Aux bourgeoises paloises , aux exilées dans l'Agglo (et un peu au-delà)

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 Bourgeoises déconfites, exilées dans l’Agglo, veuillez trouver ci-joint un petit cri de joie que couvrira sans doute celui de la tondeuse que passe votre voisin, ce dimanche à midi.

Te souviens-tu de Perrette, qui avait un pote à Lée, de Ninon qui aimait tant qu’on caresse ses seins, sa peau douce ?

Rappelle-toi Zazie, qui zozotait quand on la laissait tomber pour aller au cinéma avec une autre fille, et qui gueulait tout fort dans la galerie du Leclerc : « za mazère de lezons , des couillons comme toi! » . Et nous, ados sans scrupules, rêvions de Casque d’Or qui vendait ses charmes à l’once, son parfum de chamallow, pendant que Lilas funiculait sa vésicule biliaire pour se payer un quart de rouge au pied du boulevard.

Bien sûr, tu n’as pas connu tout ça. Tu n’as jamais vu parader Lou, qui dégringolait les rues en pente sous le regard éblouï d’une ribambelle de lascars normaliens, tu n’as jamais rien su de Lorette qui disparut un jour, sans laisser de trace, sans passé, sans dettes, ni de Mauricette, que l’on bisait à noces et qui se noya en plongeant du gazoduc qui surplombe le gave. C’est de l’histoire ancienne, je sais. Mais quand même, il reste quelque chose, une part d’inouï, un semblant de magie. Ce que nous avons ri quand Jeannine a perdu sa virginité dans une boîte à gant, quand Josette, avec sa bouche en cul-de-poule et son porte-monnaie plus calamiteux que celui d’un Auvergnat, dut, pour recouvrer sa liberté d’expression, offrir une tournée de jus-rançon qui fut avalé d’un coup sec par tous ses admiratifs ravisseurs. Pour Francine, ce fut plus difficile : le médecin constata que les ébats n’avaient entraîné chez elle que la mort lasse. Mais Francine sniffait, ce que nous ne sûmes qu’après. Quand les cheminées fument.

Traînaient ici et là des racontars et des légendes, entre Pau et poêles à bois. Toujours des histoires de jambes en l’air, sous le ciel bleu. Ainsi Louisette, qui tenait la buvette du bal du XIV juillet. Elle servait pour deux ronds de pleines carafes de jus de cidron, comme mémé Philomène avec son nez toujours goutteux piochait dans de gros pots des friandises aux morveux, dessous mous louent commerce loyer payable en crottes de nez. Cela nous faisait rire, gosses, car on la chapardait en l’égarant d’un pot à l’autre. Mais pour Nini Peau de Chien, il fallait se renfrogner : elle rongeait ses ongles jusqu’au sang et, nous regardant droit dans les yeux, avec un sourire de sauvageonne , déclarait : « ça y est, j’ai l’os ». Et nous partions en courant, de crainte d’y voir le nôtre saigner à son tour.

Et puis, il y avait toutes les hirondelles : Françoise, toute menue, que l’on serre sans casse-tête, que l’on bécote derrière le chapiteau, une jeune fille de bonne famille que l’on quitte vers minuit pour rejoindre Suzette et son drôle d’accent, ses mots hachés. Suzette qui vous attend sur la grand-place et, quand vous passez, vous dit : « tu montes, ‘ (l)Ardon ? ». Et quand on acceptait, une fois dans le grand lit douillet, elle rajoutait ; « mais t’aurais pas le bout ross’, toi ?’ et l’on finissait ainsi la nuit pour mieux faire renaître le jour. C’était ainsi. Tout comme avec Suzy, disant : « viens paressy, mon petit, si t’as du fric, j’ai du cœur, mais si t »en as pas, va frapper à côté, mon gars. »

Pour en finir avec ces vieux souvenirs de bourgeoises perverses et de femmes aimables, il faut évoquer Joséphine. Après la messe dominicale, nous allions sur les bords du gave pique-niquer d’un délicieux repas dont le mets principal était un lard oint  dont la recette ne fut jamais révélée et que, dit-on, le buon diu ignore aussi.

Ainsi l’homme se contentera du bi dou rey, et le rey dou bi.

Par AK Pô

09 05 14

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