Lettre ouverte à Monsieur Philippe MARTIN Ministre de l’Écologie, du Développement Durable et de l’Énergie


foreursL’Amicale des Foreurs et des Métiers du Pétrole (AFMP) se félicite de la prise de position de la Commission Européenne sur l’avis favorable donné par l’UE à l’exploitation de gaz de schiste

Par contre, l’AFMP est préoccupée par le fait qu’en important de l’étranger les hydrocarbures qu’elles consomment alors qu’ils pourraient sans doute être produits sur leur territoire, la France et la Bulgarie contribuent sciemment à l’affaiblissement de l’Europe toute entière.

Ci-dessous,  la Lettre ouverte, que l’AFMP a adressé à Monsieur Philippe MARTIN Ministre de l’Écologie, du Développement Durable et de l’Énergie.

Objet : avis favorable de l’UE à l’exploitation de gaz de schiste

Bordes, le 28 janvier 2014 – L’Amicale des Foreurs et des Métiers du Pétrole (AFMP) se félicite de la prise de position de la Commission Européenne tout en regrettant qu’aucun professionnel n’ait été consulté par elle avant qu’elle ne publie ses recommandations.

Elle se félicite également de la position courageuse prise très récemment par le Ministre du Redressement Productif, qui au-delà du dogmatisme officiel, prône enfin une approche plus pragmatique de l’exploitation d’hydrocarbures « made in France ».

L’AFMP a cependant bien noté qu’il s’agit de recommandations non contraignantes, ce qui est la sagesse même, compte tenu de la vive opposition des milieux écologistes et autres mouvements altermondialistes.

Ce sont les critères proposés par la Commission qui nous interpellent : en effet les pays de l’UE sont invités à ne faire de la fracturation hydraulique qu’à la seule condition de respecter les critères mis au point pour empêcher tout dommage environnemental. Parmi nos adhérents, plusieurs centaines d’entre eux ont fait de la stimulation hydraulique (SH), des milliers de SH, sans avoir constaté le moindre dommage et n’ont jamais pollué la moindre nappe phréatique.

Parmi les critères à respecter se trouve au premier rang l’obligation d’effectuer une étude d’impact de la zone concédée avant d’entreprendre une stimulation hydraulique : or la loi française fait obligation de faire cette étude avant même que ne débute le moindre travail d’exploration.

La Commission demande également aux foreurs de respecter les meilleurs standards en usage dans la profession (sic). Or, que nous sachions, les foreurs n’ont pas pour habitude d’aller jouer au babyfoot alors que le trépan fore seul en pilotage automatique.

Enfin, le troisième critère demande à ce que l’inventaire des produits chimiques utilisés lors du fracking soit publié mais c’est en fait la directive REACH (Régulation on Registration, Evaluation, Authorization and Restriction of Chemicals) qui fait obligation, depuis le 1er juin 1967, de publier la liste de tous les produits chimiques qui sont stockés sur une aire de forage et sont susceptibles d’être utilisés lors du fonçage du trou. Cette directive s’applique à l’Europe entière : en France, les DREAL (Directions Régionales de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement) sont chargées d’effectuer des contrôles impromptus pour veiller à son application.

La Commission de l’EU donne à penser que le « fracking » est une opération controversée qui a fait l’objet de moratoires en France et en Bulgarie, ce qui est exact, à cause des hasards environnementaux et sanitaires qu’elle entraîne, ce qui est faux et n’est ni prouvé ni justifié dans la suite de l’exposé.
Nous sommes intervenus en tant que conseils dans quelques 2 000 opérations de stimulation sans avoir jamais constaté le moindre problème. Mais il est vrai que nous ne sommes pas crédibles car nous sommes des techniciens, bien que certains d’entre nous soient bardés de diplômes qui leur font courber l’échine.

Joe Hennon, le porte-parole de la Commission, a déclaré le 22 janvier à Bloomberg BNA Law Reports  qu’en proposant des recommandations non contraignantes, la Commission faisait preuve de pragmatisme alors que la Direction de l’Environnement de la Commission avait prévu de faire voter une loi européenne mais le vote de cette dernière aurait été retardé par les élections au Parlement européen de mai prochain tandis que les recommandations de la Commission sont applicables dès maintenant.

Les pays européens doivent se prononcer d’ici six mois sur les recommandations que la Commission leur a faites et cette dernière se donne dix-huit mois pour passer en revue la façon dont ces recommandations ont été mises en œuvre par les différents opérateurs. Ce délai est suffisant pour leur permettre de faire un ou plusieurs forages d’exploration et pour qu’ils démontrent l’innocuité de la stimulation hydraulique (fracking). C’est ce que nous appelons réinventer la roue ou le fil à couper le beurre !

Notons au passage que dans certains pays d’Europe la législation en place est plus stricte que les recommandations de la Commission.

Une énorme publicité est faite actuellement, avec relais gouvernemental, pour le nouveau ferry géant et « écologique » qui a été commandé aux chantiers de Saint-Nazaire ; il fonctionnera au gaz naturel liquéfié (GNL), ce qui lui permet d’être qualifié d’écologique. Or ce GNL a de fortes chances d’être importé des USA qui construisent actuellement d’importantes usines de liquéfaction de leur gaz de schiste : cherchez l’erreur !

L’AFMP est donc préoccupée par le fait qu’en important de l’étranger les hydrocarbures qu’elles consomment alors qu’ils pourraient sans doute être produits sur leur territoire, la France et la Bulgarie contribuent sciemment à l’affaiblissement de l’Europe toute entière.

Nous espérons, Monsieur le Ministre, que cet avis de l’UE vous amènera à réviser votre position arbitraire sur ce sujet. Cet avis vous donne par ailleurs une occasion idéale de mettre en application complète la loi 2011-835 en vous permettant de lancer les expérimentations qui démontreront l’innocuité de la recherche des hydrocarbures de schiste réalisée dans le cadre règlementaire français actuel.

Nous vous rappelons à cette occasion les multiples correspondances adressées à votre ministère à propos de cette loi 835 du 13 juillet 2011, correspondances qui, à ce jour, sont  restées inexplicablement sans réponse.

Dans l’espoir d’une réponse, veuillez croire, Monsieur le Ministre, à nos respectueux sentiments.

Jacques Sallibartant                                                                                             Jean-Claude Rémondet

Président                                                                                                             Vice-président

  – par l’Amicale des Foreurs et des Métiers du Pétrole (AFMP)

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Comments

  1. L’amicale des foreurs veut faire de l’exploitation des gaz de schistes l’alpha et l’omega du redressement économique de la France. C’est de bonne guerre.

    C’est oublier toutefois que le plus gros gisement d’énergie c’est l’énergie qu’on ne dépense pas, et que ce gisement n’a pas de limite dans le temps, contrairement aux gaz de schistes qui ne font que repousser le problème de 10 ans.

    Par exemple le potentiel d’économies d’énergie par l’isolation des bâtiments est énorme, et ce serait là aussi moins d’énergie importée chaque année. Oui, cela coûte un peu plus cher de construire des bâtiments bien isolés, mais c’est de l’argent dépensé essentiellement sur place (artisans et matériaux de construction). On sait par exemple construire des maisons qui n’ont besoin d’aucun système de chauffage, après c’est une question de volonté politique pour imposer les normes correspondantes.

  2. Ce sujet rest très sensible, parceque c’est l’air du temps. Ceci dit l’Amicale devrait avoir une stratégie phasée dans son action. Tout vouloir tout de suite est impossible.

    Donc, il me semble qu’il faudrait d’abord se battre pour permettre une exploration limitée en France pour savoir si oui ou non ces ressources existent.

    En même temps, l’Amicale devrait mener des actions pédagogiques sur la fracturation hydraulique, pour expliquer objectivement quand il peut y avoir des risques (principalement mise en communication avec les réservoirs situés au dessus)
    On ne peut pas comparer les fracs d’il y a 30 ou 40 ans sur puits verticaux à 3000 m de profondeur et un frac massif sur puits horizontal à 1000m de profondeur.
    Il faudra aussi parler de la multiplication de forages traversant les nappes phréatiques.

    Quant aux pollutions liées aux fluides utilisés et produites, le respect de la réglementation en France et les techniques actuelles permettent de dire qu’il n’y a pas de risque. Il y a un coût.

  3. René COTTIN says:

    J’approuve la lettre de l’Amicale des foreurs. Les intégristes de l’écologie ont réussi, avec des arguments partiellement faux, à faire interdire la fracturation hydraulique en France. Il faut savoir que, depuis 1940, près d’un million de puits pétroliers ont été stimulés dans le monde en utilisant cette technique. Les micro-séismes en surface sont inexistants. Les pollutions d’aquifères sont exceptionnelles. Par contre la pollution en surface due au rejet des eaux chargées de produits chimiques est réelle. Mais il est possible de traiter ces eaux de rejet (au prix d’une moindre rentabilité bien sûr). Encore faut-il l’essayer par quelques opérations pilotes sous controle de l’Etat. Pour sauver son économie, la France a besoin, à court terme, d’importer moins d’hydrocarbures. Il est indispensable que nos réserves en gaz et huiles de schiste soient évaluées et que leur exploitation sans pollution soit démontrée.

    • Georges Vallet says:

       » la France a besoin, à court terme, d’importer moins d’hydrocarbures. »
      Bonne idée, il faut donc faire des économies d’un côté et utiliser d’autres énergies de l’autre.

      « Il est indispensable que exploitation sans pollution soit démontrée »

      Bien d’accord aussi, mais la pollution zéro est loin d’être démontrée, car illusoire.

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