Marina Garbiñe et Salomé, princesses de Soumoulou…

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saloméIl est apparu opportun et judicieux à monsieur Pyc de discourir sur le village certainement le plus vilain du Béarn : le bourg de Soumoulou situé sur la route nationale qui double l’autoroute mitée de publicité criarde, qui joint Pau à Tarbes. Une route sans âme, parsemée de magasins d’usine aussi déprimants que les publicités.

Un bourg connu pour sa foire hebdomadaire aux véhicules d’occasion et ses marchés à la brocante plutôt bien achalandés. Et, pour les amateurs, de sa boîte « pour les plus de 35 ans » plutôt très très moyen de gamme la dénommée Marina, seul établissement de cette espèce sur l’agglomération paloise.

Pour cela Monsieur Pyc s’est exilé aux confins de Béarn presque en pays bigourdan très loin de son piémont oloronais à plus de deux journées de cheval et à 6 heures avec sa 4 CV de 1955. Pas si loin que cela du village de Tournay où naquit Francis Jammes qui, semble t-il, ne fréquentait guère ce genre d’établissement. Une boîte plus ou moins similaire à celles qu’on peut trouver dans toute l’Occitanie et même dans la France du nord et au travers l’Europe, plus ou moins ringardes, plus ou moins décaties, où la jeunesse première et très souvent largement dépassée s’abîme dans les plaisirs de la danse. Des boîtes de deuxième séquence de vie qu’on peut trouver à Tarbes, à Châteauroux, à Hyères, ou à Nancy. Mais aussi à Fribourg à Locarno ou à Modène. Et même à Sachausen ou à Treblinka.

Pour cela Pyc, ce garçon réservé et souvent un peu rêveur, très peu porté sur l’amitié virile, a décidé de prendre langue avec Pierre-Ange Padovani, un sien compagnon, médecin neurologue et psychiatre à l’hôpital de Pau, dit Saint-Luc. Un établissement désormais célèbre dans tout le pays depuis que deux se ses infirmières, comme Jean-Baptiste, ont été victimes de décollation.

Pyc : Pierre-Ange qui êtes vous ?

Je suis Pierre-Ange Padovani .

je suis né à Orreza, en Haute-Corse, la micro-région (la Piève) de naissance de Pascal Paoli en Castagniccia : la plus sublime et la plus secrète de la Corse. A l’époque de Paoli, un espace riche et peuplé notamment, comme son nom l’indique, grâce à cette richesse inépuisable des montagnes du sud : la châtaigne.

J’ai fait mes études à Nice et quand il a fallu prendre un poste j’ai choisi Pau d’où était originaire mon insurpassable amour de jeunesse ; une région de montagne du sud, aussi, même si je n’avais pas mesuré qu’il y pleuvait autant.Et depuis 35 ans j’y ai fait ma vie notamment avec ma dernière compagne Garbiñe Salomé Harismendy, une haute Basquaise née à Caracas, qui dirige les services financiers du département 64 et l’olympique tennis-club Nord-Béarn . Nous vivons à Pontacq.

Pierre Yves te connaissant, si tu es venu jusqu’ici c’est pour que je te parle, encore et toujours, de la Corse et bien sur de la Castagniccia et du Ghjunsani sur lesquelles tu as beaucoup fantasmé et même un peu écrit. Et que  j’ai tentée de t’expliquer pour autant que l’indicible et la beauté, comme le regard étoilé de Garbiñe, ou ses courtes robes mauves et carminées, puissent s’expliquer.

Pyc : Non pas du tout atterris mon cher Ange. je voulais juste te parler, en ta qualité d’indigène, du phénomène universel de la danse version dancings ruraux et boîtes de nuit populaires au travers de la Marina , la seule attraction de Soumoulou.

Puisque notre entretien est parti sur le thème de la décollation tu dois encore vouloir me parler cette affaire qui s’est passé l’année dernière à la Marina à Ghisonaccia la marine de Ghisoni. La tête du patron, Ghjambattista Mondoloni est restée exposée dans sa voiture, mais détachée du reste de son corps et bouffée par les guêpes pendant 3 jours sans que personne n’ose s’en approcher.

Tu sais c’est une sorte de folklore. Cela fait vibrer les touristes et parler de la corse dans « c dans l’air ». Notamment quand les prévarications de vos politiques continentaux ne suffisent pas à retenir l’audience,ce qui est assez rare …

Pyc : Mais non ! Ne te fait pas plus sot que tu n’es. Je souhaite te parler du dancing de Soumoulou où on te voit souvent. Un établissement respectable autant que campagnard qu’on imagine plus fréquenté par les aides-soignantes, voire les infirmières et les paysans célibataires à l’ancienne mode, ou les chefs de chantier portugais de la SACER, que par un très distingué chef de service en neuropsychiatrie au CHS de Pau.

Je te découvre méprisant. Méprisant et adepte de différenciation sociale, (de la reproduction aurait précisé Pierre Bourdieu) qui ne saute pourtant pas aux yeux dans ton Haut-Béarn profond et, globalement, dans ce Béarn plutôt bon enfant et égalitariste.

Mais moi en ma qualité de psychiatre et, plus encore, de neurologue je sais que la danse, quelle soit savante ou populaire, sacrée ou festive, individuelle couplée ou groupée, est un universel de l’homme, un invariant du genre homo fût-il (plus ou moins) sapiens.

Tous les peuples dansent à tous les âges et, chez nous, les discothèques et autres dancings reprennent cette fonction que les bals n’assurent plus. Avec la fonction seconde d’être un lieu de rencontre entre les sexes ou ceux qui cherchent l’aventure. Avec cette évolution, pour moi positive, que les âges et les milieux sociaux se mixent (un tout petit peu) plus que jadis et que beaucoup de jeunes lassés des boîtes trop bruyantes que nous avons tous fréquentées ne dédaignent pas.

D’ailleurs avec les infirmières, celles-là mêmes que tu sembles si bien connaître, il peut nous arriver d’amener, incognito, certains de nos patients les moins atteints à la Marina comme source de thérapie ou comme exemple que nous reproduisons dans l’enceinte de l’hôpital. De fait, souvent, ils apparaissent plus à leur avantage que certains accidentés de la vie qu’on peut, par ailleurs, y trouver.

D’ailleurs comme toi en forme de croquis pris sur le vif, il m’arrive, à ces occasions, d’y trousser des récits comme celui ci :

Dans cette bâtisse sans âme qui borde la nationale surmontée de deux improbables dauphins argentés. Il y avait Jean-Martin Susbielle et Jérôme de Kréville. Tout deux, encore que financiers version traders fous, étaient ragaillardis par cette ambiance provinciale et champêtre. L’été, juste la porte franchie, une fois les videurs salués, deux grands noirs flegmatiques et débonnaires, l’odeur de la forêt surpassait celle des prairies de fauche.

Une odeur dont tous les ruraux français ont le privilège de savoir qu’elle est le plus délicieux accompagnement des retours des boîtes improbables, perdues au fond des campagnes. Quand s’éveille l’aurore aux doigts de rose et que, sur ses propres vêtements, flotte en suspension, le parfum enivrant des femmes enlacées, du whisky bon marché, et du tabac pas encore refroidi.

Pyc ; Je vois monsieur Petru Ange Padovani fait dans le lyrisme rural.

Je pensais que tu allais me parler de ton regard sur les femmes qui dansent, du balancement délicat de leurs hanches, de leurs mouvements subtils des poignets et des chevilles. Ou à l’inverse de celles qui confondent ces endroits avec les fêtes de Bayonne. Ou des hommes parfois bien âgés, des sortes de taxi-boys pour femmes esseulées, qui trouvent toujours des partenaires parce qu’ils dominent à ravir les danses de salon dont l’insurpassable tango.

Ou encore de ce fond hispanique très ancré chez nous qui aussi s’exprime dans la musique et les tenues des danseurs. Même si, la crise aidant, beaucoup de ces tenues semblent venir de Kiabi, voire du secours populaire, au mieux de la redoute.

Ou de cette transe partagée dans laquelle se plongent les uns et les autres aux mêmes musiques et au mêmes rythmes, tous les danseurs de par le vaste monde.

Mais non ami Ange, le séraphin de Pontacq, préfère faire dans la littérature …

Très bien mais baisse un peu d’un ton si tu veux que, en septembre, je t’amène à Piedicroce, chez ma tante et mon oncle, pour te montrer les plus belle églises de Corse notamment Santa-Maria de la décollation au détour de routes où même les tracteurs et vélos ne peuvent pas passer. Et là tu seras bien avisé de mesurer ton humour gascon. Surtout si nous devons aller à la Marina à Ghisonaccia la marine de Ghisoni pour surveiller mes nièces…

Pyc : Gabrielle et Sérafina ?

Tu connais leur petit nom ? PYC : Non juste une intuition une décollation de l’imaginaire. Mais ne t’inquiète pas je garde bien ma tête sur les épaules.

Pierre yves Couderc Oloron / Ghisoni / Caracas  par les nuits les plus courtes du 01/06 au 06/06/2014

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3 commentaires

  • Cher monsieur Karouge
    La dernière version partie hors délais parlait en conclusion non de Saint-Étienne et de son martyr clouté mais de la Normandie pas encore réunifiée :
    « pas comme les Gi et autres canadiens et anglais qui, il y a 70 ans demain, ont été victimes de décollation fauchés par la mitraille un matin de tempête sur la marine de sainte mère l’église entre Utah et Omaha beach au milieu de flots rougis de sang.
    Pyc : Désolé mon ange je suis un gars de la campagne qui ait rarement franchi l’Adour sauf, une fois, pour aller rejoindre une aimable fiancée à « la guinguette » à Dax et je ne connais pas ces boites américaines.. »
    Dans tous les cas avec saint Étienne, saint Sébastien, Sérafina et les flots sanglants d’ Omaha beach on reste ton sur ton les rouges carminés de la sublime Garbiñe
    Bien à vous..

    • Pyc: « Mais non ami Ange, le séraphin de Pontacq »; là, il y a tromperie sur la marchandise, le séraphin de Pontacq, c’est MOI ! Et Judith Holopherne vous servira l’apéro sur un plateau d’argent, si vous êtes content ! (pour ce faire, contacter l’agence de rencontres « Alternatives Pyrénées. com).
      Divertissant, mais sans tacher les nappes.

  • « Des boîtes de deuxième séquence de vie qu’on peut trouver à Tarbes, à Châteauroux, à Hyères, ou à Nancy. Mais aussi à Fribourg à Locarno ou à Modène. Et même à Sachausen ou à Treblinka. »
    A saint Etienne, il faut danser avec des chaussures à clous : http://www.ladepeche.fr/article/2014/06/08/1896243-pluie-pv-pietons-traversent-hors-clous.html#xtor=EPR-1
    pode-me ajudar a sair daqui (ça Pyc)?

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