Un train peut en cacher un autre.

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 GV trainsLes rejets de gaz à effet de serre atteignent des records en dépit des nombreux engagements médiatisés. Le Giec vient d’en remettre une couche qui peut se résumer en :

«Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage :
Polissez-le sans cesse et le repolissez ; (Nicolas Boileau)

C’est sans doute pour cela que les dirigeants européens se sont engagés vendredi 24 octobre à réduire d’au moins 40% les émissions de G.E.S. de l’UE d’ici 2030.

Merveilleux, mais deux questions se posent :

Est-ce à nouveau un vœu pieux ?

Est-il judicieux de ne cibler que cela ? Encore un raisonnement linéaire réductionniste !!!

> L’unique objectif est de réduire les gaz à effet de serre; lesquels en fait? On parle surtout du CO2 !

> Les moyens prévus sont :

  • Faire des économies d’énergie grâce à l’isolation, la performance technologique.
  • Développer le nucléaire puisqu’il émet moins de CO2.
  • Développer les énergies renouvelables.

>Rien ne semble envisagé pour diminuer la consommation énergétique globale : circulation, industrialisation, agriculture,….; c’est même le contraire.

Economisons l’énergie pour pouvoir en  dépenser plus, afin de favoriser la croissance !!
Original n’est-il pas !

Or, les G.E.S sont issus de cette croissance quantitative. Rappelons, à cette occasion, les principaux gaz à effet de serre et la durée de séjour c’est-à-dire le temps nécessaire pour que la concentration diminue de moitié(en années): la vapeur d’eau (H2O, quelques jours), le dioxyde de carbone (CO2, 100 ans), le méthane (CH4,12 ans)), le protoxyde d’azote (N2O,120 ans), l’ozone (O3), les gaz industriels : hydrocarbures halogénés comme le fréon, les CFC (12 à 100 ans), le CF4(50000 ans) et l’hexafluorure de soufre (SF6, 3200 ans)…

 Est-il vraiment cohérent de vouloir seulement réduire les G.E.S. sans rien changer au système économique ?

Prenons un exemple.

Le Barrage de Tehri a été construit en 1978, c’est le deuxième plus grand barrage d’Inde et le huitième au monde. Son but était l’irrigation, l’alimentation en eau et la production d’électricité (2400Mw). On a fait son éloge pour sa contribution à la réduction des gaz à effet de serre et il a été un des grands barrages dotés «de crédits carbone». Il avait atteint des objectifs mesurables !

Contrairement, c’est vrai, à beaucoup de comportements officiels dans des cas semblables, en France même, les centaines de milliers d’habitants déplacés ont bénéficié d’un relogement dans des conditions de confort meilleures, plus d’espace, de l’eau courante et l’électricité.

Voilà qui est positif ! …..A première vue seulement !

En effet, on a inondé des hectares de cultures traditionnelles et des écosystèmes intacts (forêts). Les habitants, dans un contexte complètement différent, ont perdu leurs repères traditionnels, leur savoir faire, leurs liens sociaux…; chaque endroit inondé, à caractère environnemental unique, a été détruit. En bref, tout ce qui ne peut pas être mesuré, hommes et nature, a été éliminé.

 Dans une société «individualiste» on sacrifie «les individus» ! Bizarre !

 Ce barrage, comme tous les barrages dans le monde, toutes les énergies renouvelables en général, sont des pratiques vertueuses pour limiter la production des gaz à effet de serre mais à condition qu’elles remplacent les énergies fossiles et le nucléaire trop dangereux.

En fait, ce n’est pas le cas, il est illusoire de penser que le barrage a contribué à cette baisse car :

  • Les pratiques agricoles traditionnelles, les forêts, séquestraient du carbone, ce qui n’est plus le cas avec les pratiques d’agriculture industrielle irriguées et «engraissées».
  • Les villageois urbanisés ont adopté des styles de vie à l’occidental, très consommateurs de carbone.
  • L’électricité produite a développé une industrie productrice de G.E.S.
  • L’évaporation intense au niveau des hectares d’eau ainsi étalée augmente la vapeur d’eau ambiante donc l’effet de serre.

.Un barrage hydroélectrique, finalement, ne permet pas une diminution de la production de ces gaz, il en ajoute par ailleurs.
Des crédits carbone mal attribués !

 Le raisonnement linéaire offre des réponses simples à des problèmes complexes.

En cas de guerre, l’ennemi est identifiable et la solution est simple : le vaincre par tous les moyens.

En ce qui concerne l’argent, conçu comme fin en soi,  on subordonne une multitude de valeurs à une seule.

Les deux institutions exigent de sacrifier l’immédiat à un but supérieur :

>Les  soldats et les civils pour la première.

>La santé, la famille, les générations futures, le climat, la culture… pour la seconde.

 Il en est de même pour les gaz à effet de serre désignés comme la cause unique.

Les émissions de CO2 deviennent une valeur, un chiffre à diminuer, un paramètre qui déterminera la politique à mener, notre gestion ne pouvant se passer de chiffres !

Cette façon de procéder crée deux problèmes :

>Le non mesurable, qualitatif, est dévalué.

>Cela nourrit l’illusion de prévisibilité et de maîtrise qui fait oublier la probabilité d’effets pervers non voulus.

 Comme la lutte contre la délinquance, la drogue, le terrorisme, les microbes, les crottes sur le trottoir et les mauvaises herbes, une fois de plus, la cause du réchauffement climatique n’est pas linéaire.

Tous ces fléaux sont les symptômes d’une dysharmonie systémique plus profonde.

Un sol pauvre accueille des adventices, un corps malade offre un terrain propice aux microbes, la pauvreté engendre la délinquance, l’impérialisme, la résistance armée; l’aliénation, le manque d’espoir de sens ; la désintégration de la communauté engendre l’addiction, la violence, la révolte…

La lutte actuelle contre le changement climatique n’échappe pas à cette analyse.

La Terre est un système vivant dont l’équilibre homéostatique dépend d’interactions exigeantes entre chaque vivant et non-vivant.

Le plus grand danger ne réside pas dans les gaz à effet de serre mais dans la perte des qualités de l’air, de l’eau, du sol, des forêts naturelles, des zones humides et des écosystèmes maritimes, sous la pression d’une démographie, urbanisation, industrialisation à tous crins.

Parce que les causes du changement climatique sont multifactorielles, il est impossible d’y répondre par cette stratégie linéaire d’une réduction programmée sans remettre en question le terrain en amont ; les symptômes reviendront de façon plus virulente encore.

Lorsque nous prenons des décisions chiffrées ce qui n’est pas mesurable nous reviendra dans la figure.

Invoquer l’apocalypse climatique dévalue les activités qui ont, soi-disant, peu de rapport direct avec le changement climatique, elles sont alors sacrifiables : logement et alimentation des démunis, immigration, instruction, chômage, santé, culture … Cette mentalité est erronée ; toutes ces questions «annexes» sont aussi au cœur du changement climatique ; c’est cette vie dans notre bulle culturelle détachée de la terre, de la nature, de la vérité… L’interdépendance de l’individu, du monde, de l’humanité et de la nature explique que l’instabilité climatique s’accompagne d’instabilité sociale et politique.

Alors, réduire d’au moins 40% les émissions de gaz à effet de serre de l’UE d’ici 2030, sans rien changer, compte tenu des exigences de développement de la croissance quantitative dans la production, la consommation, le commerce mondial, et de la spéculation financière, est impossible.

Abandonnons donc la guerre contre le changement climatique ; réévaluons et ciblons  la mentalité guerrière sur ces choses qu’elle exclut systématiquement. Paradoxalement, la fièvre tombera et les niveaux de G.E.S. diminueront.

 

– Par Georges Vallet

crédit photos: e.bournez.free.fr

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