Shit, alors !


IMGP6512Comme il n’y avait rien à manger, il se trouva qu’ainsi il y en aurait pour tout le monde. On creusa les assiettes vides pour régaler les affamés, puis on offrit aux convives une cigarette à chacun, avec son lot d’allumettes. On embrasa les cigarettes et chacun put ainsi remplir son assiette de fumée. Les plats, pour un tel repas, s’avérèrent inutiles, chacun humant le fumet propre à son assiette. On mangerait avec le nez, ce qui ne nécessite ni couverts, ni pain, et encore moins le vin, si l’on exclut la part des anges.
Alors que tous les gens attablés s’apprêtaient à déguster l’épais nuage, entra dans l’immense pièce un homme élégant, maigre, au visage rouge de colère. Il ordonna d’ouvrir grand les fenêtres, car l’espace sentait le tabac, et que selon certaine ordonnance, il était interdit de fumer en tous lieux. Le repas, sans être consommé, s’acheva dans les courants d’air, et l’odeur seule resta collée au fond des assiettes creuses.
Le dicton est connu, ventre affamé n’a pas d’oreilles. Mais a-t-on déjà vu plus rebondi que le ventre d’un orateur dont le discours est de vents ? L’odeur, plus que la fumée, avait imprégné non seulement le fond des assiettes mais également les vêtements des convives, et il était déjà trop tard pour assainir les lieux, apaiser les guerres des gangs, les purifier de ce repas qui n’avait pas nourri ces tablées d’affamés. Tous ces gens, frustrés de n’avoir dans le gosier, les poumons et le cancer la moindre particule de fumée, se mirent alors à se renifler les uns les autres, allant jusqu’à se mordre, jusqu’à, c’est affreux, envisager le cannibalisme au risque de se dévorer entre eux. Le chaos s’installait, et les cendres des cigarettes ne justifiaient plus de la religion de chacun.
L’homme élégant, maigre, dont le visage était redevenu poupin, monta sur une des tables où la loi était gravée à la kalachnikov, mais en état d’urgence, foulée de ses pieds. Juché sur elle, il leva péremptoirement une cigarette, tenue entre le majeur et l’index, qu’il alluma et dont il éclaboussa la salle d’un nuage épais et chaleureux. Le nuage était comme une bouffée d’air pur. Il ne provenait pas de clopes manufacturées mais plutôt d’un artisanat d’art empli d’herbes exotiques. Et la foule l’applaudit, car tous avaient compris, et ceux qui n’avaient pas compris étaient aussi défoncés que les premiers cités.
Qui était cet homme qui, d’un côté, demandait à ce que l’on ouvrît les fenêtres et de l’autre propageait les parfums de l’orient désorienté dans ces milliers de narines ?
Pour le savoir, nous demandâmes à France 2 une enquête en immersion sur le sujet de leur choix, à BFM télé un reportage choc dans la banlieue Nord de Marseille, à i Télé une interview du centre de désenfumage de la chaufferie bois d’Oloron, aux quotidiens locaux et régionaux un article traitant du nombre d’assiettes creuses servies aux non-voyants chaque semaine dans les restaurants d’entreprises, et à Alternatives Pyrénées combien de leurs membres s’adonnaient sans réserve au bénévolat, et enfin, enfin, la réponse à ce faux problème émergea de la bouche même de l’homme élégant, maigre, maquillé pour son passage à la télé :

« c’est un vrai problème, et le gouvernement étudie toutes les possibilités de le solutionner, dans les siècles qui viennent. »

AK Pô
06 11 2015
Ptcq
« Loi de Murphy : Chaque solution amène de nouveaux problèmes. » Bernard Werber

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