François le Fataliste ou la course de rats

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Brown mouse running in a wheel.Le bref échange qui a eu lieu entre M. Dartigolles et M. Bayrou suite au discours introductif de ce dernier lors du conseil municipal de la rentrée, a permis de reclarifier deux politiques économiques différentes, mais aussi de constater une série d’arguments fallacieux de la part du maire.

D’un côté M. Bayrou nous annonce que la réduction des dotations de l’État pour les collectivités est un mal nécessaire et une évidence qu’il avait, lui, prévue et annoncée depuis des années.
De l’autre côté M. Dartigolles rejette cette vision fataliste et irrévocable d’une politique d’austérité qui ne dit pas son nom.

Je tiens ici à saluer M. Dartigolles qui a fait honneur à ses responsabilités municipales et nationales.

Cette sortie de M. Dartigolles a bien évidemment fait réagir M. Bayrou qui nous a pondu un syllogisme fallacieux (un faux dilemme pour être précis) à savoir :

  • la relance par l’emprunt c’est la facilité
  • la rigueur budgétaire c’est le réalisme

En réalité, parler d’innovation, d’inventivité et de créativité pour atteindre des objectifs de campagne (propos de M. Bayrou) dans un cadre budgétaire illégitimement restreint, c’est enfermer les agents municipaux et les élus (souvent peu avertis des mécanismes macro-économiques) dans une course de rats.

Suite à ce premier argument fallacieux, notre maire a amalgamé les propositions économiques du Front de Gauche (en gros la relance par la dette) à celles du Front National.

La tentation était certainement très grande pour M. Bayrou de masquer son incapacité à donner réellement du crédit à une autre politique économique que la sienne en utilisant quasiment le fameux argument qui tue : le reductio ad Hitlerum.

Traduction : ta vision politico-économique est identique à celle du FN qui est un parti xénophobe donc un parti nazi donc ta vision politico-économique est hors jeu par principe.

D’ailleurs M. Dartigolles ne s’y est pas trompé puisqu’il s’est défendu d’avoir la même politique que le FN en évoquant que certains membres de sa famille (qu’ils reposent en paix) ont été tués par les nazis.

Mais encore plus fort (ou vicieux ?) que le faux dilemme et le reductio ad Hitlerum, M. Bayrou a utilisé l’argument dit d’appel aux sentiments en liant implicitement l’endettement (de la Grèce notamment) à des conflits sociaux.

Prendre exemple de la Grèce ou de l’Italie pour éliminer par principe l’endettement et donc justifier l’austérité c’est injuste et malhonnête.
Ce sont plutôt la corruption, l’évasion fiscale et le marché au noir généralisés qui ont fait chuter la Grèce par manque de rentrées fiscales et non pas l’endettement.
Evoquer les vraies causes de la faillite de la Grèce, la corruption des politiciens notamment, mettrait sûrement M. Bayrou dans une position un peu délicate. En effet, n’est-ce pas M. Bayrou qui nous parle de la nécessité d’avoir une classe politique irréprochable (cf. son livre : de la vérité en politique) alors qu’il soutient pour 2017 un élu qui a été condamné pour abus de confiance et prise illégale d’intérêt ?

Par Mehdi Jabrane

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9 commentaires

  • « c’est enfermer les agents municipaux et les élus (souvent peu avertis des mécanismes macro-économiques) dans une course de rats. »
    que viennent faire là les agents municipaux ?

    • Étant concrètement sur le « terrain » ce sont bien les agents qui vont devoir faire plus avec moins avec cette fausse promesse que ça permettra au pays d’aller mieux !

  • « Ce sont plutôt la corruption, l’évasion fiscale et le marché au noir généralisés qui ont fait chuter la Grèce par manque de rentrées fiscales et non pas l’endettement. »
    Ceci n’est pas exact. En fait la Grèce n’a pas chuté, elle n’aurait jamais dû entrer dans la zone euro car les comptes de l’Etat qu’elle a présenté à l’UE étaient volontairement truqués.
    Elle n’avait aucune chance d’équilibrer ses dépenses

    • Au contraire M. Sango, les comptes truqués viennent parfaitement confirmer mes propos. La tromperie ne servait qu’à masquer (temporairement) la corruption des élites politiques de la Grèce

      • Les autres états européens ignoraient-ils vraiment le trucage des comptes de la Grèce ? Ne savaient-ils pas que la corruption était tellement généralisée dans ce pays qu’il fallait se méfier de tout ? Quelle urgence y avait-il pour que la Grèce entre dans la zone euro ??? Et d’ailleurs, un pays si corrompu a t-il sa place à côté de pays du Nord beaucoup plus vertueux ? Les truqueurs et leurs « conseillers » ont-ils été jetés en prison ou continuent-ils tranquillement leurs activités ou leur retraite dorée ? Autant de question dérangeante pour toute la colonie de politiciens européens.

  • A propos de nos finances, il y a comme un problème dans le choix des mots employés par notre Président. Et comme son message passe mal il vient d’envoyer M Valls à Berlin , probablement pour décrypter ce que lui Hollande a décidé(?) pour respecter nos engagements et sortir la France de l’immobilisme. Message reçu, mais…
    Pas dupe, la chancelière allemande Angela Merkel a qualifié « d’impressionnant » le programme de réformes du Premier ministre français. Oui Mme Merkel a bien insisté sur  »programme »de voir , montrant par là qu’elle attend la réalisation. Pourvu pour elle (et nous!) que ça ne tarde plus.

  • Vous ne mentionnez pas l’explosion de l’effectif des collectivités locales depuis 15 ans… Mais la classe politique y a de nombreux « amis » et elle en est souvent tout simplement issue. Là se trouve le pot aux roses. Ensuite, il y a la méga-médiathèque à l’époque d’Internet, les dépenses folles dans le sport pro dignes de la fin de l’empire romain. Le problème n’est pas dans la réduction de la dotation de l’Etat.

    • Encore une fois, quel homme politique, quel fonctionnaire, quel citoyen, aura le courage et la volonté d’initier une cause nationale: « La chasse aux gaspi ». Il y’a tellement à faire pour mieux utiliser l’argent publique, n’est ce pas Mrs Labazée et consors…

  • Je trouve la thèse excellente même si je ne vois pas comment on peut éviter de faire des économies budgétaires. A ce propos et à propos du sondage «Hollande et les 50 milliards d’économie» :
    « La dépense publique qu’il faut réduire, elle est toujours chez l’autre » (M. Macron), selon le journal « La tribune » qui ajoute la « Volonté du gouvernement de prélever 500 millions d’euros en 2015 dans les fonds de roulement des CCI, déjà ponctionnées de 170 millions en 2014 ».
    D’autre part, à Pau, la CCI recherche un nouveau directeur. A Orthez, la maternité d’Orthez recherche un gynéco.
    Quel rapport entre ces deux recrutements ? CCI et hôpitaux sont dans le collimateur de la Cour des Comptes.

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