La main heureuse

jpp1Le candidat à la mairie l’avait promis ; le maire l’a fait. Ne boudons pas notre plaisir, car ce n’est pas toujours le cas que des promesses électorales soient tenues. Comme dit le proverbe béarnais « Il faut être bien pauvre pour ne pas promettre ».

En l’occurrence, il n’était pas improbable que cette promesse fût tenue, car il est évident qu’un homme politique de stature nationale a des réseaux, des amitiés qui lui permettent de solliciter la présence de beaucoup de personnalités.

Les Palois ont bien compris qu’il s’agit-là d’un grand événement dans le domaine de la culture à Pau, et ils ont répondu en masse à cette invitation. Si je vous donnais mon estimation elle risquerait d’avoir le même rapport avec la réalité que l’estimation policière pour une manifestation par rapport à l’estimation syndicale… Pour ce qui est des livres, une libraire m’a dit que plusieurs dizaines de milliers de livres avaient été exposés et pour certains vendus. De plus, fait remarquable, les libraires de Pau avaient non seulement leur stand particulier, mais aussi, au centre de la grande salle, un pôle commun qui permettait aux visiteurs d’acheter des livres et de les faire dédicacer (s’ils avaient la patience d’attendre, car les files étaient longues).

Comme quelques éditions antérieures du salon du livre ces journées ont eu aussi le mérite de permettre à nos concitoyens de retrouver l’ensemble du Palais Beaumont, qui est un bel héritage laissé par André Labarrère. Il est encore plus beau quand les horizons palois se parent de toutes leurs beautés automnales.

Il est cependant indéniable que l’ampleur de ce festival du livre et de la pensée dépasse de très loin ce qui s’était fait jusqu’ici. Aussi, il est impossible de citer tous les invités marquants de cette première édition de la manifestation « Les idées mènent le monde ». D’autant qu’une personnalité marquante pour l’ un ne l’est pas nécessairement pour un autre. Ainsi, si l’arrivée spectaculaire de Frédéric Beigbeder a pu satisfaire les amateurs de ce qui est dans le vent, la participation d’auteurs plus discrets a pu réjouir d’autres spectateurs. Réjouir ou étonner. Pour ma part, je ne m’attendais pas à trouver chez Jean-Christophe Rufin tant d’humour et de verve. Ni tant de subtilité et de profondeur chez de nombreux intervenants comme Marc Dugain, Frédéric Lenoir, Pascal Perrineau, pour me limiter à trois noms. Comme de nombreux visiteurs je suis sorti de ce festin gavé de réflexion et de nourriture spirituelle. Cette joie de se trouver plus riche, plus humain, en sortant devait être partagée par bien des visiteurs. Cela se voyait sur les visages et s’entendait dans les conversations.

On peut aussi ajouter que le côté vivant de cette manifestation tient aussi aux stands des libraires et éditeurs qui ont fait des invitations complémentaires et des sélections remarquables et aussi à l’activité des cafés littéraires, proches des associations et des amateurs de plumes. Mais pourquoi diable avoir installé ces cafés littéraires en face de la billetterie et dans le brouhaha des entrées ? Et puisque j’en suis au chapitre des critiques (que j’espère constructives), j’ajoute que pour une prochaine édition il serait bon de clarifier à l’avance la question des inscriptions pour assister à tel ou tel débat ou causerie. Comme il était impossible d’accueillir tous ceux qui l’auraient souhaité dans le grand auditorium, pourquoi ne pas mieux mobiliser les autres salles du rez-de-jardin pour les retransmissions? Les quelques places de la salle Henri Faisans étaient bien insuffisantes, et le bruit ambiant peu propice à une écoute attentive.

Pour en revenir aux louanges, reconnaissons que le thème retenu était bien choisi. Je ne parle pas du titre générique, sur lequel je reviendrai, mais du thème de cette année. Le bonheur est un thème inépuisable, sur lequel il est possible de disserter ou de réfléchir à longueur de temps. Pour Paule Constant, c’est une notion récente, apparue au 18eme siècle. A l’appui de sa thèse, elle cite l’essai de Mme du Châtelet, la compagne de Voltaire et le fait que dans les siècles précédents on portait son attention à sa gloire et à son salut éternel plutôt qu’à son bonheur personnel. Cependant, dès le 16eme siècle Montaigne avait emprunté à Épicure le terme d’ataraxie qui signifie absence de trouble, paix intérieure (bref être cool ou zen si vous préférez ces termes). Ce terme était cher aussi à Spinoza (*). Distinguer le bonheur du plaisir, c’est ce à quoi bien des intervenants se sont attachés.

Que dans ce pays de râleurs tant de gens se soient nourris de cette réflexion sur le bonheur, de cette aspiration à laisser le malheur et la noire souffrance derrière eux est réjouissant. On ne peut que souhaiter qu’il soit pour eux et pour vous durable.

– par Jean-Paul Penot

(*) Voir par exemple « Le problème Spinoza » d’Irving Yalom

Notez cet article

Cliquez sur une étoile

Note moyenne / 5. Nombre de note :

Nous sommes désolé que cet article ne vous ait pas intéressé ...

Votre avis compte !

9 commentaires

  • A l’évidence un événement réussi. Nous ne manquerons pas de nous y rendre l’année prochaine.
    Une suggestion néanmoins auprès de l’archange de Bordères dont nous ne doutons pas que son premier réflexe, le matin, est de se précipiter sue Altpy avant même d’avaler son café.Placer l’événement au moins trois semaine plus tôt pour montrer Pau et le Béarn sous son jour le plus sublime en automne par 30 degrés et les arbres dans leurs meilleures livrées et la montagne néanmoins saupoudrée de neige..
    Pour les parisiens qui forment le gros du contingent des célébrités venues s’encanailler en province certainement une révélation. Ils verront ainsi que le sud-ouest aquitain ce n’est pas seulement Bordeaux et Biarritz mais aussi un verre de Jurançon devant la plus vue sur terre .Et qui sait les plus fous et les plus téméraires pousseront peut-être aussi jusqu’à Oloron …..
    Et comme dirait Drucker « Archange de Bordères si tu nous écoutes »…. et aux communicants et autres happy fews de la mairie de Pau ..à vos calendriers..

  • S’agissait-il de faire un constat ou de donner un élan ?

  • Vous faites erreur Mr le maire . » Les idées mènent le Monde  » c’est peut-être un beau sujet de dissertation ,mais par les temps qui courent , je doute que ce soit vrai ,car , et nous le savons tous ,ce qui mène le Monde ce ne sont pas les idées , mais bien le dieu Argent , le fric , la finance et ceux qui le détiennent . Pas autre chose et de là a ce que ça change …faudra repasser ou alors ???
    Bref ,c’est de l’utopie, de même que l’autre volet du festival Mondial de Pau : Le Bonheur
    Le bonheur est une utopie ,car la Terre est une vallée de larmes . Je ne sais plus de qui est cette citation mais elle me paraît plus que jamais d’actualité

    • «Le bonheur est une utopie»
      Non, ce n’est pas une utopie, c’est un sentiment personnel, un but, un objectif que chacun s’efforce d’approcher et que certains atteignent.
      «ce qui mène le Monde ce ne sont pas les idées , mais bien le dieu Argent , le fric , la finance et ceux qui le détiennent .»
      Dans la situation actuelle, c’est vrai qu’il est difficile de vous contredire mais la vie d’une société n’est pas figée; elle en constante évolution. Il faut considérer le court terme, le moyen ou long terme.
      Tout au long de notre histoire, ce sont toujours des idées minoritaires nouvelles qui ont changé le monde et non les idées conservatrices qui s’effritent systématiquement du fait de leur inadaptation à l’évolution générale: biologique, environnementale, culturelle, scientifique, technologique…
      L’antiquité, en Asie, en Mésopotamie, en Egypte, en Grèce, à Rome a été une pépinière d’idées nouvelles qui ont fait leur chemin, avec l’aide de l’argent, mais pas toujours, on pourrait dire même parfois, malgré l’argent.
      Les grandes bifurcations sociétales, aussi bien dans arts, la sociologie, la philosophie, la science, la religion, la technologie,la politique, l’écologie… ont été le fruit d’une évolution des idées et non de celle de l’argent; la naissance des religions polythéistes et monothéistes, la période des lumières, le socialisme, le capitalisme, le libéralisme en sont des exemples les plus spectaculaires. L’argent, toujours sous-jacent, c’est vrai, s’adaptait, activant ou freinant, suivant le rapport des forces, la dynamique pressante des idées.
      Qui dit argent dit quantité, chiffres, nous y sommes en ce moment en pleine immersion, mais on voit bien que tout se disloque.
      On ne fait pas une révolution avec des chiffres mais avec des idées!
      Des idées alternatives foisonnent, nous vivons intensément en ce moment, la création d’un «bassin d’idées», la source de l’émergence d’une métamorphose.

      • Reprenez ma citation en entier : Le bonheur est une utopie car la terre est une vallée de larmes . Et des larmes il y en a par les temps qui courent . Alors comment trouver le bonheur dans tout ça ,non pas comme vous le proposez ,un sentiment personnel , un but
        Le bonheur est un sentiment collectif . Nous ne pouvons pas être heureux quand il y a tant d’injustice dans le monde, nous ne pouvons pas être heureux quand certains vivent dans l’opulence ,dans l’insolence du luxe , la gabegie et que d’autres ont moins d’un euro par jour pour vivre . Non moi je ne peux pas

        • « Nous ne pouvons pas être heureux quand il y a tant d’injustice dans le monde….»
          Je partage tout à fait cette position mais cela n’exclu pas le fait qu’à l’origine le sentiment de bonheur est perçu par l’individu, dans ce cas par vous-même.
          On pourrait très bien s’accorder sur ce point je pense, mais il est toujours intéressant d’approfondir le sujet. Excusez-moi si ce n’était pas votre intention!
          Vous soulevez là un problème philosophique qui est débattu depuis les grecs de l’Antiquité. Je ne pense pas que nous puissions le résoudre!
          Le bonheur est-il individuel ou collectif?
          Il faudrait déjà être d’accord sur la définition du bonheur.
          Certains proposent: un état de satisfaction parfaite, de contentement du corps, du coeur et de l’esprit. Ce n’est donc pas une émotion mais un sentiment.
          On peut se poser alors la question de savoir s’il est un état complet et durable de satisfaction.
          On ne peut pas nier que le contentement du corps et de l’esprit est un ressenti personnel; il est forcément très fugace puisqu’il dépend de tous les facteurs qui interfèrent et le perturbent, facteurs en constante transformation.
          Si on considère qu’il est durable c’est qu’il ne dépend pas de l’environnement donc du collectif et qu’il est strictement personnel.
          Si au contraire on conçoit qu’il ne peut pas l’être c’est qu’il est influencé par le collectif mais cela ne veut pas dire qu’il est collectif!
          Dans un collectif, les individus sont tous différents, dans leur inné et leur acquis culturel; cela entraine forcément des différences dans les aspirations et la qualité de leur bonheur; dans ce cas on peut parler encore de bonheur essentiellement individuel.
          Le bonheur des uns n’est pas forcément le même que le bonheur des autres!
          Toutefois, l’homme, à la différence des espèces solitaires, est une espèce sociale qui ne peut vivre que dans un collectif. Trouver le bonheur en dehors d’une communauté devient inconcevable; ce qui laisse supposer que le bonheur ne peut être que collectif!
          En fait, je crois que nous ne nous opposons pas vraiment, d’ailleurs vous définissez vous-même votre conception «personnelle» du bonheur. Vous ne concevez pas le bonheur si les autres ne le possèdent pas, conception que je partage sentimentalement mais qui n’est pas forcément partagée par tous, dans le temps et l’espace.
          La quête d’un bonheur collectif devient alors une mission impossible car tout le monde, dans notre société, ne sera jamais heureux en même temps sauf si on utilise, comme dans notre société, les sondages et les %! Si plus de 50% des sondés répondent qu’ils sont heureux alors, le collectif sera heureux! Ce qui est absurde et me fait toujours critiquer la tendance nocive des sondages.
          Désolé d’avoir été si long mais le sujet est passionnant.

  • Un compte-rendu qui s’imposait sur notre site. Merci à l’auteur.
    Les initiateurs, les réalisateurs, les animateurs, les participants, les invités pour leurs qualités, méritaient cet éloge.
    La réussite de cette manifestation culturelle est le signe que les palois, au sens large, répondent en masse quand il est question de réflexion intellectuelle débouchant, comme c’était le cas, sur l’approche d’une pensée humaniste. C’est la preuve qu’en dehors de l’économie, d’autres idées peuvent mener le monde.
    C’est la preuve aussi que les palois ne sont pas seulement motivés par les hypermarchés, le salon de l’auto ou le basket, c’est vraiment réjouissant; ils sont aussi porteurs de réflexions et en recherche de modèles pour trouver, dans ce monde écartelé, l’équilibre et la paix intérieure.
    Un pôle culturel d’excellence à Pau? Voilà une bonne idée à creuser et à développer; il ne faut pas en rester à une manifestation annuelle mais promouvoir des cycles de conférences dans tous les domaines: littéraire, artistique, scientifique, technologique, économique…. Une université populaire? Pourquoi pas! L’université du temps libre de Pau apporte déjà une participation avec beaucoup d’audience.
    «Montaigne avait emprunté à Épicure le terme d’ataraxie qui signifie absence de trouble, paix intérieure (bref être cool ou zen si vous préférez ces termes). Ce terme était cher aussi à Spinoza (*). Distinguer le bonheur du plaisir, c’est ce à quoi bien des intervenants se sont attachés.»
    A ce propos, je me permets d’introduire la réflexion d’un biologiste en évoquant le livre de Antonio R.Damasio directeur du département de neurologie de l’Université d’Iowa. Il a écrit un livre remarquable capable de «nourrir» le contenu d’échanges dans ce domaine. «Spinoza avait raison: joie et tristesse: le cerveau des émotions»Odile Jacob 2003.
    Pour Jean-Pierre Changeux:«c’est une méditation sur la recherche du bonheur et d’une vie meilleure, une tentative unique pour examiner en termes philosophiques les connaissances neuro-biologiques les plus à la pointe.»
    Il développe les mécanismes de l’élaboration hiérarchisée des réflexes, des émotions, des sentiments qui conduit à la recherche constante d’un équilibre appelé homéostasie par le biologiste, sérénité, épanouissement, bien être, bonheur… par d’autres.
    Il est l’auteur de «L’erreur de Descartes» et l’apologiste du monisme c’est-à-dire l’unificateur du corps et de l’esprit, comme Spinoza.
    Est-ce un plaisir ou un bonheur d’avoir suivi cette manifestation? Une réponse est peut-être dans la lecture de ce livre!

  • Très belle initiative en effet!
    Reste à travailler la communication nationale de l’événement.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *