Douce France, bercée de tendre insouciance, écrivait Charles Trenet !!

CaptureUne journée, accompagnée d’un défilé, a voulu médiatiser la colère de groupes de personnes se présentant comme les sauveurs et la relève de la France.

D’après la composition des slogans et des banderoles observés dans le cortège, les textes lus dans les réseaux sociaux, la liste est longue des revendications exprimées; heureusement, n’étaient pas présents ceux qui étaient en colère contre ceux qui étaient en colère!

Les chômeurs, ceux qui ne peuvent pas manger sans l’aide des Restos du cœur, qui logent dans des squats ou dans la rue,… ne faisaient pas partie du défilé, et pourtant !

Les causes de la colère des uns ne sont pas, loin de là, les mêmes que celles des autres.

A partir de l’analyse des messages lancés, pendant cette période, par toutes les sources de communication, médias et réseaux sociaux, il est assez tentant de dresser le portrait robot du Président de la République idéal, rassemblant toutes les qualités requises, énoncées séparément, par les différents participants.

Ce serait un homme, chef de famille conforme à la tradition, marié à l’église, avec plusieurs enfants, catholique, intégriste de préférence, opposé à l’avortement et bien sur au mariage des homosexuels.

Il serait imprégné d’idées patriotiques, républicaines, car la marseillaise était de la fête, donc, de : liberté, égalité, fraternité, laïcité !

Il défendrait en même temps (!) des idées antisémites (anti juifs et arabes donc), régionalistes et royalistes. Le drapeau flottant à l’Elysée aurait un fond tricolore, avec, en surimpression, le noir et le blanc du Gwenn-ha-Du et la fleur de lys. Ce serait bien vu d’apparaître en public avec un bonnet rouge.

Il irait probablement voir le pape avec Dieudonné, comme jadis un ancien Président avec Jean-Marie Bigard.

Son service de sécurité comprendrait des «CRS anti juifs» ; les journalistes accompagnateurs seraient soigneusement sélectionnés parmi les «anticollabos» de l’ancien régime.

La première mesure consisterait à réduire et pourquoi pas supprimer les impôts.

Certains parlent de « liaisons dangereuses », d’autres de «Théorie du drôle de genre».

Ce nouveau Président serait-il élu au suffrage universel, démocratiquement ? Je n’ai pas trouvé la réponse !

Cette caricature illustre la lamentable manifestation d’idéologies individualistes et corporatistes se référant à la guerre de tous contre tous et cherchant à se donner une légitimité ; en évoquant un droit «naturel», ils pensent justifier, au nom des nouveaux Léviathan sécuritaires, l’élimination de ceux qui ne sont pas conformes à leur modèle.

Il n’y a pas de droit dans la nature

mais des règles adaptatives qui évoluent dans le temps et dans l’espace.

Tout ceci résume bien les deux définitions célèbres de la politique :

Celle de Clausewitz : « La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens ».

Celle de d’Alembert : « politique est l’art de tromper les hommes ».

Un fait est certain, à aucun moment, du haut de sa grandeur, chaque manifestant n’a eu l’idée de faire une analyse critique, donc de mettre en doute la valeur de ses convictions, sa seule démarche étant de critiquer les autres, voire de les éliminer.

Ce narcissisme ambiant se répand de plus en plus; il se manifeste dans de nombreux domaines, en particulier dans les médias :

« Il y a une sorte d’infantilisme dans cette autocélébration qui fait prendre les journalistes pour une fin alors qu’ils devraient se cantonner à n’être que des moyens ! » J-C Guillebaud.

Ne parlons pas du monde des experts qui diffusent, du haut de leur suffisance condescendante, des vérités qui résistent rarement à l’épreuve du temps.

En conclusion, je me tournerai vers la Fontaine ; il avait su, par son génie du verbe, sous une forme habile et diplomatique, dénoncer l’égocentrisme des puissants de son temps. C’est un peu long mais tellement bien exprimé et d’actualité !

La Fontaine: «La besace».

Jupiter dit un jour: « Que tout ce qui respire
S’en vienne comparaître aux pieds de ma grandeur.
Si dans son composé quelqu’un trouve à redire,
Il peut le déclarer sans peur ;
Je mettrai remède à la chose.
Venez, Singe ; parlez le premier, et pour cause.
Voyez ces animaux ; faites comparaison
De leurs beautés avec les vôtres ;
Etes-vous satisfait ? « Moi  ? », dit-il, « pourquoi non ?
N’ai-je pas quatre pieds aussi bien que les autres ?
Mon portrait jusqu’ici ne m’a rien reproché ;
Mais pour mon frère l’Ours, on ne l’a qu’ébauché ;
Jamais, s’il me veut croire, il ne se fera peindre. »
L’Ours venant la dessus, on crut qu’il s’allait plaindre.
Tant s’en faut; de sa forme il se loua très fort ;
Glosa sur l’éléphant ; dit qu’on pourrait encore
Ajouter à sa queue, ôter à ses oreilles ;
Que c’était une masse informe et sans beauté.
L’éléphant étant écouté,
Tout sage qu’il était, dit des choses pareilles ;
Il jugea qu’à son appétit
Dame baleine était trop grosse.
Dame Fourmi trouva le ciron trop petit,
Se croyant, pour elle, un colosse.
Jupin les renvoya s’étant censuré tous ;
Du reste, content(s) d’eu x ; mais, parmi les plus fous,
Notre espèce excella ; car tout ce que nous sommes,
Lynx envers nos pareils, et Taupes envers nous,
Nous nous pardonnons tout, et rien aux autres hommes ;
On se voit d’un autre œil qu’on ne voit son prochain.

Le Fabricateur souverain
Nous créa Besaciers tous de même manière ;
Tant ceux du temps passé que du temps d’aujourd’hui.
Il fit pour nos défauts la poche de derrière,
Et celle de devant pour les défauts d’autrui.

– par Georges Vallet

crédit photo: salittlemarket.com

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2 commentaires

    • Pierre yves coudrec

      La mer
      Qu´on voit danser le long des golfes clairs
      A des reflets d´argent
      La mer
      Des reflets changeants
      Sous la pluie
      La mer
      Au ciel d´été confond
      Ses blancs moutons
      Avec les anges si purs
      La mer bergère d´azur
      Infinie
      Voyez
      Près des étangs
      Ces grands roseaux mouillés
      Voyez
      Ces oiseaux blancs
      Et ces maisons rouillées
      La mer
      Les a bercés
      Le long des golfes clairs
      Et d´une chanson d´amour
      La mer
      A bercé mon cœur pour la vie
      Tout est dit..clarté, concision, perfection, images sublimes et profondes entre les moutonnements de la mer et du ciel. Des textes qui aident à vivre
      et nous tirent des larmes pour abreuver, un peu plus, les roseaux mouillés, voire les clairs ruisseaux où boivent les colombes.

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