Quartiers sensibles : Pour une « ANRU » de l’éducation


Capture d’écran 2015-11-26 à 10.34.00La France « découvre » que des générations entières de jeunes, issus des quartiers sensibles, sont en totale marginalité de notre société.

Les parents, assez fréquemment, n’y contrôlent pas leurs enfants et/ou ne sont pas en capacité de les aider à devenir des citoyens français « normaux ». L’Education Nationale envoie, dans les écoles et collèges des Réseaux d’Education Prioritaire (REP), souvent de jeunes instituteurs et professeurs sans l’expérience nécessaire pour faire face à des jeunes « compliqués » à gérer.

Face à cette affirmation, basée sur des témoignages entendus à la télévision, il serait intéressant de descendre dans le détail de la composition des enseignants des ZEP : Plutôt des plus jeunes, peu expérimentés ou plutôt des plus âgés, plus expérimentés ? Car de l’expérience dans les ZEP, il en faut ! Plus qu’ailleurs. AltPy a un certain nombre de rédacteurs et commentateurs qui doivent pouvoir apporter des précisions.

Il y a en France, selon le site du gouvernement, 350 REP+ et 739 REP qui représenteraient 19.8% des écoliers, et 20.5% des collégiens scolarisées.

Les moyens, financiers et humains, des Réseaux d’Education Prioritaire sont-ils suffisants ? En tout cas, ce qui a été fait jusqu’à présent semble plutôt être du domaine de l’échec total : 42,1% des jeunes de la tranche des 15 à 24 ans dans les « zones urbaines sensibles » étaient au chômage en 2013 contre 22,6% hors Zus pour la même tranche. Un rapport de 1 à 2. Mieux vaut étudier hors des zones urbaines sensibles et de leurs REP.

A Pau, j’ai eu l’occasion de me pencher, il y a plusieurs années, sur le travail de l’ANRU (Agence Nationale de Rénovation Urbaine) dans le quartier de l’Ousse des Bois. Au fil de interviews et des rencontres, j’avais observé la multiplicité des outils mis en place, dans de nombreux domaines. Les moyens financiers étaient considérables mais à l’arrivée, force est de constater que, si le quartier est maintenant en bien meilleur état que beaucoup de quartiers «normaux » palois, son chômage reste inacceptable. Il tournerait autour de 40% selon Sud Ouest du 17 juin 2015.

Le bâti a été indiscutablement rénové mais le travail sur les hommes n’a pas donné les résultats escomptés malgré la multiplicité de intervenants. Il faut dire que je croisais souvent des personnes jeunes (trop jeunes?), armées du désir de bien faire mais sans l’expérience et le recul des anciens.

A quoi bon des immeubles neufs, un environnement propre si les hommes restent ce qu’ils étaient. Les financements de l’ANRU doivent pouvoir être réorientés. Mieux vaut une tête bien faite qu’un immeuble bien mis.

A Malala, le mot de la fin : « avec des armes vous pouvez tuer des terroristes, avec l’éducation, vous pouvez tuer le terrorisme ».

– par Bernard Boutin

PS : Merci au forum de me corriger, reprendre, contredire etc. En écrivant sur l’éducation, je suis dans un domaine qui n’est pas le mien.

Comments

  1. Larouture says:

    J’ai participé, hier soir (30/11) à Orthez, à la réunion publique proposée par les députés des Pyrénées- Atlantiques David Habib et Colette Capdevielle suite aux attentats qui ont frappé Paris. La menace terroriste et des dernières mesures du gouvernement ont été évoquées et débattues.
    M. Piatrasanta, rapporteur de la dernière loi visant à lutter contre le terrorisme a fait une présentation que j’ai appréciée. Les points principaux ont été rapportés en P. 3 de « La République » de ce 01/12. Les chiffres des français en Syrie et des fichés « S » ont été présentés. La France est toujours la cible de Daech. D’autres attentats sont à redouter. Cette situation peut durer des mois. Voire plusieurs années.
    Cette intervention confirme que la radicalisation ne se réduit plus aux quartiers sensibles (pour répondre, en partie, à vos interrogations).

    Dans les échanges avec une salle où la moyenne d’âge était assez élevée et où les sympathisants de la majorité étaient nombreux, j’ai retenu :
    – Un consensus pour l’instauration d’un Service Civique. Comme l’opposition pousse également ce projet, la majorité ne peut pas faire autrement sauf à se pénaliser lors des élections. Mais comme le coût serait évalué à 3 Milliards (voire 5 Milliards), ni la majorité, ni l’opposition (si elle revient aux affaires) ne voterons un tel montant pour cette activité. Par conséquent, il s’agira d’une annonce sans effets.
    – L’état d’urgence bride les libertés et, s’il dure, aura un effet pernicieux. Mme Capdevielle (membre de la commission des lois et M. Piatrasanta ont rassuré l’auditoire. La justice est toujours là.
    – Des interventions ont souligné que cette situation avait des causes (crise économique, mondialisation) et donc des responsabilités. M. Habib a coupé court à la discussion sur cette thèse en indiquant qu’il n’y avait aucune excuse à chercher pour les Djiadistes. Soutenir cette thèse est certainement risqué en période électorale. M. Bayrou a d’ailleurs exprimé une position similaire, samedi à l’émission TV « On n’est pas couché ». M. Habib a indiqué qu’on avait à faire à des « malades mentaux ». On comprend ce que M. Habib exprime même si ce n’est pas très élégant et convenable vis-à-vis de pathologies qui sont aussi des handicaps.
    Des interventions ont demandé si la législation sur les sectes ne pouvait pas être un modèle pour lutter contre la radicalisation. Pour Mme Capdevielle et M. Piatrasanta, ce n’est pas la même chose.
    La situation des prisons n’a pas été évoquée. Pourtant le milieu carcéral est un lieu de recrutement vers la radicalisation. L’état indigne des prisons est connu depuis plus de vingt ans. Un secrétariat spécifique avait été créé en 2002. Les actions n’ont pas suivi. Ce n’était pas très porteur électoralement.
    – Enfin, M. Garcia, maire d’Arthez de Béarn (et soutien de M. Habib), s’est interrogé sur notre capacité à accepter des victimes parmi nos soldats si une coalition intervenait au sol. M. Habib a pronostiqué cette question comme sujet de philo au BAC 2016.
    A mon avis, si d’autres attentats sont perpétrés, cette interrogation, comme les réticences sur l’état d’urgence ou autres doutes sur nos responsabilités ne seront plus de mise. De même nos alliés s’engageront plus franchement. Et puis le problème ne concerne pas que la France.

    Cette analyse est certainement fataliste voire désabusée. La démocratie à son rythme propre de fonctionnement et ce fonctionnement a un coût humain. Est-ce invariable ? Je ne sais pas.
    Avant que de Gaulle devienne audible pendant la dernière guerre, il a fallu que Daladier existe. Et entre les deux, il y a eu Pétin. En Angleterre, avant Churchill, il y a eu Chamberlain. Les US ont attendu Pearl Harbour.
    En 1958, avant de Gaulle, il y a eu Mollet. Le maréchal Juin et l’OAS n’étaient pas loin. D’ailleurs en 68, de Gaulle a veillé à consulter le Gal Massu. Le déroulement de l’histoire se répète.
    Il me semble que la Ve république a amélioré le fonctionnement de notre démocratie et son coût.
    M. Hollande a tenu la situation. Dans un régime de IVe république, il aurait été mis en minorité au parlement. Les interventions de M. Sarkozy juste après les attentats me semblent s’apparenter à une situation de régime parlementaire. Et la rengaine Front National me rappelle cette situation.
    Les temps vont être durs. Des réunions de ce type sont utiles et devraient être renouvelées.

    • commentaire intéressant.

      • Larouture says:

        Merci M. Karouge.
        Dans sa présentation d’Orthez à l’’attention de M. Pietrasanta, M. Habib a indiqué qu’Orthez, comme tout le Béarn, était un lieu de tolérance et que la laïcité était une valeur particulièrement ancrée à Orthez depuis près de 50 ans. Je dirais davantage, en raison de la présence d’une forte minorité protestante .
        M. Habib aurait pu également rappeler la devise d’Orthez : « Toquey se gaüses ! ». Touches y si tu l’oses.

  2. La France découvre ? Les nantis découvrent ! Car ceux qui y vivent, ou qui y ont vécu, le savent depuis plus de trente ans !
    À force de bâillonner le débat avec le trop fameux « pas d’amalgame » des nantis, il était interdit d’en parler, sous peine de se faire traiter de raciste. Comme si nous étions in capables de faire la différence. Toujours en retard d’une guerre : on ne savait pas !

  3. Michel LACANETTE. says:

    A cette charge contre l’ Education Nationale, on pourrait en ajouter une contre notre ancien Président Jacques Chirac, qui a supprimé le Service Militaire, sous couvert
    d’ économie budgétaire, mais livré, sans contrôle, l’ ensemble des jeunes aux prêches
    des Imans barbus des banlieues sensibles.
    A l’ époque aucun parti politique ne s’ est élevé contre cette mesure. Aujourd’ hui on commence à en mesurer les conséquences.
    Le service militaire était le véritable ciment de la société française, car il permettait à
    l’ ensemble des différentes couches sociales de la société d’ entrer en contact.
    Tout simplement à apprendre à se connaitre.
    Cela permettait également de détecter les carences de l’ Education Nationale, en faisant du rattrapage scolaire, ainsi que la détection des déviances chez certains jeunes.
    Avec la disparition de l’ URSS, il est vrai qu’ il fallait le faire évoluer sous une autre forme,
    mais surtout pas le supprimer. Peut être serait ‘il urgent de le rétablir, pour que ça nous évite bien des désagréments, à venir.

  4. Georges Vallet says:

    Le sujet, comme les quartiers envisagés, est sensible; sans aucun doute des réflexions s’imposent.
    Vous évoquez avec juste raison, car c’est une certitude:«avec des armes vous pouvez tuer des terroristes, avec l’éducation, vous pouvez tuer le terrorisme», j’ajouterai que cela fait fermer des prisons.

    Assurer une éducation, l’objectif est indispensable mais la réalisation ne peut pas se résoudre après un constat d’une faillite de l’Education nationale publique (il y a peu d’établissements privés dans ces quartiers!) Celui d’Alain Finkelkraut est le fait d’un intellectuel du passé qui ne veut pas admettre que le monde à changer et que le public scolaire de ces quartiers n’est pas celui de l’ancienne école républicaine. Les flux migratoires, aucun pays ne peut les enrayer, revenir sur la responsabilité des nations occidentales est une chose, il faut maintenant y faire face; il a bien fallu s’y adapter, avec les moyens du bord, pas toujours adaptés par manque d’expérience. Non, l’école républicaine, comme le reste, ne peut pas revenir en arrière, une autre école doit apparaître mais diversifiée et adaptée à l’état d’esprit des jeunes.
    En ce qui concerne les quartiers évoqués, cet état d’esprit est fonction d’un très grand nombre de facteurs qui n’intervenaient pas chez «les jeunes d’avant»!
    actualité internationale au Moyen Orient.
    Politique nationale du chômage, stimulation permanente à la consommation quand l’argent n’est pas là….
    Politique régionale adaptée à la répartition et la surface des quartiers sensibles.
    Politique communale: qualité de l’habitat car même si les grands immeubles sont isolés thermiquement, si le chauffage est «respectueux de la nature!», si les peintures sont refaites, si il y a des espaces verts et des terrains de sport…, ils restent une superposition de cages à lapin (de «luxe!») où les logements trop étroits pour des familles nombreuses sont le siège d’une promiscuité qui ne permet en aucun cas la sérénité nécessaire au travail scolaire à la maison. Résultat:les jeunes forment des groupes ou des bandes dehors!. De plus, l’isolement des centres de cet habitat génère un renforcement d’appartenance à une communauté à protéger.
    Politique communautaire. Les aides, les dépenses publiques, les motivations périphériques n’y feront rien si ces communautés ne se prennent pas en charge, si la conscience collective et les médiateurs internes ne décident pas de s’intégrer aux valeurs de la République en devenant acteurs dynamiques et motivés pour adapter la religion à la laïcité et lutter, avec courage et l’aide de l’état, contre la main mise de la drogue.
    ……..

    Face à tout ce «formatage» des esprits, les enseignants doivent ouvrir les esprits à un extérieur physique et culturel que ces jeunes ne fréquentent pas et dont ils se méfient. Pour cela, on dénonce «le détail de la composition des enseignants des ZEP : Plutôt des plus jeunes, peu expérimentés ou plutôt des plus âgés, plus expérimentés ?»

    Pendant la dernière mandature, par économie, beaucoup de jeunes ont été envoyés dans les classes sans formation (ou presque), c’est une aberration!

    Le fait d’envoyer des jeunes n’est pas aussi condamnable qu’on le pense car il y a la motivation, la détermination, l’enthousiasme, la force de la jeunesse, mais une solide formation en plusieurs phases, théorique et pratique, sur un à deux ans (comme avant), avec un encadrement d’enseignants travaillant déjà dans ces classes, est indispensable.

    Un enseignement par petit groupe de 7à 8 (au plus 10) est nécessaire pour une prise en charge des «corps» et des «esprits», pendant le cours, et assuré un tutorat avec des assistances sociales en nombre suffisant pour établir des relations avec les familles.

    Quand on dit de mettre à la place des «plus âgés et plus expérimentés», où les prendra-t-on? Dans les établissements des zones bien plus favorisées? C’est un leurre, l’expérience acquise dans ces établissements ne peut en aucun cas servir dans ces zones prioritaires. Ils seront aussi désarmés que les jeunes, avec l’âge en plus!

    Comme pour la sécurité, l’éducation est prioritaire, elle en est une des composantes, il faut faire des économies sur le «luxe technologique» pour en assurer la matérialisation.

  5. Joël Braud says:

    Cet article se situe totalement dans l’actualité et souligne certaines carences de l’Education nationale. Pour corroborer cette donnée, je fais référence à une interview de Alain FINKIELKRAUT parue dans le Figaro le 21 novembre et j’en extrait ce passage :
    Question : Sommes-nous prêts pour cette longue lutte ?
    Réponse :
    Lutter contre l’islamisme, c’est se donner les moyens de reprendre les territoires perdus de la nation en reconstruisant l’école républicaines abêtie, abîmée et même saccagée par un demi-siècle de réformes démagogiques et en maîtrisant les flux migratoires, car plus il y a d’immigrés venus du monde arabo-musulman, plus la communauté nationale se fragmente et plus se développe la propagande radicale. Mais est-il encore temps ?

    La charge contre l’éducation nationale est sévère.

    • Larouture says:

      Je me permets de m’immiscer dans vos échanges :
      Je viens de lire une série d’articles de Cynthia Ghorr-Gobin (Directeur de Recherches CNRS et professeur invitée à Berkeley) sur la citoyenneté métropolitaine et diasporique :
      Elle propose de faire de l’ «apprentissage de la citoyenneté métropolitaine et diasporique » une problématique stratégique de l’école publique.
      D’abord, elle formule l’hypothèse d’une école productrice d’inégalités.
      L’identité diasporique se définirait comme la capacité pour un individu de s’identifier à plusieurs catégories d’espaces, la métropole où l’on vit, le lieu où ont vécu les ancêtres par exemple.
      Certes les réseaux diasporiques ont existé tout au long de l’histoire. Mais avec l’accélération des facilités de communications, l’identité diasporique des habitants, notamment des cités, est mal appréciée.
      Nous voyons toujours notre environnement (bassin de vie) comme un stock. Or la ville (la grande ou la métropole) est d’abord une ville des flux (cf. l’urbaniste Olivier Mongin) et pas seulement pour une « classe créative » mobile et en quête d’urbanité.
      Aussi les enseignants n’auraient plus pour seul objectif de transférer des connaissances autorisant et facilitant l’assimilation et l’intégration mais également de faire prendre conscience aux nouvelles générations issues de l’immigration de leurs spécificités identitaires.
      Permettre aux enfants et aux jeunes de faire l’apprentissage de leur double citoyenneté (métropolitaine et diasporique) serait un moyen d’éviter tout sentiment de rébellion contre les institutions de la république et ses représentants. Ce serait également un moyen de répondre aux inégalités politiques qu’engendre l’école.
      Pour avoir passé l’essentiel de ma carrière professionnelle au-dessus de la Loire, n’ayant pas évolué dans le show-business et n’étant pas « Rothschild », j’ai une (très petite) idée de ce que peut signifier diasporique.

  6. Lagauzere says:

    Très inquiétant .voilà pourquoi ,le recrutement pour la Syrie est facile ….

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