La période électorale: une situation privilégiée pour les éthologues.

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GVL’importance prise par la politique, dans le temps et dans l’espace: médias, réseaux sociaux…., l’abondance des textes et le nombre des intervenants sur ce sujet au niveau du forum, confirme bien la pensée d’Aristote que l’homme est un «zoon politikon»: un animal politique.

En fait, les origines de la politique s’enracinent dans un lointain passé, bien avant les cités et les premières civilisations.

Si l’homme est politique, c’est un animal avant tout !

La politique est le fruit de l’évolution au sein des espèces sociales; elle a été sélectionnée car elle permettait d’assurer efficacité et équilibre dynamique dans une collectivité ; elle s’épanouit chez les animaux homéothermes : oiseaux et mammifères, anthropoïdes surtout.

Si la forme est culturelle, le fond semble génétique. Elle est le résultat, chez l’homme, des interrelations et interactions entre des acteurs : élus, 
gouvernements, partis, syndicats, associations, groupes de pression ou de lobbying ; ces relations évoluent dans le temps et dans l’espace, c’est donc un système complexe expliquant la fragilité, l’instabilité et l’incertitude.

Cette constatation a ouvert la voie à la comparaisons des comportements «politiques», chez l’homme et les grands singes surtout. C’est l’objet d’une discipline biologique créée en 1854 par Geoffroy Saint Hilaire, mise en valeur par Charles Darwin et J.H. Fabre dans le passé : l’éthologie humaine et animale.

L’actualité a révélé qu’un député voulait porter plainte car un congénère l’avait traité de primate.

Il ne faisait que dire la vérité !

D’une part, notre espèce fait partie des primates comme deux cents autres, et, d’autre part, primate signifie premier, et non primaire.

Le «Primat des Gaules», l’évêque de Lyon, ne se situe pas au bas de la hiérarchie catholique !

Quelle misère scientifique et culturelle chez nos politiques et les autres !

Grâce aux travaux récents de l’éthologie, la psychologie comparée et les sciences cognitives, des progrès importants ont été réalisés ; on a pris conscience, avec de plus en plus d’acuité, que le sexe, les intérêts et les conflits, mais aussi l’entente et la réconciliation, n’ont pas été inventés par la politique humaine.

Les chimpanzés et les hommes se ressemblent car ils ont un ancêtre commun.

Actuellement, deux chercheurs, parmi d’autres, ont contribué, par leurs travaux et leurs écrits, à médiatiser pour le grand public, les résultats récents obtenus sur le comportement des grands singes dans leur milieu :

Frans de Waal, psychologue, primatologue et éthologue néerlandais :«La Politique du chimpanzé», «Le singe en nous», «Le bonobo, Dieu et nous :» A la recherche de l’humanisme chez les primates»

Pascal Picq, préhistorien et paléoanthropologue français :«L’homme est-il un grand singe politique ?»,« Qu’est-ce que l’humain ?», «Les Origines de l’homme : L’odyssée de l’espèce»…

Frans de Waal a révélé combien les chimpanzés étaient des singes machiavéliques, parfois même démoniaques et en tout cas doués pour la politique.

Il nous dit qu’ils vivent dans des communautés «multi-mâles» et «multi-femelles» qui sont comparables aux sociétés humaines. L’accès aux positions dominantes dans leurs systèmes hiérarchiques ne repose pas que sur la force, le sexe ou les liens de parenté ; le pouvoir dépend des capacités des individus à constituer des coalitions et des alliances dans le but de monter dans la hiérarchie et de se maintenir par l’exercice du pouvoir, d’en gagner les privilèges et d’en assumer plus ou moins les obligations morales envers ses alliés.

Toute ressemblance avec des «humains» politiques est-elle vraiment exclue ?

Les propos de Pascal Picq nous apportent, dans plusieurs de ses ouvrages, une interprétation justifiant que, chez l’homme comme chez le chimpanzé, la politique est aussi présente, aussi prégnante, et menée de la même manière, dans la vie de tous les jours.

Pour lui, les chimpanzés n’ont pas besoin d’haranguer les foules et de faire des promesses pour faire de la politique ; d’ailleurs, nous savons très bien qu’une femme ou un homme politique ne peut prétendre accéder au pouvoir en se contentant de publier des livres, des articles, ou de faire des discours à la télévision, d’autant plus que la qualité des prestations, dans ce domaine, en ce moment, est encore bien plus basse que le niveau de popularité de notre Président !!

«Si Aristote revenait sur terre il serait effaré de la médiocrité de nos arènes médiatiques, l’Agora s’étant effacée devant des écrans plats de télévision, aussi plats que les discours et les programmes,

où les leaders ne font plus l’opinion, mais la suivent.

Ce n’est plus le leadership ou le «leaderchimp» mais le «leadersheep». (leader: qui dirige; ship:bateau ; sheep : mouton ; chimp : chimpanzé)….. On revient à de la politique sans logos» P.Picq

Tout candidat doit aller sur le terrain au contact de ses électeurs.

«L’erreur d’Edouard Balladur est bien celle-ci : s’il avait connu les chimpanzés il serait allé «tâter le cul des vaches» selon l’expression de Jacques Chirac. Chez les chimpanzés, cela s’appelle l’épouillage.

«Une campagne électorale se gagne grâce à l’épouillage.» P.Picq.

Ce dernier nous décrit par exemple le comportement d’un chimpanzé mâle voulant accéder au sommet de sa hiérarchie ; il s’évertue, dans un premier temps, à s’assurer du soutien des femelles. Cela passe par l’intimidation physique mais le plus souvent par des relations aimables. Il les épouille, partage volontiers des nourritures et leur assure protection. Puis, il en fait de même avec les autres mâles, sans manquer de rassurer le mâle dominant. Une fois qu’il se croit assez sûr de la qualité de ses relations avec les femelles et les autres mâles, il commence à défier le mâle dominant.

L’épouillage est donc le principal moyen de se construire des alliances, avec le partage de la nourriture. C’est bien ce que font nos candidats lorsqu’ils serrent les mains, distribuent leur pub, et parfois des bises, dans les marchés, font des réunions par quartier, organisent des réunions publiques, visitent les maisons de retraites…. Là, le langage et le discours deviennent secondaires. Le plus important se trouve dans les attitudes, les mains serrées, les embrassades, la convivialité programmée, comme chez les chimpanzés.

Nos aspirants à la mairie de Pau s’y emploient.

La période électorale nous fait vraiment vivre au cœur de la vraie planète des singes.

– par Georges Vallet

crédit photos : hominides.com

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