Le libéralisme ? Pourquoi pas, mais lequel ?


GV 14-10Des débats, souvent rudes, opposent régulièrement, par toutes les filières de la communication, des représentants antagonistes d’une doctrine de philosophie politique : le libéralisme.

Comme d’habitude la confrontation ne sait utiliser que la méthode binaire du oui ou du non; on est pour ou contre et les arguments justificatifs sont souvent percutants !

Ces deux positions, se voulant antagonistes, sont redoutables pour plusieurs raisons :

  • Elles se basent sur des valeurs dont on ne précise pas, le plus souvent, le contenu, le mot suffit pour faire jaillir l’adrénaline ! On adore ou on abhorre. En fait, elles ont une histoire, ancienne et évolutive, seules des études historiques permettent d’identifier et d’en suivre le parcours depuis leurs racines. Les protagonistes, volontairement ou pas, par ignorance ou pas, comparent des mots ayant, dans le temps, changé complètement de contenu. Il peut arriver que sous le même vocable on énonce des valeurs différentes !!

Encore les maux des mots !!!

  • Elles génèrent des prises de décisions différentes suivant que les uns ou les autres sont aux commandes.
  • Elles rejettent par définition, en bloc, «l’autre», et n’envisagent à aucun moment qu’il puisse y avoir une vision intermédiaire, c’est-à-dire, comme je l’ai jadis évoqué, l’existence d’un « tiers inclus».

 Le libéralisme et le darwinisme ont des points communs ; ils ont subi des dérives idéologiques depuis leur avènement, aboutissant à des contresens exacerbés à la fin du XXème siècle. Je veux parler par exemple de l’eugénisme, du darwinisme social, de l’ultralibéralisme.

 Leurs racines étaient présentes dans les débats d’une société qui s’appelait «La Lunar Society» fondée dans la ville de Sheffield dans le N de l’Angleterre, en 1775. Un groupe de philosophes, de chefs d’entreprises, de scientifiques et d’expérimentateurs amateurs se rencontraient les nuits de pleine lune pour discuter et partager leurs idées au cours de longs repas.

La collaboration entre ces individus fut le catalyseur de la révolution industrielle.

 Parmi eux figuraient Adam Smith, Erasmus Darwin et Josiah Wedgewood, respectivement les grands-pères paternel et maternel de Charles, et des correspondants prestigieux comme Benjamin Franklin et Thomas Jefferson.

Ces hommes appartenaient au groupe des libéraux et soutenaient une volonté de réforme de la société anglicane et conservatrice tenue par les tories. Ils militaient et agissaient pour l’éducation des femmes et contre l’esclavage. Par ses origines philosophiques, le libéralisme des lumières se liait donc à une réflexion politique et une action sociale pour la liberté. Ils ont sympathisé avec les idées développées par la révolution française et l’indépendance américaine.

Dans une analyse de la pensée d’Adam Smith, on peut lire, entre autres :

– Dans «La théorie des sentiments moraux», la sympathie au sens d’empathie, de capacité de comprendre un autre en se mettant en quelque sorte à sa place, occupe une place centrale.

– La division du travail consiste en une répartition toujours plus spécialisée du processus de production de sorte que chaque travailleur peut devenir spécialiste de l’étape de la production à laquelle il se dédie, accroissant donc l’efficacité de son travail, sa productivité. Les hommes se répartissent les tâches, puis s’échangent les fruits de leur travail.

– La richesse de la nation est l’ensemble des produits qui agrémentent la vie de la nation tout entière, c’est-à-dire de toutes les classes et de toutes leurs consommations. L’or et la monnaie ne constituent donc plus la richesse, elles n’ont en elles-mêmes aucune autre utilité que celle d’intermédiaire de l’échange. Il dénonce les industriels qui par les ententes et les monopoles tentent de contourner la loi du marché à leur seul profit.

La logique d’un marché libre et concurrentiel ne doit pas s’étendre à la sphère financière. D’où une nécessaire exception financière au principe de la liberté d’entreprendre et de commercer, et la nécessité d’une cadre réglementaire strict.

– Les établissements publics dont la société retire d’immenses avantages, ne peuvent pas être entrepris ou entretenus par un ou plusieurs particuliers, attendu que, pour ceux-ci, le profit ne saurait jamais leur en rembourser la dépense. Smith justifie ainsi un certain interventionnisme de l’État dans la vie économique. Il définit aussi ce que la science économique appellera plus tard le «bien commun». Selon Smith, le marché ne peut pas prendre en charge toutes les activités économiques, car certaines ne sont rentables pour aucune entreprise, et pourtant elles profitent largement à la société dans son ensemble. Ces activités doivent alors être prises en charge par l’État. Il s’agit surtout des grandes infrastructures et des services publics.

 Ce libéralisme, à large spectre de réflexion, n’a donc rien à voir avec une conception purement limitée aux modes de production, à la rentabilité, à la finance….

 Hélas, ces lumières s’éteignent un siècle plus tard ; Herbert Spencer, défigurant totalement les idées développées par Darwin, fut le promoteur du libéralisme antisocial connu sous le nom de darwinisme social.

La théorie de l’évolution darwinienne n’a strictement rien à voir avec cette idéologie que n’approuvait d’ailleurs absolument pas Ch. Darwin.

C’est donc à partir de Spencer, pour Pascal Picq, que le libéralisme s’engage sur une voie élitiste et conservatrice, cherchant à se justifier par des lois naturelles et divines, détournant totalement la pensée de Darwin. Ce dernier s’est toujours bien gardé de s’appuyer sur des lois divines, d’ailleurs les protagonistes de la société lunaire étaient libéraux et laïques.

Depuis, sur la voie triomphale du «spencerisme» on déroula le tapis rouge ; les révolutions conservatrices de Margaret Thatcher et Ronald Reagan, comme ces responsables de la crise financière actuelle, ont sévi. « Devant la commission d’enquête du Sénat américain, la justification péremptoire prétendait qu’ils agissaient en conformité avec des lois divines (Dieu) et naturelles(Darwin) ; bizarre, quand on connaît l’aversion des conservateurs américains envers la théorie de l’évolution ! »  P.Picq

 On s’est donc complètement éloigné de l’esprit des lumières !! Ce libéralisme et ce darwinisme n’ont rien à voir avec le libéralisme entrepreneurial d’origine et les théories darwiniennes de l’évolution.

Il est donc nécessaire, pour qu’un échange soit clair et positif, d’afficher sa base de données ;

Quel libéralisme défendons-nous ?

Est-ce, celle du libéralisme entrepreneurial et évolutionniste d’origine, celui de le Lunar Society, d’Adam Smith ou celui d’Herbert Spencer, de R.Reagan ou M.Thatcher ?

 Dans la première éventualité, la liberté individuelle de penser et d’agir se met au service de l’intérêt général ; elle étend son champ de réflexion et d’action à tous les aspects de la vie culturelle. Il s’agit de se dégager d’un système politique, économique et social figé dans ses archaïsmes, ses privilèges et ses acquis. L’économie doit être organisée et contrôlée par un État fort afin de briser la puissance des trusts et leur pouvoir de corruption (1). Bien loin donc de brider l’initiative individuelle, il s’agit de libérer l’économie de ses entraves actuelles en la subordonnant à l’intérêt national.

 Dans la deuxième éventualité nous avons affaire à un faux libéralisme, jouant sur le mot pour faire bonne impression ; c’est un néolibéralisme ou ultralibéralisme exprimant les « gènes idéologiques de l’égoïsme » P.Picq, de l’individualisme, s’appuyant sur les faibles pour devenir plus fort. C’est là que l’antilibéralisme prend tout son sens !

 Où se situent le social-démocrate et le social-libéral ? Encore des mots pour noyer le pauvre peuple dans un verbiage flou et confus mais combien riche en débats stériles !

 

(1) Lire la convaincante interview d’Antoine Peillon dans SW Dimanche:«Plus rien n’arrête la corruption».

– par Georges Vallet

Crédit photos: lumieres-et-liberte.org

Comments

  1. La main invisible est le concept clé du libéralisme économique et ce qui fait son succès (et qui ne peut être omis). Evidemment, il ne s’agit pas d’abandonner le marché entièrement à lui-même pour autant.

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