L’École Libératrice ?

imgresA l’école communale de mon enfance, nous étions une grosse quarantaine par classe. Quarante mouflets également affublés d’une blouse grise gansée de rouge ou noire et parfois, pour les meilleurs, ornée de la «médaille d’honneur» ! Était-ce ridicule ! Dans cette école là, dès le CE (cours élémentaire) une fois par mois environ, arrivés une demi-heure avant les autres, nous étions «de service» ! Il s’agissait en l’occurrence, armés de chiffons, de balais et d’une espèce d’arrosoir, de nettoyer les tableaux noirs et de balayer la classe. L’hiver, nous étions de plus chargés de préparer le poêle qui, dans la journée, chaufferait toute la classe. Bois, brindilles et, en guise d’allumeur, les pages soigneusement froissées d’une revue : l’École Libératrice. Drôle de nom pour un journal… !
Aujourd’hui, il y aurait sans doute beaucoup à redire sur la qualité de notre prestation. Nous arrosions autant nos chaussettes que le plancher. Échangions parfois quelques coups de balai. Et le chiffon gorgé de craie atterrissait inévitablement sur la tête de l’un d’entre nous. Mais nous étions quand même assez contents de notre travail et les remerciements de «notre maître» nous faisaient monter le rose au visage.
Maîtres d’école de mon enfance. De plus en plus lointains dans mes souvenirs. Toujours proches dans mon cœur. Maîtres d’école qui m’ont bien sûr, non seulement appris à lire, à écrire, à compter et mille autres choses encore. Qui m’ont également enseigné le sens, et donné le goût, des vertus personnelles et collectives de la droiture, du devoir moral et du dévouement. Mais, qui, dignes héritiers de ces fameux hussards noirs, m’ont aussi convaincu qu’elles s’incarnaient dans un mot : République ! Quant aux« valeurs républicaines», celles de la vaillance, du courage, de la bravoure.., pour eux, elles étaient, déjà, très généreusement, partagées par…tous les autres ! Et comme en témoignent les innombrables conflits qui ensanglantent notre époque, çà ne s’est guère arrangé depuis ! Et donc…
Interrogeons-nous ! Comment avons-nous pu accepter un tel glissement sémantique ? Avons-nous, aujourd’hui, plutôt besoin de «valeurs guerrières» d’affrontement ou de « vertus individuelles et collectives», de rassemblement ? Est-il, aujourd’hui, désormais totalement immoral de prononcer le mot de Nation ou le mot Patrie ? Et, infiniment plus gravement encore…
Comment, aujourd’hui, en sommes- nous arrivés à devoir imaginer un plan pour protéger un million et demi de nos enfants du harcèlement dont ils sont victimes dans leur école ?

 Maurice Meireles PONTACQ

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5 commentaires

  • « Est-il, aujourd’hui, désormais totalement immoral de prononcer le mot de Nation ou le mot Patrie ? » se demande M. Meireles. Eh bien, non !
    Ce matin, 16 février à 7 h 50, alors que M. Valls était interviewé sur R.T.L. par Philippe Cordé, je l’ai entendu dire expressément « amour de la nation et de la patrie ».
    Mais M. Valls avait 13 ans à la mort du général Franco en 1975 et son grand-père, banquier, n’était pas un adversaire du franquisme; il a donc dû entendre plus d’une fois l’hymne national de l’époque, « Por Dios, por la patria y el Rey », et devenu Français, ne s’est pas senti dépaysé avec notre « Amour sacré de la Patrie » de la Marseillaise.
    Et Victor Hugo, icône de la République et de la gauche (d’antan ?) a composé en 1831 son hymne fameux « Ceux qui pieusement sont morts pour la patrie / Ont droit qu’à leur cercueil la foule vienne et prie. »

  • J’ai du mal à dégager un fil conducteur dans cet article. La vie quotidienne à l’école « avant », les valeurs républicaines, la partie, la nation, le harcèlement à l’école aujourd’hui… Pour en venir où ?

  • L’Ecole Libératrice ? Libératrice en quoi ? Dans ces années là l’Ecole formait des Généralistes; On était formé en tout : du balai au calcul on savait tout faire ! On était indépendant et libérable ! On était formé à tout. On pouvait considérer être libérés de l’autorité. Même si la révolte était loin d’être permanente. Nous sommes passés aujourd’hui à l’ère du spécialiste. On n’est plus indépendant. On est soumis de façon permanent au spécialiste du niveau d’au dessus. Et cette création du spécialiste, entraîne notre enfermement dans les spécialités. On dépend du voisin. On a perdu notre indépendance et notre performance. Regardez la caissière. Elle ne peut pas travailler de façon indépendante. Elle n’aurait rien à encaisser ! Comme beaucoup d’autres elle est soumis à la performance des autres spécialistes qui l’enferment dans l’Univers de leurs spécialités. Notre monde a retrouvé la vision des Temps Moderne. Tout le monde est spécialiste, enfermé dans sa spécialité, tout le monde est performant et au total on n’arrive plus à acheter ce qu’on produit à prix d’or. On est condamné à « bouffer l’or ». Il n’y a plus personne pour le rendre comestible.
    L’Ecole Libératrice, je crois que cela rappelle l’indépendance que donnait l’Ecole qui formait plus des esprits à être indépendant , plus qu’à savoir faire quelque chose. L’esprit formé apprenait plus vite que l’esprit « mono-steak »

  • J’aurais beaucoup à dire sur cette « école républicaine » que j’ai pratiqué de la primaire à la troisième dans ce petit pays qu’est Pontacq. L’ actuelle mairie était alors l’établissement scolaire laïc (le collège saint Joseph étant celui des « curés »).(plus tard, nous évoluâmes vers des préfabriqués style Pailleron). Il y avait en effet corvée de bois, d’allumage des poêles, de nettoyage des salles de classe, de remplissage des encriers. Nous suivions à la radio certains cours de musique (des émissions musicales, je me souviens vaguement de saint Saens, d’histoires radiophoniques). Le jeudi, en hiver, nous allions au ski avec pour moniteurs nos professeurs, qui ne nous lâchaient pas d’une spatule, mettaient des raclées à huit heures du matin quand ils avaient surpris, la veille, l’un de nous qui n’était pas rentré chez lui à l’ « heure ». Je me souviens des gosses qui en torturaient d’autres, deux ou trois petits d’une famille difficile, dans les pissotières près de la tour (monument historique), à chaque sortie d’école. Des premières cigarettes sous la tribune en bois du terrain de sport, des « lendits », du spectacle de fin d’année, de cet accent que nous avions…
    « Je suis, comme tant d’autres ; nous sommes les âmes mortes du Passé. »

    • Juste une petit sondage
      Etais-ce le petit ange Karouge qui torturait ce diable de Mereleis…ou vice versa..
      En ces temps neigeux, mais néanmoins très chauds, où Dodo la saumure tient le haut du pavé en compagnie de DSK et où, au Luxor d’Oloron, on présente cinquante nuances de gris une question tout à fait essentielle …
      Mais ou nos maitres ?
      mais où sont nos maitresses ?
      Mais où sont les neiges d’antan?

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