Rosetta et Philae: un faux pas pour l'individualisme, un grand pas pour le collectif.

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IC1Pour une fois, l’optimisme a parcouru notre société; on ne tarit pas d’éloges pour la réussite scientifique, technologique et humaine que l’Europe vient d’accomplir, même si, du fait d’un «accométage(?)» à l’aveugle, les conditions de «survie» de Philae sont précaires. Le monde économique, financier, politique, social, y voit des possibilités de développement, dans tous les domaines, pour l’avenir.

Même Y.Calvi en a oublié, pour un soir, d’inviter des journalistes de «valeurs actuelles» !

Laissons de côté, car consultables par ailleurs, les prouesses scientifiques et techniques et les objectifs de cette mission, pour nous pencher sur les leçons et réflexions qui en découlent.
> La collaboration scientifique à l’échelle européenne fonctionnent très bien, le CERN existait avant l’émergence de l’Union.

Les scientifiques ont une grande longueur d’avance sur les politiques.

L’agence spatiale européenne est également un bel exemple, on le voit avec Rosetta, mais aussi avec le satellite Planck dédié à l’étude de l’univers primordial.

L’actualité scientifique dépasse par essence les nationalités. Les collaborations se font au gré des intérêts scientifiques et des convergences intellectuelles sans aucune dimension patriotique ou nationaliste.

Les collaborations scientifiques en général, c’est-à-dire incluant d’autres nationalités qu’européennes, donnent des résultats très positifs ailleurs qu’en politique et économie. Comme quoi il est possible de voir des gens travailler beaucoup et réussir, en l’absence de bénéfices financiers à la clé!

Ce qui motive les scientifiques, ce n’est pas la fierté nationale mais la motivation de la découverte, pour l’humanité.

> La réussite scientifique et technique, comme la réussite évolutive, fait l’éloge de l’échec, de la lenteur et du collectif.

C’est l’antagonisme pur et dur de notre gestion sociétale libérale polarisée par la réussite, l’immédiateté, l’individualisme; d’où la coexistence incompatible, dans les domaines de superposition!

N’oublions pas que les scientifiques sont avant tout des découvreurs.

Entre les créateurs et les découvreurs la démarche est totalement différente. La longue marche en avant pour l’adaptation biologique et la connaissance culturelle a été constellée de multiples échecs qui ont permis, par affinage, pendant des siècles et partout sur la planète, d’aboutir aux résultats qu’on connaît , toujours remis en question d’ailleurs dans un monde qui bouge.`
La découverte est l’aboutissement d’échecs. Un échec est donc loin d’être négatif!
Ceci remet en question tous ces propos irréfléchis qui ont fustigé, pendant un temps, les chercheurs, «feignants et parasites». Il fallait garder seulement ceux qui trouvaient!!!
Les «finisseurs» en tirent toute la gloire en laissant leur nom dans l’histoire, comme le général est associé à la victoire d’une bataille!!

Les morts ne sont-ils pas des échecs!

> En science, on remplace: la lenteur par le temps de la réflexion et de la précaution, la suspicion par le doute, la croyance par la rigueur et l’incertitude. La gestion du complexe comme dans le cas de cet exploit est le résultat:
De millions d’heures de travail dans le temps et l’espace.

De l’accumulation de connaissances grâce à des millions de données acquises par la recherche fondamentale et appliquée, de tests, d’une collaboration intra et extra-disciplinaire. Plus les données acquises sont nombreuses (un échec est une donnée), plus les interrelations et interactions dans une communauté où chacun dépend de l’autre, sont nombreuses, plus l’émergence décisive a des chances d’apparaître. Pensons aussi au G.I.E.C.

Et d’une part d’incertitude comme la qualité de la chute et l’ancrage de Philae.

Que de passion désintéressée et d’humilité! Une sacrée leçon pour beaucoup !

>Les aboyeurs ne sont pas loin :

Combien cela coûte ?

La mission a été financée par huit pays européens; les principaux contributeurs ont été la France ( participation à hauteur de 20%) et l’Allemagne. Au total, sur 20 ans, la mission Rosetta a coûté 1,3 milliard d’euros.

Beaucoup d’argent sans doute, mais qui rapportera à l’économie et à l’humanité bien plus que celui investit dans les transactions et spéculations financières, les placements privilégiés dans les paradis fiscaux, les fabrications d’armes pour tuer….

Ce chiffre équivaut à peine à la moitié du prix d’un sous-marin moderne, ou à trois Airbus A380, et couvre une période de presque 20 ans, du début du projet en 1996 jusqu’à la fin de la mission en 2015.

A quoi ça sert ?
Une connaissance nouvelle sert toujours à quelque chose, pas forcément dans l’immédiat; comme la diversité, c’est une réserve pour l’avenir, les exemples sont infinis quand on revit notre histoire.

> Emploi :

Plus de 50 sociétés dans 14 pays européens et aux États-Unis sont intervenues.

2000 salariés ont participé au développement de Rosetta, que ce soit dans l’industrie, au sein de l’Agence spatiale européenne et d’institutions scientifiques.

> Progrès technologiques :

Pour la réalisation du matériel adapté à cette mission, des entreprises ont été sollicitées, des recherches, des tests, ont été nécessaires pour mettre au point, dans les domaines les plus variés, des compétences nouvelles, tant au niveau des hommes que de la technologie.
Il reste à espérer que la part importante prise par la France dans cette réussite soit un stimulant important :

– Pour engager les jeunes dans des études scientifiques plutôt que dans le commerce ou la finance.

– Pour nos politiques, afin qu’ils catalysent cette orientation.

Elle en a tellement besoin !!!!

– par Georges Vallet

crédits photos: integralvision.fr

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5 commentaires

  • Ce qui motive les scientifiques, ce n’est pas la fierté nationale mais la motivation de la découverte, pour l’humanité.

    Soyons honnête : la motivation première des scientifiques, c’est le plaisir individuel qu’ils prennent dans ce qu’ils font. En cela, ils ne différent pas du reste de la population.
    Le bien de l’humanité (réel ou supposé), tout ça, peut être une conséquence de leurs travaux, voire pourquoi pas être une motivation supplémentaire, mais sans le plaisir individuel -j’oserais même dire égoïste- comme moteur, ils n’iraient pas loin.

    • Pas d’accord avec vous, la recherche individuelle n’existe plus, elle passe forcément par un travail en commun, une collaboration: une joie commune quand il y a réussite, un déception commune quand c’est l’échec. L’explosion de joie, les embrassades dans la salle quand le robot s’est posé sur la comète, ce n’était pas un plaisir égoïste, c’était une joie partagée. Les égoïstes n’ont pas leur place dans un travail d’équipe, quel qu’il soit.

      • Vous confondez objectifs et moyens je crois. La réalisation d’un objectif individuel peut fort bien passer par un travail d’équipe. Quelqu’un dont le trip était de poser un jour une sonde sur une comète savait très bien qu’il ne pouvait pas le faire seul.
        On peut faire l’analogie avec un avant-centre au football : son trip c’est de marquer des buts, mais il sait bien qu’il a besoin de l’équipe pour ça.

        • L’idée de poser un robot sur une comète n’est pas un « trip »personnel à mes yeux, c’est-dire, comme dit la définition, un voyage si on parle anglais ou un délire si on parle français! Ce n’est pas une idée saugrenue brusquement sortie du cerveau de quelqu’un en se rasant; c’est une émergence collective résultant de la synthèse des connaissances acquises collectivement par le monde scientifique, une sorte de fruit que l’on peut cueillir car l’ensemble de l’arbre et de l’environnement(les moyens), l’ont amené à ce stade.

          • Où ai-je dit que c’était une idée saugrenue sortie de nulle part ? Ne prenez pas forcément le mot « trip » au premier degré, mais dans le sens imagé d’une « passion extrême ».
            Cela dit, le côté défi que représente un tel programme spatial, l’exploit qui est éventuellement au bout, se dire « j’en étais » si ça réussit, ça doit être un puissant déclencheur d’adrénaline, comme chez un sportif dans une compétition. Et on sait bien que l’adrénaline a les effets d’une drogue ! Donc finalement « trip » dans le sens « défonce » n’est peut-être pas si mal adapté 🙂 !

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