Rêveries d’un pédaleur solitaire.


Serres-Castet 008Jean-Jacques me pardonnera ce plagiat inspiré de son œuvre. Il me le pardonnera d’autant plus facilement que je dois être un des rares à avoir lu la presque intégralité de ses livres.  J’ai choisi cette introduction pour vous dire que, lors d’une de mes pérégrinations vélocipédiques dans la campagne béarnaise, la colère m’a envahi.

 Un de mes parcours favoris, l’un des moins faciles sans doute, est celui qui me conduit à Serres-Castet. Venant de Pau la pente d’une longueur d’un peu plus d’un km est plutôt raide et se termine par une déclivité de 12 à 15 %. Il faut savoir doser son effort, en garder sous la pédale comme ils disent dans le milieu autorisé ; pour être plus clair, mettre tout à gauche. Les praticiens comprendront, surtout ceux qui naviguent sur trois plateaux.

 Une fois arrivé, non pas au sommet mais en haut de la côte le spectacle est formidable. Certainement le plus beau point de vue sur le piedmont et la chaine des Pyrénées. Mieux que le boulevard je vous dis.  D’ailleurs un certain politique ne s’y était pas trompé qui avait choisi d’annoncer une de ses multiples candidatures à la fonction suprême, depuis cet emblématique promontoire.

 Une table d’orientation a très à propos trouvé ici sa place. Elle nous informe sur tous ces sommets pyrénéens qui nourrissent les ambitions des montagnards. Un spectacle qu’à chaque passage je n’hésite pas à honorer d’un arrêt prolongé. Dans le même temps, celui nécessaire à récupérer mes forces, j’exerce ma mémoire en mettant un nom sur chacun des pics.

 Tout cela resterait exceptionnel si certains responsables vraisemblablement de l’organisation du village de Serres-Castet n’avaient cru bon de planter sur la gauche de ce point d’observation,  une rangée de palmiers. Ils bouchent la vue et il devient alors impossible de discerner la Bigorre et de voir son Pic du Midi. Sur la droite se trouve une  salle de fête qui obstrue entièrement une autre partie du paysage. Heureusement, la construction est pourvue d’une sorte de coursive qui permet à celui qui s’y engage de retrouver le visage de la montagne côté occidental.

 La nature est magnifique mais  confiée à des couillons forcément remplis de bonnes intentions, elle est dépossédée d’une partie de son attrait. Si vous les rencontrez ceux-là dites-leur que leur idée de palmiers gâche le paysage et qu’aveuglés par leur sottise ils ne s’en sont même pas aperçus.

 Alors au plus fort de mon courroux, j’enfourchai mon fringant coursier et, pédalant rageusement,  je partis vers de nouveaux sites.

 

                                                                                               Pau, le 14 avril 2015

                                                                                               Par Joël Braud

Comments

  1. Joël Braud says:

    A Georges VALLET.
    Georges, restons, je vous prie dans la poésie et ne venez pas tout gâcher avec des propos techniques. Ne parlons pas de pédalier, de chaîne, de moyeu et de roues.
    Il existe un petit livre écrit par Philippe DELERM (édition l’Arpenteur) qui s’appelle « La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules ».
    A la page 88, un chapitre intitulé « La bicyclette et le vélo ». Il commence par « C’est le contraire du vélo, la bicyclette ». Et il se termine par « On naît bicyclette ou vélo, c’est presque politique. Mais les vélos doivent renoncer à cette part d’eux-mêmes pour aimer – car on n’est amoureux qu’à bicyclette ».
    Vous comprenez maintenant pourquoi il ne faut jamais renoncer à la poésie.

    • Georges Vallet says:

      « ne venez pas tout gâcher avec des propos techniques. »
      Promis, c’est vrai qu’il ne faut jamais matérialiser les sentiments, je ne le ferai plus! Je vais m’efforcer de me procurer ce petit livre.

      Pourtant!!!!!
      Parfois, l’amour, résulte du jeu de la « roue » de la fortune; c’est aussi un élément incontournable de la « chaîne » du bonheur!
      La poésie c’est aussi jouer avec les mots!

  2. Joël Braud says:

    A Georges VALLET.
    Vive la poésie du bord de route. Puisque vous parlez de Bougarber, il se trouve qu’un de mes itinéraires traverse ce village. Auparavant je me suis arrêté au lac de l’Ayguelongue. On y voit avec de la patience des oiseaux de toutes sortes. Une fois j’y ai vu une cigogne noire. Il s’agit d’un oiseau très rare. La dernière fois j’ai vu deux échasses, rares également.
    Mais attention, en vélo, pas en bicyclette…

    • Georges Vallet says:

      Cigogne noire! Vraiment c’est une chance, je n’en ai jamais vu dans la nature.
      Je suis allé souvent au lac d’Ayguelongue il y a longtemps, peu après son aménagement; effectivement j’ai appris que c’était devenu un régal de s’y promener et il n’y a pas(encore?) de palmiers pour perturber la vue!

      La nuance entre vélo et bicyclette m’échappe un peu!
      J’ai cherché.
      Au point de vue emploi des termes, vélo est plus usité quand on fait de la route; mais, structurellement:
      sur une bicyclette les pédales entraînent la roue arrière par l’intermédiaire du pédalier et de la chaîne.
      Sur un vélo(cipède), les pédales sont fixées sur le moyeu de la roue avant et entraînent celle-ci!

    • En poussant jusqu’à Mazerolles, vous auriez trouvé le bon pastis d’Amélie. Et Georges Vallet aurait picoré le sucre sur votre guidon, jusqu’à en devenir merle blanc. Car, en vérité, quand les noires cigognes laissent au guidon pousser leurs cornes, le vélocipediste devient aviateur. J’en apporte ici la preuve :

  3. Georges Vallet says:

    En plantant des palmiers, les responsables ont permis de faire travailler:
    Les pépiniéristes,
    Les ouvriers qui ont assuré le développement, l’entretien des plants et l’arrachage le moment venu.
    Les producteurs de produits chimiques appelés phytosanitaires: engrais, pesticides, herbicides, pour assurer les meilleures conditions de poussée.
    Les transporteurs du lieu de production au lieu de plantation; en espérant, comme les chênes palustres de la place Clémenceau qui venaient de Hollande par la route, que les palmiers ne venaient pas, eux aussi, par la route, des montagnes enneigées de la Chine, le lieu d’origine!
    Le géomètre qui a fait l’alignement et les ouvriers qui ont fait la plantation.

    L’objectif du développement durable est de permettre de faire vivre le PIB, des emplois, chacun à son niveau, tout en verdissant sans modération et sans discernement l’environnement.
    Un couillon de service, sans bonnes intentions.

    • Helene Lafon says:

      Planter pour faire grossir le PIB et donc faire vivre l’homme oui ! Mais il y a une foultitude de lieux dénaturés par l’homme et ses activités où les palmiers seraient les bienvenus… Pourquoi, s’entêter à en mettre là où la nature suffit à sublimer la vue ?

      • Georges Vallet says:

        1°) »Le couillon de service » était pavé de mauvaises intentions; il a tenu à se manifester de façon sarcastique.
        « Pourquoi, s’entêter à en mettre là où la nature suffit à sublimer la vue ? »
        Je suis tout à fait d’accord évidemment!

        2°) Avec un rapport pas si lointain que cela, en rentrant hier par la D945, entre Hagetaubin et Bougarber, j’ai pris conscience qu’il était possible d’associer beauté printanière floristique et rentabilité économique, même si la flore est introduite!
        Tout le long de la route, sur les bas côtés, ce n’étaient que pieds de colza avec leurs très grandes hampes de fleurs jaunes; graines échappées des cultures proches de l’an passé. Echelonnés sur plusieurs kilomètres sur 3 ou 4 mètres de large, c’était merveilleux; j’ai pensé que ce serait dommage de les couper pour l’entretien des bords de routes; il suffirait de les récolter le moment venu et d’utiliser le produit de la vente pour l’entretien de la chaussée!
        L’inconvénient cette fois est que ces pieds ne sont pas aussi haut que les palmiers et ne sont pas à même de cacher le mur de maïs qui lui, s’entête à sublimer la vue de la nature des coteaux environnants.

    • LAFON Pierre says:

      Juste pour sourire, « il était une fois  » :

      Lorsque la nouvelle équipe responsable des lieux aura fait le constat de la nuisance des palmiers, il sera décidé de les enlever pour les déplacer.
      Ainsi, les nouveaux responsables permettront de faire travailler :
      les pépiniéristes,
      etc, etc, …
      C’est beau le développement durable, ou comme on disait autrefois « faire et défaire, c’est toujours travailler »
      Bonne journée,
      pl.

  4. LAFON Pierre says:

    Un triple bravo au Président d’AP :
    – s’attaquer à de tels pourcentages qui l’obligent à mettre « tout à gauche »,
    – avoir encore la force de s’en prendre à tous les couillons qui nous entoure,
    – et surtout, d’avoir lu la presque intégralité des livres de Jean-Jacques !!!

  5. JB: « La nature est magnifique mais confiée à des couillons forcément remplis de bonnes intentions, elle est dépossédée d’une partie de son attrait. Si vous les rencontrez ceux-là dites-leur que leur idée de palmiers gâche le paysage et qu’aveuglés par leur sottise ils ne s’en sont même pas aperçus. »
    Que faire donc, lorsque la connerie humaine, trop puissante, a vaincu l’intelligence ? Il reste une solution…

  6. +1
    Dans le domaine privé, idem lorsqu’un « gentil voisin » plante un sapin devant votre propriété, et qui vous bouche ensuite la vue (+ coupe le soleil si c’est au Sud)… Le joli petit sapin de Noël qui prend ensuite un mètre de hauteur par an pendant 25 ans… Eh bien, s’il est à plus de 2 mètres de votre propriété, vous ne pouvez pas empêcher cela…

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