J'ai vu ta tronche à la radio. T'étais où, donc ?

 

Une fois n’est pas coutume, certes, sauf quand l’Histoire se répète comme un bruit de bogies sur des rails. Ou est-ce moi qui commence à gagafier ? Bref, j’ai vu entendu la semaine dernière (sur C+) Matthieu Pigasse, directeur de la banque Lazard (France) déclarer au micro, ouvert à l’écoute (je cite de mémoire) : « la France dispose en réalité de quatre pouvoirs , le législatif, le judiciaire, l’exécutif et…les médias ». Et ces mots ont fait tinter dans mon crâne les grelots qui constituent, d’une année sur l’autre, ma pensée asinienne. A dire vrai, je le savais déjà, et depuis lurette. Mais l’âge aidant, la mollesse toujours innovante du confort, l’individualité cimentée par la pensée unique, le côté mortifère d’une vie vécue sans risque, bref l’abandon de toute aventure imaginative, créative, à la Robinson Crusoé, alliant la poésie du vécu à la Sylvain Tesson (et nombre d’autres) aux ruptures de contrat de travail, tout cet amalgame de player a fait florès. Sans doute le valais-je bien, comme des nuées d’autres gens dénués de rêves innés.

Je ne me souviens plus du thème de « l’écume des jours » de Boris Vian, mais le titre me vient à l’esprit momentanément, (c’est peut-être hors sujet, m’en fiche, j’aurais un zéro pointé du professeur Vallet !), j’écris ce qui me passe en tête, avec plein de grelots qui tarabustent mon frontal, rebondissent sur l’occipital et là-dessus aucun lecteur charitable pour me visiter à l’hôpital. Vous êtes bien tous les mêmes, mais c’est vrai, vous le valez bien. Car vous comme moi a rentré dans son langage courant cette expression . A force de la marteler. A force de voir un mannequin à la mode suivre un mannequin à la mode. Au début, on sourit : c’est gentil de dire que l’ « on le vaut bien ». Puis, incidemment, on finit par y croire, connement. Et les millions investis dans la pub se mutent en profits milliardaires. Tout un art, pour qui sait abrutir. A ne pas confondre avec l’Art Brut, qui tend désormais vers le cosmétique, tout comme l’art contemporain qui corrompt le sensuel bas du dos par des installations, des performances archi-nulles. C’est un autre sujet. Mais étant assujettis à ce que l’on regarde, écoute, cette part grandissante que nous abandonnons par ces mêmes sens devraient, au contraire, nous aider à mieux comprendre, envisager, construire une société crédible; or, tout cela est dévoré par des faiseurs d’anges qui vampirisent écrans, radios, journaux, vantant ici les vertus de la pluralité et là la propagande des sondages, des études d’opinion, des tendances, au même titre que les pubs de l’Oréal, de Mac Do, de parfums divers et avariés. La vraie normalité est là. On te dit ce qu’il faut faire, et son contraire, je te le rabâche à longueur de journée, fais pas ci mais Fayçal et tu finiras par raquer par Paypal tes vacances à Sotchi. (je te rassure, moi aussi).

Les journalistes ont rejoint la fosse commune des politiques, c’est triste à dire et faux quelque part. Il y a d’un côté le travail, âpre, sérieux, difficile et très risqué. Puis, un peu comme un éleveur qui envoie la vieille Marguerite à l’abattoir, la déconvenue du produit fini. Le découpage des trois minutes. Puis, sur le plateau de télé, l’analyste, le réducteur, le Jivaro, qui explicite en deux temps trois mouvements les tenants aboutissants et prospectives. Mais c’est lui qui marque au fer brûlant la bête électorale. Ce n’est pas le seul. L’âme et la conscience l’accompagnent : la rigidité de la toile qui vous met à l’abri des regards quand vous entrez dans l’isoloir, un lieu plein d’humour, avec des volets en bois on se croirait en Normandie, sur la plage, sur une plage de Boulogne sur Mer, avec des mouettes rieuses qui, c’est drôle, ne rient plus du tout. Comme nous. Sauf que.

Nous ? nous avons mis du sel sous la queue des oiseaux. Josy a défait depuis lurette ses bas roses (cet Henri Calet me hante, j’y reviendrai) pour fêter celle des bleus. Que tout cela est donc bien misérable ! Mais tellement médiatique, chou ! Tu as vu, tous ces gangréneux poursuivis pour de multiples affaires sont réélus au premier pet.

Nous sommes tombés amoureux des balles qui nous transpercent, car nous les avons vues, en avons entendu le sifflement. Everybody know it.

par AK Pô

28 03 2014

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