La police en miettes

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 imagesJames Sarazin me pardonnera d’emprunter le titre de son livre *, mais des circonstances particulières m’y incitent. En effet ces jours-ci la police nationale est en vedette dans des affaires peu reluisantes. Y aurait-il tout à coup une malédiction qui s’abattrait ainsi sur ce corps de l’Etat ?

 Il y a quelque temps, une canadienne se plaignait d’un viol commis par un policier du 36 quai des Orfèvres à Paris. L’enquête permettait de savoir que le policier mis en cause reconnaissait un rapport sexuel dans ces locaux dits prestigieux, mais que celui-ci aurait été consenti.  Il faut reconnaître que même si les murs des locaux de police sont habitués à des situations particulières, ils n’ont pas réellement pour vocation d’abriter des amours clandestines.

Dans la nuit du 24 au 25 juillet 2014, toujours au 36 du quai des Orfèvres, dans les locaux de la brigade des stupéfiants de la police parisienne, disparaissaient 52 kg de cocaïne. Ceux-ci soigneusement enfermés dans un coffre-fort à scellés se sont incompréhensiblement volatilisés. Tout le monde sait bien que seul un fonctionnaire de la brigade des stupéfiants peut être l’auteur de ce « larcin ». Alors un brigadier de 34 ans est interpellé parce que fortement soupçonné de cette brillante subtilisation. Il nie farouchement et ne donne aucune indication pour retrouver le butin. L’Inspection Générale des Services de la Préfecture de police de Paris semble bloquée dans ses investigations. Le mis en cause a un train de vie qu’un fonctionnaire de son niveau ne peut habituellement se permettre.  Alors toutes les supputations sont permises et celle en particulier d’imaginer qu’il a pu bénéficier de complicités au sein même du service.

Plus près de nous, à Hendaye, trois policiers sont suspendus à la suite de la plainte déposée par un « retenu » de nationalité algérienne, âgé de 25 ans. Il les accuse d’injures et d’agression au sein même du centre de rétention. La victime a fait appel à d’autres policiers du commissariat de Saint-Jean-de-Luz qui ont constaté que leurs collègues étaient pour le moins en état d’ivresse.

On pourrait également évoquer les égarements des BAC de Marseille et la descente aux enfers du commissaire Neyret.

Ces affaires qui s’accumulent conduisent un ministre de l’intérieur sur le devant de la scène. Il promet un audit, des sanctions sévères, rien de très original. Mais la police dans son ensemble est salie. C’est un truisme de dire qu’une administration dotée d’une autorité se doit d’être exemplaire. Et si le mal était plus profond, plus pernicieux et affectait  l’esprit même de la police nationale.

Tout indique que la hiérarchie des services de police est de plus en plus ignorée. Qu’il se passe un événement médiatisé et c’est un représentant syndical qui est interviewé. Il se livre alors sur un ton docte  à des lieux communs démontrant clairement qu’il n’a pas participé à  l’enquête. Son  avantage est de n’avoir pas besoin d’autorisation pour s’exprimer publiquement. Plus tard c’est le procureur de la république qui seul ayant droit de parole devant la presse, relate les circonstances de l’affaire. A cette occasion, il se fait fort d’apparaître comme le chef des services d’investigations. Exit donc la véritable hiérarchie policière. Elle devient ignorée et, de ce fait, a de plus en plus de mal a être entendue, voire reconnue.

Ajoutons à cela que des précédents ministres de l’intérieur qui pourtant prônaient à qui voulait l’entendre, la reconnaissance au mérite, récompensaient des syndicalistes qui n’avaient de policier que le nom en leur permettant d’accéder à des avancements qu’eux-mêmes n’auraient osé imaginer. On a vu ainsi des délégués syndicaux devenir préfet.

Et de leur côté les Gendarmes, militaires rattachés au ministère de l’intérieur, développent leurs capacités d’investigations judiciaires pour atteindre des niveaux qui sont en passe de dépasser ceux de la Police Nationale. En tout cas chez eux on ne parle pas de scandale… ni de syndicats !

                                                                                               Pau, le 5 août 2014

                                                                                               Par Joël BRAUD

  * « Le système Marcellin. La police en miettes » James Sarazin – éditions Calman-Lévy – 1974 –  251 pages.

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3 commentaires

  • Je comprends, Joël, que vous soyez ulcéré par ces trois affaires, et tout citoyen respectueux des institutions ne peut que vous suivre.
    Cependant, si une hirondelle ne fait pas le printemps, trois hirondelles qui partent (ou doivent partir) ne font pas l’automne! Il me semble que la police s’est assainie depuis la dernière guerre ainsi que depuis la guerre d’Algérie, deux périodes noires, très noires.
    Le métier est difficile, avec parfois des tentations énormes. En particulier, lorsqu’il faut infiltrer des réseaux, les limites à ne pas franchir doivent être bien difficiles à maintenir à l’esprit. Heureusement, tous les policiers ne trempent pas dans de telles affaires, ce qui ne veut pas dire que leur tâche soit facile tous les jours!

  • Article intéressant, bien qu’une certaine orientation très recevabley paraisse.
    Alors cet article est-il signé par Monsieur Braud, citoyen palois, ou par Monsieur le commissaire (honoraire) Braud s’exprimant au nom d’une « hiérarchie tenue par le devoir de réserve » ?

  • Le délégué syndical de service lors de cette lamentable affaire qui en dit long sur l’état de déliquescence de cette administration s’est particulièrement distingué en commentant les faits avec une véhémente indignation:  » 52 kg de cocaïne, tout de même, ce n’est pas une simple barrette de shit, vous comprenez.. »
    J’ai surtout compris à cette occasion que faire disparaître une barrette de shit, ce n’était pas bien grave. Comment peut-on laisser des crétins se parer d’un label officiel pour s’exprimer ainsi au nom de leur corps sur des affaires de police judiciaire en cours dont ils ne savent rien et terminer leur pathétique plaidoyer par une sortie sur « le manque de moyens et la diminiution continue des effectifs. » Je ne vois pas en quoi leur statut « protégé » le leur permettrait. C’est donc bien une volonté de leur hiérarchie que de systématiser ces interventions bien pratiques pour couvrir le brouhaha médiatique sans engager de ligne officielle.
    Mais heureusement, un audit en profondeur va s’intéresser à l’activité des « stups », nous annonce le Ministre, avec son air de comptable constipé. Je suis persuadé qu’on va y faire des découvertes. D’ici qu’on y trouve des délégués syndicaux supplémentaires.

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