Pour le pape François, les voies de l'Economie seraient impénétrables!

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gvIl y a une quinzaine de jours paraissait dans la presse (La Tribune), sous leur nom, la réponse de deux professeurs de l’Essec, école de commerce dépendant de l’Institut Catholique de Paris, à l’exhortation apostolique « Evangelii Gaudium » publiée par le pape François, le 26 novembre 2013. Ce dernier remettait en cause, dans le chapitre 2 surtout, les croyants de la croissance économique :

La main invisible du marché ne serait pas celle de Dieu.

Ces deux économistes, non suivis, il faut le dire, par le directeur de l’école soucieux de respecter la liberté académique, dénonçaient la vision économique du pape François:

«La compréhension du pape de la crise financière de 2008 prête à sourire».

Le Dieu des catholiques serait-il faillible?

D’après les quelques extraits significatifs publiés, les paroles du pape sont particulièrement fortes:

«Aujourd’hui, nous devons dire non à une économie de l’exclusion et de la disparité sociale, car une telle économie tue.»

«Il n’est pas possible que quand une personne âgée réduite à vivre dans la rue meurt de froid, ce ne soit pas une nouvelle, tandis que la baisse de deux points en bourse en soit une!»

«Aujourd’hui, tout entre dans le jeu de la compétitivité et de la loi du plus fort, où le puissant mange le plus faible.»

«On considère l’être humain en lui-même comme un bien de consommation, qu’on peut utiliser et ensuite jeter.»

«Nous avons mis en route, et même promu, la culture du “déchet”…….Les exclus ne sont pas des «exploités», mais des déchets, des «restes».

Pour les deux professeurs de l’Essec:

«Ce fonctionnement de l’économie libérale échappe complètement au Pape….. la magie du système libéral est qu’il profite à tous sans avoir besoin de la bonne volonté des puissants. C’est un système qui est vertueux par lui-même et ne nécessite pas que ses membres aient la vertu du partage».

Magie! Une main invisible, qui assure l’autorégulation des marchés, forcément surhumaine, forcément divine, est de retour!

Un chercheur français, Jean-Pierre Dupuy a même suggéré que l’économe est «une théologie qui s’ignore.»

Pas de doute, ils ont trouvé une justification du libéralisme dans la Bible!

Ces propos sont l’émanation des économistes américains et de leur chef de file Milton Friedman; ils ont élevé l’argent, sous le pseudonyme de «marché», au rang d’une autorité suprême et consciente capable d’agir et de réagir de lui-même, de prendre les décisions adéquates, pour le bien de tous.

C’est une immanence tournant à la transcendance.

Pour Jean-Claude Carrière dans «L’Argent, sa vie, sa mort», on assiste à «la naissance d’une idole, affublée de toutes les prérogatives des idoles d’autrefois, ambitieuse, grignotant petit à petit les territoires avoisinants, se déclarant un jour souveraine, bienfaisante, impeccable…».

Mais l’actualité montre que le dieu des économistes est aussi faillible!

Le polythéisme n’est donc pas mort et la compétitivité transcendantale est à l’ordre du jour.

Que le fonctionnement pseudo scientifique de l’économie libérale échappe au pape, peut-être (ce n’est pas un économiste, heureusement!), mais ses propos montrent qu’il a la parfaite maîtrise de ses résultats et qu’il les condamne.

Avec un sens stupéfiant de l’anticipation, Michel Foucault avait dévoilé le véritable projet de ce courant de pensée: «officiellement, le néolibéralisme prétend «libérer» les individus et leur permettre d’agir à leur guise; en réalité, il s’agit d’imposer une façon de vivre entièrement guidée par l’intérêt et le calcul économique…»

Laréussite de cette politique se mesure au nombre de zéros des profits.

En tant que représentant de la religion catholique, même si on n’est pas prêt à le suivre dans tous les domaines, on ne peut que comprendre le pape de vouloir l’épanouissement individuel, social, intellectuel de l’Homme, bien avant sa réussite financière.

Il est vrai que, globalement, le nombre d’humains vivant sous le seuil de pauvreté, dans le monde, a régressé ces dernières décennies, mais il ne pouvait pas en être autrement avec les progrès de la connaissance et de la technologie, résultats n’ayant aucun rapport avec le néolibéralisme mais avec la dynamique de la recherche scientifique qui anime instinctivement l’espèce humaine.

Sans la main invisible d’Adam Smith, depuis le paléolithique, la condition humaine a évolué. Par contre, ce qui est lié au néolibéralisme, c’est le déséquilibre de plus en plus important dans la distribution des richesses produites, si bien qu’un très petit nombre d’individus accaparent une grande partie de la richesse mondiale alors qu’une autre partie, bien plus grande, vit sous le seuil de pauvreté. Avec les progrès technologiques réalisés grâce à la science, l’augmentation fabuleuse des rendements agricoles et autres, l’indécente inégalité de la répartition est flagrante.

La croissance qui résulte de l’économie de marché ne permet donc pas une meilleure inclusion sociale mais au contraire une détestable exclusion.

J’ai déjà eu l’occasion de m’exprimer sur la notion de tiers exclu et inclus; nous y sommes à nouveau confrontés. Chacun des deux protagonistes, dans sa bulle, est enfermé dans un dogme. Le monde dans lequel il vit est un monde fermé dans ses principes et ses objectifs.

Tout tiers est exclu.

On pourrait rétorquer aux professeurs de l’Essec que:

«La compréhension des professeurs de l’ESSEC de la crise sociale prête à sourire».

En réalité, le monde des humains est un monde ouvert, non figé, où tout est en relation avec tout et interagit, où tout est inclus dans tout, où chacun dépend de tous. Ce n’est donc pas un monde dogmatique mais pragmatique car il doit s’adapter en permanence aux vicissitudes d’un environnement imprévisible. C’est une troisième voie qui fonctionne depuis des milliards d’années, non pas par la multiplication gratuite des pains et par la charité, non pas par la transcendance d’un être-argent qui nous veut du bien, (l’argent n’a pas sa place dans l’évolution de l’espèce!) mais grâce à une économie-outil au service de la durabilité de l’écosystème.

«L’argent doit servir et non pas gouverner !» chapitre 2, n°58

Il y a donc une solution pragmatique héraclitéenne qui consiste à transformer ces oppositions en complémentarité, ce tiers inclus associant la dynamique humaniste de l’un à la nécessaire économie-outil apportée par l’autre.

Rappelons les propos de Pascal:

«La source de toutes les hérésies est de ne pas concevoir l’accord de deux vérités opposées»

– par Georges Vallet

crédit photos: noorinfo.com

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4 commentaires

  • Les propos du Pape sont bien plus intéressants que ceux de ces professeurs de combines marketing et financières. Cependant, Money a supplanté Yahvé – Zeus ou Jupiter (appelez-le comme vous voulez). Si la main invisible (http://fr.wikipedia.org/wiki/Main_invisible) est le concept le plus pertinent jamais formulé en économie, le grand Adam Smith serait loin de tolérer toutes les dérives de l’ultralibéralisme et ultra-capitalisme mondial.

  • La vignette de l’article est-elle (vraiment) catholique ?
    «La source de toutes les hérésies est de ne pas concevoir l’accord de deux vérités opposées»
    signé : Diablotin

    • Réponse à Diablotin.
      Diablotin! Cela fait-il catholique? Un débat en vue.!
      Arrivons en à votre questionnement.
      Comme dans tous les domaines, y compris sur le forum, les choses sont :
      comme on les voit,
      comme on veut les voir,
      comment on les voit,
      ………..
      mais jamais comme elles sont, car on ne peut pas intégrer toutes les dimensions en même temps!
      Cette vignette a le mérite, je trouve, de faire penser, d’où votre question!
      En ce qui me concerne, je voulais illustrer le fait qu’un même sujet, suivant la façon, l’orientation, l’état d’esprit, les convictions, avec lesquels on le regarde, peut conduire à des prises de positions différentes (6 ou 9) , opposées même parfois et, ce qui est plus grave, à des erreurs pouvant aboutir à des désastres.
      C’est le reflet de beaucoup de différends qui séparent les individus, les «politiques», «les experts».
      La vision unilatérale d’un même problème peut évoluer vers le dogmatisme car elle pousse à masquer le réel opposé qui devient la face cachée.
      Le sujet «pédagogique» idéal pour illustrer cette notion est actuellement la vertu de la «Croissance» dont les effets positifs sur l’économie ne sont qu’une des façons de voir et d’interpréter, alors que si l’on regarde «ailleurs» ou «d’ailleurs», la perception est complètement différente, inversée même, sur le social, la santé, l’environnemental…. et, finalement, par feed back, sur l’économie.
      Alors, la vignette est-elle catholique?
      J’avoue que ce n’était pas mon objectif!
      Elle représente deux vérités différentes( le 6 ou le 9) et semble en rester à l’état du constat.
      Le simple fait d’en faire le constat n’est pas catholique car, dans ce dogme, il n’y a pas deux vérités possibles, il n’y en a qu’une, la version divine retransmise par le pape!
      Va-t-elle jusqu’à l’hérésie pascalienne? Il conviendrait de connaître la suite car on ignore s’il y aura accord ou pas!

      • J’avais bien compris le sens qu’induit la vignette (enfin, je crois…). Mais ma question était plus « coquine » : le 69 étant (entre autres) une position amoureuse, je me demandais si le kamasutra était soluble dans le catholicisme -comme le sucre dans le café-. Hérétique, moi ?

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