La Gendarmerie se syndicalise

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imgresDeux arrêts de la Cour Européenne des Droits de l’Homme en date du 2 octobre 2014 ont eu raison du silence de la « grande muette ». En effet la France a été condamnée pour son interdiction absolue du syndicalisme dans la Gendarmerie et dans l’Armée. Un syndicat encore appelé association professionnelle est né ces jours-ci chez les gendarmes. Une structure qui, au fil du temps ne pourra qu’évoluer. Etat des lieux.

 Commençons par une anecdote. Il y a à peu près une quinzaine d’année, les commissariats de police d’Oloron-Sainte-Marie et de Mourenx devaient être transférés de la Police à la Gendarmerie. Les syndicats de police voyant que certains de leurs adhérents devaient quitter leur affectation et la ville où ils étaient installés avaient fait connaître leur désapprobation. Ils avaient utilisé, parmi d’autres, cet argument qui consistait à dire que jamais les gendarmes ne géreraient aussi bien que les policiers les missions de sécurité. Alors le Colonel, commandant le groupement départemental de Gendarmerie, avait fait comprendre à la hiérarchie policière  que ces propos étaient indignes et qu’ils devaient cesser. Il n’imaginait pas, fidèle à sa culture militaire, que les syndicats de police parlaient librement et que leurs propos n’étaient aucunement inspirés par leur hiérarchie. Sa culture faite de son expérience militaire, lui avait appris que lorsque des associations de retraités de la Gendarmerie ou d’épouses de gendarmes prenaient publiquement la parole pour se plaindre de certaines conditions d’emploi, leurs propos étaient le plus souvent dictés par une hiérarchie cantonnée, elle, dans un devoir de réserve.

 Maintenant l’évolution fait que la Gendarmerie va expérimenter ce que la Police connaît depuis longtemps, un syndicat qui n’est encore qu’une association professionnelle appelée Gen XXI. Est-ce parce que la Gendarmerie est placée pour emploi sous les ordres du ministère de l’intérieur qu’elle se lance dans cette aventure ou plutôt parce que l’Europe, encore elle, est venue fourrer son nez dans notre organisation militaire ? Rappelons que la Police, classée catégorie spéciale en raison du fait qu’elle est soumise au devoir de réserve et qu’elle ne dispose pas du droit de grève, est syndiquée à hauteur de 71%. Par comparaison, le taux de syndicalisation des autres administrations oscille entre 10 et 15% tandis que dans le privé ce taux se situe entre 5 et 8%. Le syndicat est donc une force et sa tendance naturelle est de chercher par tous les moyens à exercer une cogestion. Les revendications, les détachements permanents et les comités techniques paritaires  chargés de l’avancement et de la discipline des policiers seront très prochainement copiés par les syndicats/associations de gendarmerie. Que leur hiérarchie ne se fasse aucune illusion elle rencontrera les mêmes situations tout simplement parce qu’une association ou syndicat vit des cotisations de ses adhérents et que pour récolter des fonds il faut que ceux-ci soient nombreux. Cela s’appelle le clientélisme ; il passe davantage par la défense des intérêts particuliers que par le souci de l’intérêt général et de l’efficacité. C’est ainsi !

 La hiérarchie de la Gendarmerie qui, il faut le reconnaître, a toujours su se montrer très attentive aux conditions de travail de ses subordonnés* va maintenant être mise en concurrence avec ces associations qui affirmeront mieux défendre les militaires que ne le font les officiers ou sous-officiers. Récemment le Directeur Général de la Gendarmerie est monté au créneau pour soutenir les gendarmes concernés par l’affaire du barrage de Sivens. Au risque de déplaire aux politiques, il a su affirmer haut et fort qu’il n’y avait pas eu de faute de la part des militaires. Une autre culture qui va sans aucun doute changer l’image de l’arme avec la forte probabilité que cette structure dite actuellement association se transformera inévitablement, à terme, en une organisation syndicale très comparable aux autres. Et comme en France, à la différence des autres pays d’Europe, les syndicats sont plus dans la contestation  que dans la collaboration, il faudra craindre un affaiblissement de la hiérarchie. Les syndicats se multiplieront et entreront en concurrence les uns avec les autres.

 Et la Gendarmerie qui a su fortement progresser dans le domaine des enquêtes judiciaires depuis ces dernières années, devra alors apprendre à s’accommoder d’un mode de fonctionnement qui, encore actuellement, n’appartient ni à sa culture ni aux traditions de l’arme.

 

            Pau, le 7 janvier 2015

Par Joël BRAUD

 
*Lire à ce propos l’article « Le chef militaire, responsable syndical, une solution au problème du syndicalisme dans les armée. » par le Général (2S) Jacques BOYE, ancien Inspecteur général de  la Gendarmerie nationale. Revue Avenir et gendarmerie n° 86 de janvier 2015.

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