Les «Indulgences», laïques cette fois, sont de retour.


GV 15 04 15En raison de l’approfondissement de la crise économique, priorité absolue est donnée aux mesures destinées à sortir notre pays de la récession en cherchant à refaire démarrer la croissance par tous les moyens ; elle seule est susceptible d’inverser la courbe du chômage. De ce credo partagé par «presque tous», et «presque toutes» les grandes familles politiques, découle l’idée que doivent disparaître tous les obstacles à l’amélioration de la compétitivité économique, et ceci tant sur le plan social que sur le plan environnemental.

Partant de ce principe, tout est mis en œuvre pour contrarier les mesures préconisées par le Grenelle de l’environnement :

  •  Taxer à coups d’écotaxes les poids lourds qui polluent ? Horreur !
  •  Fermer Fessenheim ? Surtout pas !
  •  La culture bio ? C’est un comportement de rigolos !

En trente ans, la France a perdu la moitié de ses oiseaux et la liste des espèces menacées de disparition ne cesse de s’allonger (le quart des oiseaux nicheurs, le cinquième des reptiles, des amphibiens…des poissons d’eau douce…).

  •  On ne va pas se laisser mettre au chômage par des petits oiseaux en voie d’extinction !
  •  La pollution des eaux ? Encore une lubie des écolos !

Pourtant La France a été condamnée par la Cour de justice de l’Union européenne, pour son incapacité à améliorer la qualité de ses eaux. Elle fait face à deux contentieux pour n’être jamais parvenue à respecter la directive de 1991 sur les nitrates et les pollutions d’origine agricole.
La réaction ne s’est pas faite attendre : la FNSEA obtient la réduction d’1/3 des zones vulnérables aux nitrates dans le bassin Adour-Garonne, là où s’imposaient de sévères mesures antipollution. Baigneurs de la côte Basque, ne buvez pas la tasse !

L’une des dernières inventions nous fait revenir à une pratique héritée du droit romain du IIIéme siècle : les indulgences !

Vous voulez bâtir un Center parcs, un barrage, un aéroport, ….où se trouvent des forêts anciennes, des zones humides où vivent des espèces patrimoniales en voie d’extinction et donc protégées ? Surtout pas, c’est interdit !

A moins que vous ne compensiez les dégâts !!!

  • Autrefois, l’Eglise catholique promettait aux pêcheurs invétérés un aller direct au paradis, à condition de payer très cher des indulgences.
  • Aujourd’hui les destructeurs de lieux et d’espèces protégées ont carte blanche s’ils compensent grâce à «des réserves d’actifs naturels».

En signant deux conventions avec CDC Biodiversité, filiale du groupe Caisse des Dépôts et Consignations, le ministère a lancé une opération visant à créer une réserve d’actifs naturels permettant de compenser les impacts négatifs à la biodiversité. Il s’agit pour CDC Biodiversité de restaurer des terrains dénaturés et de les vendre à ceux qui portent atteinte à la biodiversité à titre de compensation.
Un ancien verger industriel dont les arbres sont maintenant abattus : 300.000 pêchers et peupliers (protection contre le vent), dans la plaine de la Crau, a été racheté en 2008 par la CDC Biodiversité. Un vaste projet de restauration du site (en lien avec le Conservatoire Etudes et Ecosystèmes de Provence et la Chambre d’Agriculture des Bouches du Rhône) vise à rétablir le paysage originel : une steppe ouverte avec une végétation typique des milieux arides propre au pastoralisme ovin. C’était la période de la transhumance où les moutons passaient l’été dans les prairies alpines et l’hiver dans la plaine de la Crau.
Les 357 hectares du site de Cossure peuvent être achetés au prix de 35.000 euros l’hectare par les promoteurs qui ont besoin de mener des actions compensatoires. Chacun achetant une superficie de terrain déterminée par l’étude d’impacts préalable menée concernant son projet. Quelques mois après l’ouverture de la Réserve « environ 20% de la superficie a déjà été valorisée ainsi» précise Michel Oberlinkels, chef de projet à CDC Biodiversité. (d’après Sciences et avenir).

On peut donc «compenser» la perte d’une zone humide par une zone sèche semi-désertique !!!!

Pour faire revivre les plantes et les animaux hygrophiles c’est vraiment écologiquement positif !!!!

>La motivation mise en avant par cette démarche peut paraître, à première vue, intéressante, et rentrer dans le cadre d’un «développement durable» si l’on ne retient que le projet mis en avant, de restaurer un espace naturel et de lui redonner sa valeur écologique primitive.

>La notion de valorisation prend un autre aspect si on se penche sur la notion de compensation mise en avant. Cette notion n’est pas nouvelle, je l’ai connue dans la région du Verdon quand on a construit le barrage de Sainte Croix à Baudinard en Haute Provence. A l’époque, la plaine alluviale, en amont du futur barrage, permettait des cultures vivrières aux agriculteurs logés dans un petit bourg appelé Les Salles sur Verdon. La mise en eau entrainant la submersion du village, les habitants sont expropriés avec une estimation à 75% de vétusté de leur propriété. Le relogement s’est fait dans un lotissement situé sur le plateau calcaire sec en expropriant les propriétaires du lieu. EDF n’a pas pris en charge la construction des maisons.

On vous prend les médicaments pour soigner votre cœur ; en compensation, on vous en remboursera partiellement d’autres pour l’intestin !

On peut compenser des dépenses nouvelles par l’impôt mais pas une zone humide par une zone sèche !

En fait, cette politique repose sur l’idée implicite selon laquelle les mesures de protection de l’environnement entravent la dynamique économique de la croissance ; elle occulte un fait majeur, à savoir que les difficultés économiques actuelles ne sont pas dues à l’écologie mais aux limites systémiques de notre croissance économique fondée sur l’illusion de son éternité.

L’histoire n’a été qu’une succession de croissances qui ont mal fini !
Les causes sont multiples :

> Les civilisations meurent de la déliquescence des valeurs et des représentations qui ont fait leur force : organisations économiques, sociales et politiques nouvelles en leur temps. Elles ont été incapables de changer et d’évoluer face aux modifications du monde dont elles étaient largement responsables. Contrairement aux thèses officielles qui évoquent la pression des événements extérieurs : catastrophes naturelles, invasions… elles déclinent de leur incapacité à se repenser. Leurs capacités internes, sclérosées, ne permettaient plus de résister aux facteurs externes.

>Des causes récurrentes proviennent des retombées de leur force : érosion, salinisation, perte de fertilité des sols, déforestation, usage excessif de l’eau, chasse et pêche abusives, expansion des zones habitées, introduction d’espèces allogènes, augmentation démographique, empreinte écologique de plus en plus forte par habitant.
La disparition de très grandes civilisations du passé s’explique par le pillage excessif des ressources nécessaires à leur croissance. Les civilisations de Sumer, Babylone, Maya, etc., ont brutalement disparu suite à un effondrement global. La chute de la fantastique société de croissance que fut la Mésopotamie s’explique par l’effondrement de son agriculture intensive en raison d’une irrigation destructrice et par un excès de déboisement responsable d’un changement climatique.
Il y a toujours eu un déni officiel du lien existant entre crise économique et crise écologique qui, depuis quarante ans est souligné autant par les scientifiques, les philosophes, des économistes même.

– par Georges Vallet

crédits photos: fr.wikipedia.com

Comments

  1. Contribuable Palois says:

    Monsieur Vallet, le  »politiquement correct » pollue le débat. Et ça ne fait qu’empirer.

    Avez-vous suivi l’actualité de la pollution de l’air parisien l’autre semaine? Au delà des postures de nos décideurs (la maire de Paris, le préfet, la ministre) il y a eu un MANQUE dans l’information. Un manque très probablement  »secret défense », organisé et contrôlé, sélectionnant les arguments chargés de nourrir la réflexion des citoyens!

    Alors que la moindre des cartes météo visualise les flux , les courants atmosphériques, les pressions sur un large champ géographiques, curieusement pour les particules TOUTES les cartes montraient, au mieux, le Bassin Parisien avec le Sud de l’Angleterre et la Belgique.

    Qu’on ne croie pas à un simple gros plan chargé de mieux dramatiser la situation… Il semble bien que c’était pour masquer l’indicible: le champion des énergies vertes était en faute, le vertueux Danemark avait largement contribué à produire ces maudites particules!

    Et oui l’anticyclone (qui laissait stagner la pollution sur le Bassin de Londres et sur le Nord du Bassin Parisien) avait dramatiquement détourné les vents, et les éoliennes danoises en panne de production avaient été supplées PAR DES CENTRALES AU CHARBON. On ne pouvait quand même pas risquer une crise diplomatique avec le Danemark au moment où le gouvernement peine à trouver des alliés européens pour gérer nos petites affaires de déficit commercial et financier.

    Et donc on s’est contenté d’une palinodie à la française où les décideurs ont cru sauver la face. Pas certain que ça marche la prochaine fois. Et on n’a toujours pas d’alternative verte pour les nuits sans vent, quand le solaire ne produit pas et où les éoliennes sont au ralenti. Alors par prudence, et pour quelques années encore, soignons notre nucléaire et nos centrales électriques brûlant gaz ou pétrole.

    • Georges Vallet says:

      Le «politiquement correct» pollue le débat. Et ça ne fait qu’empirer.

      Vous avez tout à fait raison, on pourrait multiplier les exemples:
      J’ai évoqué la compensation «écologique» de la destruction des lieux vulnérables.
      Vous évoquez la pollution de l’air parisien.
      Il y a ce qu’on appelle «les produits phytosanitaires»
      Toutes les substances chimiques ajoutées dans les produits alimentaires.
      «Les avantages» des nanoparticules dans les cosmétiques, les peintures, les pneus des voitures…..
      «l’électricité moins chère» des centrales nucléaires, le stockage profond «sans risque» des déchets nucléaires.
      ….

      Ce qui est peut-être le plus sournois, ce sont les «légalement correctes» comme les molécules reconnues inoffensives en dessous d’un seuil limite (que l’on peut faire évoluer en fonction des besoins de l’économie!) dans les prélèvements réalisés : eau douce, marine, terre, air: nitrates, aluminium, oxydes d’azote, hydrocarbures, métaux lourds….les bactéries fécales…., alors que, comme chacun est censé le savoir:

      l’organisme fonctionne (enzymes) avec des quantités très très faibles.
      Les petites doses infraliminaires se concentrent à chaque «prise» et deviennent donc toxiques rapidement.
      De plus, il y a toutes ces molécules comme les substances médicamenteuses, hormones, restes des pilules contraceptives…qui ne sont pas dosées, les terreaux issus du recyclage des eaux usées qui contiennent toujours les polluants de l’agriculture….

      On ne considère que ce qu’on veut voir, une partie visible de l’iceberg, ce qui fait bien dans le paysage de l’économie; la partie immergée, la plus importante, est entrain de fondre, mais, comme ce n’est pas le retournement pour «l’immédiat», le seul objectif de l’économie actuelle, ce n’est pas important!!!!!
      Nos descendants apprécieront!

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