Bernard DORCHE : Les Pyrénées pour sacerdoce !

DSC03802 Quand le CAF, par courriel, invite ses adhérents pour célébrer  : « un de nos membres les plus dévoué, Bernard Dorche, qui recevra la médaille de la F.F.C.A.M. en récompense de son long et intense dévouement au club et aux refuges que nous avons en gestion », le tout jeune « cafiste » que je suis, est interpellé. Qui est donc ce Bernard pour mériter une telle médaille ?

Quelques semaines plus tôt, une sortie de ski de randonnée annonçait déjà la couleur : « Bernard Dorche sera notre chauffeur jusqu’à Saint-Lary. Il gagnera ensuite Barèges où il passera la journée à skier jusqu’à notre arrivée. Merci à lui pour cette sympathique proposition ». Pas très amusant comme programme : amener des skieurs de Pau à St Lary en mini-bus, repartir pour Barèges (2h15 de route et 130 kms selon Mappy) et skier sur les pistes en attendant les autres qui « prennent leur pied » sur les cimes pour enfin rentrer sur Pau : 338 kilomètres de bénévolat pour les autres !

La F.F.C.A.M, le C.A.F : des acronymes à traduire. Derrière le sigle F.F.C.A.M. se cache la « Fédération française des Clubs Alpins et de Montagne » crée en 1874. Elle regroupe 410 clubs, 195 bâtiments, 6.500 bénévoles et 90.000 adhérents. Une « fédé » dont les chiffres flirtent avec les plus hautes altitudes.  Pour faire simple, les initiales plus communément reprises pour la désigner sont celles du CAF ou Club Alpin Français.

Pau a son CAF, tout comme Oloron, Orthez, la vallée d’Ossau, Tarbes, Lourdes, Bagnères de Bigorre, Bayonne. Voilà pour le Bassin de l’Adour sans oublier le CAF de Turbo, rebaptisé CAF du Béarn. Au CAF, on pratique le ski (randonnée et piste), la randonnée (pédestre et raquette), le VTT, le canonying, la spéléo, l’escalade et l’alpinisme. A ceux qui voient, depuis la vallée, les Pyrénées juste comme un beau décor de théâtre, le CAF saura leurs donner quelques idées…

Et Bernard Dorche me direz-vous ? Avec un Père, originaire des Hautes-Alpes, Bernard va naître en 1947 à Bagnères-de-Bigorre. Vivant au pied des Pyrénées, naturellement il « crapahute » très vite et, dès 12 ou 13 ans, rejoint le CAF de Lourdes. Précoce ! Après une préparation militaire chez les Gendarmes au Pont d’Espagne, il entre aux Chasseurs Alpins, à Chambéry, en janvier 67. Seize mois plus tard, le voilà de retour au « païs ».

Pendant qu’il est dans les Alpes, le Parc National se crée en 1967. Beaucoup de recrutement locaux sont faits. Bernard a un regret, il n’est pas mis au courant et rate une carrière qui l’attirait à cette époque : Garde au Parc. Un parc national qu’il juge avoir aidé à la diffusion de la pratique de la montagne et à son ouverture à un plus large public.

Un déclic se produit quand Bernard apprend que le refuge du Larribet (2072m), au pied du Balaïtous, recherche son premier gardien en 1969. « A une époque où il ne fallait pas de diplôme universitaire, ni de formation particulière »  (un coup de griffe aux contraintes actuelles), il dit « Banco » et le voilà à 21 ans, gardien de refuge.

Bernard découvre alors les joies de la vie de gardien de refuge qui doit être à la fois plombier, maçon, électricien, cuisinier, secouriste, comptable mais aussi réceptionniste, polyglotte et prêt à toutes les remarques, à toute heures : « Comment, vous ne voulez-pas garder mes déchets ! ». Rester poli absolument ! « Non, Madame, il n’y a pas de benne à ordure qui passe ici… ».

Terrible, ces citadins qui, là haut dans la montagne, s’attendent aux mêmes prestations qu’en ville. Il faut quelque fois savoir « se comporter comme un gendarme et pousser des coups de gueule ».

Il y a aussi le portage pour monter le matériel. Les moyens sont variés : l’âne et le mulet souvent, l’hélico parfois et, le dos dont Bernard dit, volontiers, qu’il a « épousé la forme des bouteilles de gaz ». Bernard a de l’humour. Il fait 4 saisons au refuge jusqu’en 1972 : 900 nuitées à l’époque. Il y en aurait 2.300 aujourd’hui pour ce refuge géré par le CAF de Lourdes. Signe des temps : les douches chaudes y sont disponibles maintenant. Ce n’était pas le cas en 1970 : 4 saisons à se décrasser à la fraiche !

Bernard s’installe à Pau pour travailler dans la grande distribution. Il ne perd pas de temps et rejoint le CAF palois et son comité directeur dès 1980. Manuel et fort de son expérience acquise au Larribet, il se voit confier la gestion des refuges du CAF de Pau : Pombie (au pied de l’Ossau), Arremoulit (face à l’Arriel au-dessus du lac d’Artouste) et celui de Gabas, fermé depuis. Trop cher à entretenir suite aux nombreuses contraintes administratives. Les mises aux normes sont (à nouveau) montrées du doigt : encloisonnage des escaliers, porte coupe-feu, accès handicapés, issue de secours à l’étage, suppression des lambris…

Les refuges : une économie de la montagne souvent peu connue : environ 3.500 nuitées à Pombie, 2.500 à Arrémoulit. Le Refuge Wallon, au-dessus de Pont d’Espagne en ferait près de 13.000 par an, un « leader » sur la chaine qui compte une cinquantaine de refuges gardés des deux côtés de la frontière. Combien d’emplois ? Quels budgets achats alimentaires et fournitures en tout genre pour les faire tourner ?

Bernard prend une année sabbatique, en 1993, pour aller tenir le refuge des Oulettes de Gaude (2151m), situé sous la face nord du Vignemale : 8 à 9.000 nuitées à « gérer » cette saison-là. Début de travail : 4 heures du matin pour le petit-déjeuner des premiers alpinistes, coucher tard avec la réception des retardataires. Malgré la dureté du travail, être gardien dans un refuge peut devenir la passion d’une vie : Guy Serrandou est resté 20 ans à Pombie pour arrêter, en 2005, à 70 ans. Pierre-Jean Pradalier Agours a tenu 20 ans Arrémoulit…

Bernard aurait pu s’appeler « Manitas ». Ses mains laissent leurs « empreintes » dans les refuges du CAF palois qu’il entretient avec passion. En même temps, il prend toute sa place au siège du club à Pau où il sera bien souvent le permanent, l’homme de main pour l’entretien des locaux, le conducteur du mini-bus, celui par qui la solution arrive etc.

Quand il n’est pas au club, il monte, à la belle saison, à Pombie ou Arrémoulit, peindre, casser des cloisons, en monter de nouvelles, réparer les alimentations en eau, s’occuper de toutes les bricoles qui invariablement apparaissent, mettre en place les héliportages etc. Un refuge, sous plusieurs mètres de neige en hiver, en portera toujours les traces au printemps. On l’aura compris, Bernard vit un « sacerdoce » depuis 1969 à la disposition, du bâti dont il a la charge, pour le bénéfice des adhérents, touristes, montagnards etc. Pour le Club, en 2014, il aura réalisé 5.400 kilomètres de déplacements et 362 heures de bénévolats !

Désintéressé, disponible, la médaille de la F.F.C.A.M.* vient récompenser un homme qui a tout donné pour que la pratique des Pyrénées puisse être possible pour le plus grand nombre. Une médaille qui ne lui montera pas à la tête et ne l’empêchera pas de continuer son engagement.

Bernard a tout de même trouvé du temps pour lui. Une traversée des Pyrénées à ski, en hiver, lui fera découvrir la chaine sous la neige. Un exercice difficile. Pas de gardien dans les refuges, ni chauffage, ni garbure bien chaude pour récupérer. Des cabanes, aux portes et fenêtre enfouies sous la neige à déblayer pour y dormir. Tout doit se porter sur le dos. Des sacs de 28 à 30 kilos !  Il grimpe au Mont-Blanc, fait la traversée de la Neije, du Pelvoux, la Face Nord des Ecrins et, de très nombreux « 3000 » pyrénéens.

Le premier qu’il gravit : le Neouvielle à 13 ans (3091m). Une passion est née ce jour-là. Il en gardera un coups de coeur : « voir un gamin de 4 ou 5 ans arriver dans un refuge ».

– par Bernard Boutin

* La médaille sera remise par Georges Elzière, Président de la F.F.C.A.M., le jeudi 2 avril, à partir de 18h. au siège du CAF à Pau, cité des Pyrénées.
PS : Cet hommage à Bernard Dorche pourrait être multiplié à toutes celles et tout ceux qui font qu’aller à la montage : « Oui, c’est possible ! » et ils sont nombreux…
Un autre exemple de bénévolat à 100% : « Internet pour randonner en sécurité » avec Mariano

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Un commentaire

  • Bernard, j’ai un merveilleux souvenir avec toi dans une rando à ski sur plusieurs jours entre Iraty et le plateau de Lhers. Le 9 03 1996.

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