar (2) en 2010.
1. Retour en grâce des villes (Urbain compact). Il correspondrait aussi à la déshérence du périurbain. Sa généralisation ne serait pas acquise.

2. Poursuite du périurbain (Dispersion activités et habitat) ; Ce scénario est toujours en action. Il parait peu soutenable pour certains mais reste réaliste pour d’autres.

3. Conservatoire périurbain (Mosaïque de projets associée à réseau de villes moyennes);
Ce scénario aurait la faveur des périphéries. Mais il aurait un effet ségrégatif en raison des difficultés, notamment de maîtrise foncière, pour faire de la nature un bien collectif précieux mais accessible (6) (7). Il nécessitera un fort engagement des pouvoirs publics dans un contexte de ressource financière désormais limitée.

4. Interface entre grandes métropoles et milieu rural avec une armature de villes comprenant des infrastructures essentielles. Ce scénario est adapté aux métropoles (de la taille de Bordeaux ou Toulouse par exemple). Il ne parait pas adapté au bassin de l’Adour.

5. Equilibrage de l’empreinte écologique urbaine ; résidence cyclique. Ce scénario serait déjà en application.

Bibliographie :

(1) https://alternatives-pyrenees.com/2014/01/11/recensement-letalement-urbain-se-poursuit/
(2) Stéphane Cordobes, Romain Lajarge, Martin Vannier ; La prospective d’un tiers espace, le périurbain ; Territoires 2040 ; DATAR ; 2ème semestre 2010
Datar ; Prospective périurbaine et autres fabriques de territoires ; Territoires 2040 ; DATAR ; Revue d’études et de prospective N°2 ; 2ème semestre 2010
(3) Michel Vannier ; Quels avenirs possibles pour la France à l’horizon 2040 ? Conférence Agence d’Urbanisme Atlantique & Pyrénées; 11-07-2013
(4) Rodolphe Dodier ; Habiter les espaces périurbains ; Presses Universitaires de Rennes ; 2012
Martine Berger ; Entre mobilités et ancrages : faire territoire dans le périurbain ; 11-01-2013
Rodolphe Dodier ; Modes d’habiter périurbains et intégration sociale et urbaine ; Espaces- Temps.net ; 06-05-2013
(5) Michel Houellebecq ; La carte et le territoire ; J’ai lu ; 2012
(6) Laurent Davezies ; Pau, Béarn, France Les dynamiques économiques paloises ; Document de travail Communauté d’Agglomération Pau Pyrénées- AUDAP ; 05-09-2013
(7) Michel Godet, conférence AG du Crédit-Agricole, Palais Beaumont à Pau ; 30-03-2013
(8) Bernadette Lizet et François de Ravignan ; Comprendre un paysage ; INRA ; 2006
(9) Laurent Davezies ; La République et ses territoires ; Seuil ; 2008
(10) Laurent Davezies ; La crise qui vient ; Seuil ; 2012
(11) Pierre Veltz ; Des lieux et des liens ; L’aube ; 2012

Comments

  1. Article certainement très intéressant, mais les notes et références en plombent la lecture (même si l’on s’amuse avec : « Le « domaine de C » et le gite « P » ont fait des émules qui ont élargi les prestations en utilisant les ressources locales.
    Le bar-tabac « B » qui répondait à une demande sociale distincte était voué à la fermeture pour la majorité de la population. Le bar-tabac a trouvé un repreneur. Il a ouvert un plantier et cherche à s’agrandir. »
    C’est très interactif !
    Je connais personnellement un tas de C…, de P… et de B…, qui seraient heureux de regagner aux élections le Soubestre, pour pendre ensuite haut et court le jambon de Bayonne sur la place de la République d’Arzacq Arraziguet !

    « les territoires doivent affirmer leur singularité (7, 10,11) et d’abord compter sur eux-mêmes. »

    C’est de plus en plus le cas, surtout depuis que se tassent les fortes migrations des « rurbains », qui ont obligé à leur façon les petites bourgades à s’équiper (crèches, services sociaux, ordures ménagères etc) et parfois à améliorer la convivialité des habitants (associations de tous types). A noter également l’essor incroyable des marchés dans les villages, avec des locaux qui vendent oeufs, fromages, poulets, légumes frais et parfois des grands-mères planquées dans des horloges…


    God save los campesinos !

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