Everybody loves nobody (ô Jeremy!)

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Allongé sur la dune, les oyats lui chatouillant les pieds les aisselles et le muscle infertile de sa solitude, il regardait les étoiles. La nuit avait éteint ses lunes et sur sa nudité les neutrinos traversaient à la vitesse de la lumière son obscure destinée, plus rapides que le rayonnement du soleil. Un peu plus bas, la mer en contre pointes dansait au rythme des désillusions, trajectoires de vapeurs rythmées par ces cargos qui traversent l’absence, ce crissement de sable qui peu à peu grippe les mécanismes de l’aventure humaine, et lui, étendu sous la céleste voûte, nu dans la nuit qu’enfin il avait pu convaincre, et ce fut dur, croyez-le, que d’obtenir ce droit de se laisser aller là, de se laisser bercer par ses propres illusions folles, chatouillante immédiateté d’un moment sans avenir.

Les oyats sont salés comme le sont les chevelures des filles, les amandes des policiers et les demandes des polissons, surtout des notaires, quand ils parcourent la gréve. Les notaires, par ailleurs, sont de gentils garçons, personne n’en disconviendra, hormis parfois la veuve et l’orphelin. Mais ne soyons pas mauvaise langue quand, allongé sur la dune, nu sous les étoiles, temps clair sans lune, les oyats perspicaces caressent justement un notaire dont la présence en ces lieux n’est certes pas clerc.

Une brise légère pose son souffle tiède sur les rampants sablonneux du monticule où la nature est censée reprendre ses droits. Ici le vent caresse dans le sens du poil la politique du pire, afin que chacun respire dans la nuit les dernières étoiles avant qu’on ne les confonde avec des satellittes. Avant la mort des éléphants roses. En attendant les requins bleu marine. L’oeil rond du poisson rouge qu’ont les gens quand ils vont chez les spécialistes, la tumeur au cerveau opérée dans tous les organismes de soi-disant protection sociale, compléments retraite, garanties obsèques, mutuelles, banques qui gratifient tout nouvel engagement, publicités ordurièment mensongères, Etat décomposé par des égotismes, des partis qui ne connaissent pas la couleur de l’herbe mais usufruitent celle du verbe.

Sur la plage, au ras des vaguelettes, une sirène, pleure. Sirène de larmes sur les sornettes alarmantes. Les oyats sont un peu plus haut, l’écume seule lèche ses nageoires. Le gentil notaire dort maintenant profondément. Le monde est parfait et les tiroirs remplis de dossiers, le monde est imparfait et ainsi s’écrit le futur. La sirène en larmes sent soudain l’odeur fraîche, paisible, du petit notaire endormi. Sa queue frétille. Elle sent l’homme et se déplace comme un serpent de mer dans l’ embarras des embrouillaminis politiques, elle flaire, sent le feu ardent monter. Pas de pompier. Une cravate. Une cravate d’écailles, voilà le cadeau qui plaira au notaire assoupi. Sa poitrine est gironde, le pigeonnier redondant . Faire son nid dans les oyats, ces pique-culs de vacanciers qui laissent la pluie aux autochtones et le crissement du sable à leurs souvenirs d’enfance. Maintenant que la lueur des satellites masque celle des étoiles, que les neutrinos tourneboulent dans les tubulures souterraines du Gran Sasso, en Italie, et que nous avons perdu confiance, car nous ne valons rien.

AK Pô

19 09 14

Ptcq++

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Un commentaire

  • « le muscle infertile de sa solitude »
    Ayant enseigné pendant un temps la myologie du corps humain, je reste perplexe sur la localisation de ce muscle de la solitude!!!!Les scientifiques ne savent pas tout! Heureusement qu’il y a les poètes pour compléter.

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