une semaine bien ordinaire (à l'hôpital)

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IMGP3426La vie (des gens) qui n’intéresse personne…

Lundi commence sous le bleu d’un ciel qui incite Martha, la soixantaine passée, à grimper sur un escabeau pour cueillir dans le jardin des figues, justes mûres comme elle ses fruits. Bras tendus vers le ciel soudain l’escabeau se dérobe. Chute sur le dur. Onze heures trente. Vers midi, le téléphone de Léo sonne : « chéri, j’ai mal, je suis tombée de l’escabeau, qu’est-ce que je fais ? » Léo travaille à 30 bornes. « Appelle le 112 ».

Une heure plus tard, après les questions diverses et variées du SAMU posées au téléphone -aucune intervention physique jusque là-, une ambulance de Nay emmène Martha au CHU palois. (Le couple vit à 10 kms de Lourdes, mais c’est un autre département). Première étape. S’ensuivent quatre heures d’attente dans le couloir des urgences, ponctuées d’une radiographie du bras (qui révèlera une fracture du coude, de l’oléane gauche), d’un électrocardiogramme, d’une radio des poumons, bref un check up complet, une chorégraphie hospitalière dont les brancardiers sont les danseurs étoilés, en permanence sollicités, toujours en mouvement, toujours connectés dans une logistique de civières et d’ascenseurs qui montent et descendent au rythme des urgences, des services, ballet dans lequel virevoltent infirmières aides soignantes filles de salle médecins chacun à son poste, chacune à sa tache, pendant que les chefs d’orchestre, ces maestros, chirurgiens spécialisés dans les pathologies les plus diverses opèrent ouvrent extraient, recousent embrochent agissent, avec une magistrale dextérité. Opéra quotidien des hôpitaux. (102 visites aux urgences par jour, selon la Rép –bon article de Floran Eiclies-). Vers dix sept heures, coup de fil de Martha : « je vais être transférée sur Marzet, il n’y a plus de place ici. »

Attente. Arrivée Marzet 18h30. Embrassades. Devrait (peut-être) être opérée ce soir. Passage du chirurgien : vous serez opérée demain matin. Depuis 14h, restée à jeun. Ne pas boire ni manger (jusqu’au lendemain matin). Opérée mardi vers 16h. Deux heures sur le billard, une opération relativement simple, qui s’est bien passée. Toujours dans la tête la peur d’un problème avant l’opération, peur de l’anesthésie, des réactions physiques du corps en souffrance. Nuit sous morphine.

Mercredi, soins post-opératoires, repas Sodexo, personnel toujours aimable de femmes qui pratiquent la douleur, soignent de leurs mots les ruptures de la vie, les accidents qui paralysent et transforment les plus vivants en zombies intra-veinés, reliés à l’existence par des tuyaux et des perfusions, des ordinateurs qui tracent en continu sur de petits écrans les courbes irrégulières du cœur, du souffle (mais là c’était à Aressy, en juin, d’où la mère de Léo est sortie les pieds devant, comme son père, quarante ans auparavant). Tout va bien. Il fait beau. Martha, vers 16 h : « je sors demain matin ». Tout va bien, demain on rentre à la maison. 17 h : vous sortirez vendredi, si tout se passe bien. Déprime. Courage. Tout va bien, patience, ce n’est qu’un jour à passer. Oui, Chou, patience. Ne t’inquiètes pas, Chou, à la maison les frelons asiatiques font leur régal des figues depuis deux jours. La vie est belle, le pansement d’un blanc immaculé sur ton bras noirci et gonflé.

Vendredi, sortie dans la matinée. Pas d’attente au secrétariat, des papiers (ordonnance, soins infirmiers et kiné) prêts dans un dossier bien rangé, salutation aimable de la part du chirurgien avant de quitter la clinique, retour joyeux à la maison. Il fait beau, les chats ronronnent comme le Canigou quand il ressemble au mont Fuji (mais on ne le voit pas depuis le jardin). Caruso, Al Capone, Chamallow, Popov, Marquise, Léo, Cendrillon…que Martha caresse de son bras droit, heureuse. Six semaines de kiné, des soins infirmiers (changement du pansement), une visite à la clinique pour vérifier que l’os s’est correctement ressoudé .

Une semaine bien ordinaire dans un monde hospitalier aux compétences indéniables, à l’accompagnement exemplaire, à la présence constante, ici comme ailleurs, dans tous ces lieux où l’on sauve des vies, où on la fait naître.

Cela n’a pas de prix , car ce n’est plus cela qui compte, quand c’est la vie qui prime.
Merci au personnel soignant, aux chirurgiens, et à tous les intervenants qui oeuvrent pour la survie d’un monde dans lequel les soins sont non seulement accessibles à tous, mais aussi réalisés dans une parfaite équité, dans des conditions plus que difficiles.

AK Pô
13 09 2014
Ptcq

IMGP3426

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  • «Une semaine bien ordinaire dans un monde hospitalier aux compétences indéniables, à l’accompagnement exemplaire, à la présence constante, ici comme ailleurs, dans tous ces lieux où l’on sauve des vies, où on la fait naître.
Cela n’a pas de prix, car ce n’est plus cela qui compte, quand c’est la vie qui prime.»
    Je tiens à m’associer, par un exemple, à cette reconnaissance, pour avoir fréquenté, en tant qu’accompagnateur, depuis plusieurs années, le service d’ophtalmologie de l’hôpital de Pau.
    C’est une véritable fourmilière où tout le monde croise tout le monde:

    des patients de tous les âges, sur leurs pieds ou en voiture pour handicapé(e)s, de toutes couleurs de peau et de cheveux, de tous sexes, de toutes langues, de tous les niveaux sociaux, habitant la campagne ou la ville, des pavillons, des appartements, des centres pénitenciers….
    des ambulanciers,
    du personnel de tous les badges, chacun s’affairant pour enregistrer, canaliser tout ce monde, souvent perdu, angoissé, dans des couloirs parfois étroits, renseigner, organiser les prochaines convocations…
    Le personnel médical, celui qui fait les tests informatifs qui seront transmis à l’interne ou au patron suivant le cas; la décision est ensuite prise après consultation interne.
    A cela s’ajoute le personnel infirmier accompagnant les malades hospitalisés dans le service, sur des civières…..

    Tout ce monde, sans arrêt perturbé par des coups de téléphone, des urgences, reste disponible, souriant, aimable, malgré ce travail à la chaîne, à longueur de journée.
    Quel changement par rapport au calme des spécialistes ayant leur cabinet en ville; ceux qui choisissent le nombre de patients qui viendront consulter, ceux qui ferment quand ils sont en vacances, ceux qui, pour une opération de la cataracte, demandent des dépassements d’honoraires de plusieurs centaines d’euros, ceux qui, dès que les choses se compliquent, adressent leur clientèle à l’hôpital!
    Et il paraît que l’hôpital public coûte trop cher, qu’il faudrait supprimer du personnel et que celui qui reste puisse faire mieux avec moins! C’est plus que gonflant, c’est écoeurant!

    • Les politiques ferment les yeux sciemment, ils savent qu’il n’y aura jamais de grèves massives, à tout bloquer, Les soignants connaissent leurs responsabilités humaines et donc continueront à soigner, à soulager, à accompagner jusqu’au bout dans des conditions de plus en plus difficiles. Et sans parler des EHPAD, là tout le monde est en danger les soignants et les soignés.

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