Pau, j'étais à la manif.

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imagesDe mémoire, la ville de Pau n’avait jamais connu un rassemblement de l’importance de celui de ce 10 janvier 2015. Il n’y avait pas que des Palois, mais partout des gens qui avaient pris conscience de la gravité de leur démarche. Images.

 Arrivé par un bus bondé, parce qu’utiliser sa voiture était se condamner à tourner pour trouver un stationnement,  je me suis dirigé vers la place Clemenceau. Il n’était pas tout à fait onze heures. Déjà la place était noire de monde et les rues adjacentes se remplissaient à un rythme régulier.  Des connaissances, des amis se retrouvaient,  l’ambiance était détendue, voire souriante.  Certains distribuaient des panneaux « Je suis Charlie » d’autres des autocollants sur la liberté de la presse, personne ne refusait ces offres. On voyait quelques rares bannières.

Ma voisine prenait conscience qu’un tel rassemblement est vulnérable ; autant ne pas y penser et refuser la peur.

Puis à un micro sur la partie élevée de la place, un homme prend la parole : « Nous attendons les autorités », dit-il. Quelle maladresse ! À ce mot « autorité », ont fusé des sifflets et des huées comme si chacun avait à cœur de rappeler qu’il était là de sa seule volonté et qu’il n’obéissait pas à  l’ordre de quiconque. Et puis, le mot autorité n’avait pas sa place, les élus, puisque c’étaient eux  qui étaient en retard, n’ont pas ce rôle.

 Des familles avec des poussettes promenaient leurs enfants. Il y avait même des trottinettes. Certains parents avaient juché leur progéniture sur leurs épaules. Celui-ci tenait un stylo, cet autre une pancarte. Chacun souriait et échangeait, il régnait comme une complicité. Nous étions évidemment là pour la même cause, même si elle pouvait s’exprimer de manières différentes. Aux carrefours de rares policiers municipaux assuraient avec bonhomie leur mission.

 Lentement, bien lentement le cortège s’est ébranlé pour s’engouffrer dans cet entonnoir que constitue la rue Serviez. Nous avions depuis au moins une heure l’impression de faire du sur-place, pauvres agoraphobes. Et là,  la progression est devenue moins lente. Sur leurs pas-de-porte les commerçants souriaient,  cette foule n’était pas venue pour profiter des soldes, dommage !

 Parmi les participants a surgi près de moi Georges Labazée  qui, comme la majorité d’entre nous le sait, est le président du Conseil général. « Bonjour Monsieur le Président ! » Il était satisfait d’être reconnu et de montrer qu’il savait se mêler aux anonymes et aux sans grades.

 Un peu plus loin, s’affichaient plusieurs membres de la franc-maçonnerie portant ostensiblement leur écharpe bleue turquoise, brodée des insignes symboliques. Ils avaient décidé d’oublier leur incompréhensible secret pour dire haut et fort leurs convictions.

 Par endroit on voyait ceux fatigués ou tenaillés par la faim, quitter discrètement le cortège. Ils progressaient à contre-courant avec le sourire. Ainsi, rejoignant la rue des Cordeliers puis la rue Joffre, nous nous sommes retrouvés sur le boulevard des Pyrénées, les rangs s’étaient grandement clairsemés. Du côté du parc Beaumont, Emmaüs avait mis en place un véhicule depuis lequel était distribuée une garbure parfumée. Quelques personnes faisaient la queue.

 Un formidable et inespéré élan à Pau, surtout si l’on considère le nombre des participants qui peut se chiffrer à 35000 ou 40000. Notre liberté *sera-telle sauvegardée ? Il y aura un après  cette démonstration de solidarité. Pourvu que le soufflé ne retombe jamais !

 

Pau, le 11 janvier 2015

Par Joël BRAUD

 *En cadeau ces citations sur la Liberté :
– La liberté de la presse ne s’use que quand on ne s’en sert pas. Le Canard enchaîné.
       – Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur. Beaumarchais 1732 – 1799
       –  Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit. Jean Baptiste Henri Lacordaire 1802- 1861
        – La liberté n’est possible que dans un pays où le droit l’emporte sur les passions. Lacordaire
Crédit photo, la République des Pyrénées.

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Un commentaire

  • La réaction du peuple français, que l’on disait amorphe, et qui vient de se produire ces jours derniers, est l’exemple même d’une émergence due à la somme des interactions entre une infinité de sentis et de ressentis dont le seuil de déstabilisation a été franchi par cette attaque inhumaine qui a été le facteur déclenchant.
    Cette réaction a été structurante, inattendue, une véritable révolution culturelle; il n’y a pas que les «blancs»qui sont montés en neige mais toutes les couleurs de l’humanité.
    Si les dirigeants, les politiques, les états européens, ne veulent pas en profiter en la renforçant par des actes concrets , alors, la déstructuration risque fort de suivre et le résultat serait également imprévisible.
    Si les politiques veulent redorer leur blason, s’ils souhaitent faire diminuer l’abstention, alors, ils savent ce qu’ils ont à faire; si l’union fait la force, elle mérite aussi la reconnaissance.

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