Il faut travailler plus…


surdoue…non, pas pour gagner plus.

Depuis un certain nombre d’années, j’assiste avec plus ou moins de régularité aux conseils de classes de mes enfants, en tant que représentant des parents d’élèves. Avec une impression de plus en plus présente au fil du temps : l’Education Nationale n’a aucune solution à apporter aux élèves en difficulté.

J’ai la chance d’officier en général dans des conseils de classes que l’on qualifie habituellement de « bonnes », qui plus est dans un collège qui n’est pas réputé pour être « à problèmes ». Dans ces conditions, peu de cas épineux sont exposés, et les séances sont souvent expédiées en une heure. On s’extasie sur le bon niveau de la tête de classe, voire le très bon niveau de certains élèves, et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Enfin, presque.

Car même dans les « bonnes classes » se trouvent toujours des élèves en difficulté. Parfois dans une seule matière, parfois dans plusieurs matières, ou parfois dans toutes les matières. L’appréciation du conseil de classe est alors quasi systématique : « Il faut plus de travail ». Et on passe à l’élève suivant.

Dans certains cas, peut-être même dans la majorité des cas, la solution la plus évidente est sûrement la bonne : le manque de résultats provient uniquement d’un manque de travail, et il faut s’y mettre à un moment donné. Mais le remède prescrit parait à la longue un peu trop systématique : parmi ces élèves en difficulté, il n’y en aurait donc aucun qui le serait réellement ? Qui ferait un blocage sur une matière en particulier ? Qui aurait accumulé trop de lacunes à un moment, quelles qu’en soient les raisons, qui l’empêcheraient de raccrocher les wagons ? Qui en en réalité travaillerait, mais pas efficacement car sans méthode ?

A ceux-là, répéter inlassablement « Il faut plus de travail » est inefficace : ils ne sont pas contre, mais ils ne peuvent pas s’en sortir seuls et auraient besoin d’un accompagnement pédagogique pour passer un cap. De fait, on retrouve la majorité d’entre eux de conseils en conseils avec les mêmes difficultés (quand elles ne s’aggravent pas) et avec la même appréciation « Il faut plus de travail ». La réalité est que l’Education Nationale n’a aucune solution à leur proposer, ils ne rentrent tout simplement pas dans les plans. Il existe bien un dispositif appelé « Aide au Travail Personnel », mais dont la portée est très limitée.

Manque de moyens ? Certainement : à 28 élèves par classe il est difficile de faire des miracles pédagogiques individualisés. Déjà qu’obtenir des remplacements relève de l’exploit… Mais le manque de moyens n’explique pas tout. Nous sommes passés au « collège unique » depuis 40 ans, les réformes de toutes sortes se sont succédées dans l’éducation, mais en réalité les modes de pensée et d’action n’ont pas suivi : la classe est toujours faite pour un peloton d’élèves plus ou moins homogène. Auparavant, ceux qui décrochaient de ce peloton étaient orientés précocement vers d’autres filières d’enseignement. Aujourd’hui on les garde dans l’enseignement général en se contentant de leur dire de pédaler plus fort.

Même si il faut prendre avec des pincettes les comparaisons entre pays pour ne pas en tirer des conclusions parfois hâtives, il n’a échappé à personne ces dernières années que la France était plutôt mal classée dans les études internationales PISA (qui évaluent les niveaux des élèves dans les pays de l’OCDE), là où par exemple la Finlande obtenait de très bons résultats. Une des caractéristiques du système finlandais est la volonté de ne laisser personne sur le bord du chemin : les élèves identifiés en difficulté bénéficient systématiquement d’un soutien pédagogique pour ne pas décrocher. A méditer… Au-delà des moyens nécessaires pour mettre en oeuvre une telle politique, c’est tout un mode de pensée et de fonctionnement qui est différent de celui notre Education Nationale.

par PierU

Source image : http://www.citoyendedemain.net/global/echec-scolaire

Comments

  1. A mon époque, certains profs laissaient clairement entendre que les voix techniques dès le collège ou à partir du lycée, qui conduisaient à des métiers manuels, étaient pour les cancres, les nuls, pour ne pas dire plus…
    Il était bien plus noble pour tout le monde (pas que pour les littéraires), d’apprendre au lycée la philo et une deuxième langue, voire le latin en plus pour certains…
    On connait les résultats de cette idéologie « bien pensante »…
    Enfin, le déterminisme social est le principal facteur explicatif de l’évolution scolaire des élèves.

  2. Sous prétexte d’un égalitarisme, au demeurant tout bonnement discriminant, le niveau scolaire a non seulement baissé, mais tend à devenir nul pour les élèves en difficulté. D’ailleurs, le barème des notations est très explicite en ce sens, qui tend à faire croire à l’élève qu’il n’est pas nécessaire de progresser, puisqu’il n’y a pas de récompense au bout, quelle que soit la matière enseignée. Au fond, on s’en fout !
    Étant membre, un moment seulement, d’une commission d’examinateur, j’ai constaté, horrifié, que l’on distribuait des diplômes à n’importe qui. Car, si les meilleurs s’en sortent toujours, on laisse le soin, par je-m’en-foutisme, au moins bon de se fourvoyer dans une filaire qui n’est pas fait pour eux. Au fond, on s’en fout !
    Pas d’affolement, notre société est à notre image. Surtout que rien ne change, restons confits dans notre aveuglement perpétuel : les meilleurs s’en vont, les autres restent.

  3. larouture says:

    D’une expérience qui maintenant date, j’ai retenu que les enseignants au Lycée constataient (reprochaient à des élèves) des bases insuffisantes ou un manque de méthode. La faute à l’échelon précédent. C’était irréparable.

  4. Je ne suis pas du tout sûr que « la classe est toujours faite pour un peloton d’élèves plus ou moins homogène. »
    Bien au contraire le niveau a sensiblement baissé pour s’adapter à un plus grand nombre.
    Et ce qui passait pour un enseignement élitiste ne l’est plus du tout.
    Chaque gamin qui sait à peu près lire et écrire est assuré d’avoir le bacc. C’est un choix, de distribuer le bacc a 90% des élèves, pourquoi pas, c’est un choix de ne plus faire redoubler, de ne plus noter les élèves, d’obliger les profs a faire croire que sans travailler bien au delà des heures de cours on peut réussir

    Mais quand commence la vraie vie avec ses règles, elles bien connues et bien réelles?

    Oui il faut que les élèves travaillent plus, ce qu’ils ne font pas.
    Oui la responsabilité des parents est immense dans l’echec scolaire
    Et donc le niveau baisse en France.

    • Je ne suis pas du tout sûr que « la classe est toujours faite pour un peloton d’élèves plus ou moins homogène. »
      Bien au contraire le niveau a sensiblement baissé pour s’adapter à un plus grand nombre.

      Les deux affirmations ne sont aucunement incompatibles. Le niveau général peut très bien avoir baissé, y compris au sein des groupes de tête. Ceci dit, ce n’est pas ce que montrent les enquêtes PISA : les bons élèves français sont en réalité au niveau des bons élèves des autres pays en moyenne. Le problème se situe derrière : là où d’autres pays arrivent à amener la grande majorité des élèves à un bon niveau, le système français en laisse beaucoup plus sur le carreau : dans les évaluations PISA, la France est parmi les pays qui ont la plus grande dispersion de résultats, signe d’un système resté inégalitaire et oui, élitiste dans l’esprit.

      La baisse du niveau est en grande partie un mythe en réalité. D’ailleurs j’entendais déjà ce discours en tant qu’élève il y a 30 ans. Par contre il n’y a pas eu de hausse du niveau moyen, alors que c’était l’objectif au départ.

      Quant aux profs qui feraient croire qu’on peut réussir sans travailler, je n’en ai entendu aucun. Bien au contraire, même (et c’est d’ailleurs tout le sujet de ma réflexion 😉 ).

  5. Helene Lafon says:

    Excellente analyse du problème… Après la trêve des confiseurs, j’essaierai d’ouvrir quelques pistes de réflexion et d’ouvrir un débat.

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