AlpyVoir : Oloron, label de Cadix


Alors que scotché aux blanches épaules des neiges bigourdanes, à la frontière exacte où le bitume et les bornes kilométriques changent d’épaisseur et de numéro, voici que monsieur PYC, toujours vert, tente de me ravir le drap immaculé de mon enfance, de ma jeunesse piémontaise, lui qui ne franchît jamais que l’aube au sortir de la Marina soumouloise, et ne connut pas les beautés de mon petit pays, hanches larges, fesses en rebonds, et teint rougeaud (de froid), seins ronds naissants et lèvres félibres d’où ne sortaient que des baisers embués de promesses puériles.

Du coup, froissé dans mon amour propre, j’appelai illico Maurice M., et lui dis : « Maurice, j’envisage un petit raid à Oloron, pour régler ce conflit générationnel. As-tu en stock quelques ardoises de Lourdes, pour que je l’humilie, car d’où viennent celles des toits d’Oloron (des contrebandiers espagnols)? Et puis, nous n’allons pas nous faire ridiculiser quand nous vivons à 350 mètres au-dessus du fort Saint Jean (la sardine peut grossir et boucher le port de Marseille, nous aurons les pieds au sec) quand Oloron navigue intra-muros vers les 200. Peux-tu me prêter ton tracteur, que je m’y rende au plus vite ? »

MM accepta (nous verrions plus tard les contreparties, un achat de drone, quelques faux amis à convertir -à quoi?-, un apéro avec Barbanègre, celui-là même qui sabre le champagne tous les jours sur la place Huningue).
Nous voilà donc, avec ma mie, parcourant les 60 kilomètres qui séparent nos deux fiefs, le gyrophare scintillant, le pot d’échappement ithyphalle. Multiples pauses : cave de Jurançon, côte Bel Air, Haut de Gan, Ogeu et ses eaux, le Gabarn et ses zones industrielles perdues dans les broussailles, son aérodrome, puis l’entrée sur la ville par la nationale, moins poétique que celle, juste après le rond point, petite route à droite. Bref, on gare le tracteur en face de la sous-préfecture (parking gratuit), et cheminons la ville à pinces, en seigneurs.

Comme un muguet s’offre au premier mai, nous gravissons enfin sainte Croix, notre sueur tâche nos blanches chemises de pénitents ; sur la place de la Liberté c’est déjà le 3 mai, Goya peint son fameux tableau, ce tableau que j’ai vu plusieurs fois au Prado, à Madrid, et qui me fait venir les larmes aux yeux, chaque fois. Mais notre pèlerinage, à Martha et moi, est mille fois répété : trouver la tombe de Jules Supervielle. Bien sûr, songeai-je, PYC traînera bien par là, pour nous en indiquer l’emplacement. Mais de PYC, point.
Alors le ciel zébré de bleu et blanc assiste notre lente déambulation dans ce cimetière à l’abandon. C’est un endroit curieux, à la fois pathétique et joyeux, surtout quand il fait beau, un lieu qui maudit l’oubli, dont les plaques tombales brinquebalent , dont les écritures s’érodent jusqu’à l’illisibilité, rien n’est entretenu, pas de fleurs, de vases ou de plaquettes en marbre, juste l’abandon. « Je suis comme les autres: nous sommes les âmes mortes du Passé ». Ce cimetière est un monde dans lequel les morts ne vieillissent plus. Ils y habitent. Au même titre que ce « fou » d’un roman d’Albert Cossery (les fainéants de la vallée fertile?). Un cimetière en pente, comme il s’en trouve à Sète, qui regarde l’horizon et se perd en rêveries lointaines. Un cimetière rempli d’âmes voyageuses. Pourtant, une fois de plus, pas de Jules, mais une pierre tombale où se dessine encore vaguement le nom gravé : Supervielle. Une date entre d’autres : 1858. Trop tôt. Je reviendrai. J’ai vu sur internet que le pépère était enterré là depuis 1960, une image d’une courte stèle. Pas trouvée, c’est le charme de l’amour que de ne pas tout révéler. Cache-toi au plus profond de cette terre tendre et rocailleuse, quand je te trouverai peut-être n’aurais-je plus envie de t’aimer, bel argentin.

Sur la partie haute de ce lieu peu visité, une plaque s’offre, qui découvre un nouveau petit bonheur : « En mémoire de Antonio de Rebeio, armateur à Cadix et de son ép. Née Danglade, et de leur frère, Anselme Danglade. » Et c’est un torrent de rêveries qui dégringole soudain vers le gave, des fantasmes à foison, ô madame de Rebeio née Danglade, avez-vous senti les mille parfums descendus de l’Alhambra, que le vent frais du Mulhacèn portait à vos narines gaditanes, avez-vous connu la semaine sainte de Séville, visité la mosquée de Cordoue, avez-vous joué à la roulette à Gibraltar, navigué entre Malaga et Melilla, vécu dans un bordel de Tanger, avez-vous aimé le bel Antonio…

Alors PYC arriva, froissé dans son amour propre, et il demanda à Dolorès Ibarruri Gomez de l’aider à ce qui n’était pas un sondage, mais la dernière possibilité de sauver le monde provincial (et donc l’entier béarn mâtiné Soule et Ousse) tout en lavant notre honneur de piémontais mi anges mi démons.

AK Pô
12 02 2015

PS: PYC says : « 

Juste une petit sondage

Etais-ce le petit ange Karouge qui torturait ce diable de Mereleis…ou vice versa..

En ces temps neigeux, mais néanmoins très chauds, où Dodo la saumure tient le haut du pavé en compagnie de DSK et où, au Luxor d’Oloron, on présente cinquante nuances de gris une question tout à fait essentielle …

Mais ou nos maitres ?
mais où sont nos maitresses ?
Mais où sont les neiges d’antan? »

pour la visite, veuillez cliquer sur ce lien :

Les images sont ici

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Comments

  1. Merci messieurs c’est gentil. Et puis ça donne envie de continuer à écrire 😝

  2. Cher monsieur Karouge, cher monsieur Maurice au patronyme lusitanien je viens à votre secours.

    Si je ne me trompe pas le cimetière dont vous parlez est celui qui entoure l’église sainte-croix.Pour trouver celui qui accueille la tombe de Jules Supervielle il suffit de monter un peu plus haut et de s’engager dans la rue d’Aspe dite prolongée et au bout, à main gauche, vous trouverez le charmant reposoir..

    Le gave coule, paupières basses, ne voulant pas de différence

    Entre les hommes et les ombres,

    Et il passe entre des pierres

    Qui ne craignent pas les siècles

    Mais s’appuient dessus pour rêver…

    Pour trouver les jolis seins séraphiques de Marina , fille de Cadix, emplis de la rosée du matin; c’est semble t’il effectivement du côté de Soumoulou qu’il nous faut chercher ..Mais pas question de badiner nos maîtres sont là et leurs blouses grises veillent…

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