Pyrénées – La mule et l’intello (1) : Préparatifs et jour J


Cairn sur le GR10

Cairn sur le GR10

A 7 ans, mon père me tirait au tour de l’Ossau. A 17 ans, je faisais du stop avec mes skis de randonnée. En fin de journée, à la sortie de Tarbes, un paysan me ramenait du côté d’Espoey. En sortant, les skis de la bétaillère, ceux-ci étaient plein de purin ! La passion était plus forte que ces petits désagréments.

A 27 ans, je quittais un bon « job » à la Défense, pour revenir aux Pyrénées. A 37 ans, avec quelques copains, nous grimpions, en ski de rando, le Vignemale, le Balaitous et consorts… A 47 ans, 57 ans, les Pyrénées toujours. On l’aura compris, pour l’auteur, sans les Pyrénées, point de respiration.

Puis vint l’idée, soudaine et brutale : Pourquoi ne pas les traverser ? Passé ce moment, les questions se posent ? Les traverser d’Est en Ouest ou l’inverse ? Par le GR10 (dans les vallées) ou par la HRP (au plus près des crêtes) ? Il faut 6 mois pour clarifier les choses. Préparer un sac, toujours trop lourd. Combien de fois, l’ai je pesé ? Il fera au final 12 kilos, pique-nique du jour et deux litres d’eau compris. Toujours trop lourd pour la colonne vertébrale qui prend le nom de « Dolores » dans l’excellent livre de Pierre Mora : « Un caillou dans la chaussure » (Prix littérature du salon du Livre Pyrénéen 2013). Pour ma part, se sera plutôt « la mule ». Douze kilos sur le dos pendant 8, voire 10 heures d’affilée. De quoi se prendre pour l’endurant animal…

Un site « collaboratif » aide à y voir plus clair : randonner-leger.com. Les internautes vont même y débattre de l’intérêt de porter des collants féminins de chez DIM. Plus léger, il n’y a pas ! Je change mes crampons à neige « antédiluviens » Laprade-Desmaison, fabriqués à Arudy en Béarn, pour des crampons Grisel de 450 grammes. Pour 120 euros, j’ai gagné 550 grammes. Y-a-pas de petits profits !

Autre casse-tête : Apprendre à utiliser un GPS et le charger d’un parcours. Par précaution, il y en aura même deux : Un HRP (Haute Route des Pyrénées) et un GR10 pour se replier vers les vallées en cas de mauvais temps. Mariano, le « roi du topo », me donne un coup de main pour assimiler la technique*. Merci à lui. Cela sera utile quand un orage me tombera dessus au Pic de Noufont, 2865 m, à la frontière entre les deux Catalogne.

Commencer la traversée à Hendaye ou à Banyuls ? Les guides partent traditionnellement d’Hendaye : le célèbre « Véron » (HRP) ou celui de la Fédération Française de Randonnée Pédestre (GR 10). Un ami me rappelle qu’il est plus agréable de marcher le matin avec le soleil dans le dos et, qu’en plus cela permet de faire de meilleures photos. Le départ se fera donc depuis Banyuls d’autant plus qu’un nouveau topo-guide, Trans’Pyr, revisite la traversée des Pyrénées par les cimes d’Est en Ouest.

Pour le Béarnais que je suis, il y a un autre argument choc : en juin, il peut pleuvoir comme « vache qui pisse » en Pays Basque alors que la Catalogne devrait être plus sèche. Je ne suis pas moralement prêt à marcher les pieds dans la gadoue et trempé. Ce sera donc Banyuls, le point de départ.

Reste à voir, le nombre d’étapes et, si toutes les faire d’un coup ou les étaler dans le temps. Il y a 870 kms à parcourir sur le GR 10 pour rejoindre l’Atlantique à la Méditerranée (ou vice-versa). Une moyenne de 20 kilomètres par jour semble la norme pour le randonneur « normal ». Compte tenu de deux ou trois journées de repos, le tout se parcoure donc en 45 jours.

On peut aller plus vite. Voire les traverser en courant. Le Catalan (espagnol) Kilian Jornet Burgada, en mai 2010 a rejoint le Cap de Creus, proche de Cadaqués, depuis Hendaye, en seulement huit jours et demi en ayant parcouru 850 kilomètres et 42.000 mètres de dénivelé positif. Moyenne : 100 kilomètres par jour. Même les isards ont eu du mal à le suivre !

Pour ma part, ce sera en 3 fois 15 jours avec les Pyrénées Est pour commencer, les centrales en 2015 et les occidentales en 2016. Histoire de faire durer le plaisir et de ne pas s’y épuiser. Quant au trajet, mon choix ira vers les sommets (HRP et Trans’Pyr), plutôt que les vallées (GR10), même si les premières étapes se passent obligatoirement sur ce dernier.

Le 15 juin, covoiturage aidant, je me retrouve à l’Hôtel des Pêcheurs à Banyuls. Je me sens comme un petit nouveau, dans cette Catalogne que je ne connais pas. La glace est rapidement rompue quand, pour dîner, l’aubergiste me sert un magret de canard. Déjà un retour au « païs » ! Très vite, je me rendrai compte que les Pyrénées, malgré leur pluriel, se ressemblent tout au long de la chaîne : Des isards partout, des mines (fermées) partout, des stations balnéaires (qui vivotent) partout, des ouvrages hydrauliques partout, des gentianes partout, des montées et des descentes partout… Ça, c’est pour la mule.

Lundi 16, 7h30 : Traditionnelle photo devant la plaque, en l’honneur du GR 10, qui est posée sur un mur de la Maire de Banyuls. Des jeunes passent. Ils me prennent en photo. Les jours qui suivent, faute de photographe, j’en serai réduit aux selfies. Je branche le GPS et c’est parti. Il y a un vent à décorner les bœufs. Malgré cela, la montée est assez rapide avec, derrière moi, une Méditerranée un peu sombre. Le soleil est souvent voilé. Dommage.

Les vignes de Banyuls, vins des Templiers, s’estompent. Premières crêtes, premiers promontoires. Une halte. Le « picnic » du « Pêcheur » est copieux. Il me faudra plusieurs étapes pour me rendre compte qu’il convient de manger plus que d’habitude. Les kilomètres : ça creuse.

Je longe en permanence la frontière avec la Catalogne. Difficile de lui accoler le nom d’espagnole tellement le rejet de l’Espagne y est fort. Mes conversations ultérieures ne pourront que le confirmer.

L’exigence de la randonnée rebute à beaucoup. En 8 heures, je croise un groupe de 4 personnes, puis un de deux. Nous sommes si peu à profiter des beautés des cimes. Je suis seul toute la journée… Pourquoi une telle désaffection envers de si beaux endroits ?

Passage au point le plus haut de l’étape : le Pic de Neoulous à 1256 m. Il est plus haut que la Rhune (905m), le premier sommet que l’on rencontre au dessus d’Hendaye. Les deux sont coiffés d’antennes TV. Descente au gîte du jour, le « Chalet des Albères », blotti dans la belle forêt du même nom. J’y suis avant 16 heures. La mule a mal aux épaules. Le bardât pèse.

Le gîte est un havre de paix. Yann, le cuistot et sa sœur, la gérante, sont Alsaciens.  Au fur et à mesure que j’avancerai, je trouverai beaucoup « d’étrangers » venus tenter leur chance dans les Pyrénées; les refuges, nichés plus haut, étant eux souvent occupés, à la saison, par des locaux.

Première (bonne) nuit dans un dortoir où je suis seul. Pas besoin des boules quiés qui sont dans le sac à dos au cas où…

– par Bernard Boutin

* pour le GPS : Merci aussi à Georges LC qui m’a démontré l’intérêt d’en emporter un et à Pierre G. qui m’en on prêté un.

Comments

  1. Je n’avais pas connaissance de ce beau projet. Quel plaisir de lire ces premières étapes. J’en connais un qui doit te suivre avec envie de là où il est !
    Bonne route.

  2. bravo et bonne route !!!

  3. Bonjour Bernard,
    Bravo pour d’être lancé dans cette belle aventure.
    L’année prochaine, comme tu ne seras pas loin d’ici, je pourrais peut-être d’accompagner une ou deux étapes pour faire un brin de causette !

    Mariano

  4. Mehdi Jabrane says:

    un mot : superbe

  5. Samie Louve says:

    Un sourire qui en dit long malgré les préparatifs … j’admire votre passion pour ces Pyrénées. Plurielles elles n’en sont que plus belles … merci de la partager🙂

  6. Helene Lafon says:

    Les préparatifs, tels que vous les contez, amusent le lecteur mais un vrai boulot se cache derrière l’humour et le ton badin. On attend la suite avec impatience…
    Lecteurs d’AltPy, transférez ce récit à tous les amoureux des Pyrénées qui ne le lisent pas encore… et Bernard sera moins seul sur les sentiers l’année prochaine !

  7. l'ours du bois says:

    j’ai fait toute la préparation… mais Madame n’a point voulue que je démarre….
    elle avait raison…
    du matériel neuf que je regarde avec regrets , sans remorts

  8. Pour toi, Bernard, aux Pyrénées il n’y a pas d’alternative!
    Je te comprends.
    Jean-Paul

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