Vladimir et Erdostragon : en attendant Daesh.


_IGP2345Vladimir et Erdostragon : en attendant Daesh.

Comme d’habitude, pour démarrer un récit, c’est une phrase qui accroche mes oreilles. Ce matin, sur France Inter, « Vladimir et Estragon, les deux clochards qui attendent Godot… ».

En même temps, je lis la presse locale (la presse-bocal) et roule une cigarette, j’écoute les nouvelles qui ne le sont plus, je mets Stéphane Eicher dans mon chauffe-oreilles, et dévore, miette par miette, le monde qui s’offre à mes lèvres en tartines, beurre et déconfitures, pendant qu’en ce beau matin d’automne quinze chats entament un gospel dont je comprends enfin les paroles (« merci de ne pas nous avoir castré, vacciné, stérilisé…et de dormir jusqu’à 22h sur ton vieux canapé »).
Un jour viendra où nous nous dévorerons, loin de ce qu’en disait Dali (de mémoire : « le cannibalisme est la forme extrême de l’amour»). D’ailleurs, nous sommes affamés. Au début, le plaisir consistait à affamer les autres, comme aux temps anciens des jeux du cirque, la part goûteuse étant laissée aux lions, tigres, et autres dictateurs. Aujourd’hui ce sont des peuples entiers que, d’un pouce dressé ou baissé, nous décidons de sauver ou d’en condamner l’existence. Parce que péter plus haut que son cul est devenu la dernière préciosité des gens qui s’ennuient à force de vouloir tout posséder, y compris les biens tout aussi mirifiques du voisin de la propriété d’à-côté.

Nous ne savons qu’une chose, ici, entre montagnes et vallées agricoles, c’est que nous y sommes. Graines issues de cent pays qui ont germé et poussé. Sans armes, sans haines, les oiseaux, les passereaux migrants reviennent ici d’une année sur l’autre, c’est leur pays, leur chant, et moi, en vieillissant, j’effarouche l’oiseau ou effraie les chats (ça marche impeccable). Dans un monde où à chacun suffit sa gamelle il n’est pas de conflit. Sauf chez les hommes, qui en veulent toujours pour « le prix du repas et le lit du repos ». C’est ainsi et c’est pourquoi les poissons se taisent dans leur bocal alors qu’ils communiquent tant dans l’océan.

Quel rapport avec Vladimir et Erdostragon ? A la fois aucun et beaucoup. Je m’explique : les citoyens ne sont informés que par des organes de presse, des médias audio-visuels et des commentaires de bistrot. Ainsi Vladimir accuse-t-il Erdostragon de profiter du pétrole qu’extraie Daesh, et en apporte ses propres preuves, tirées de ses propres sources. Avec quelques images à l’appui. D’un autre côté, le baril de pétrole est à 47 euros, quand l’économie poutinienne comptait, avant l’embargo, en tirer 100. Mais je ne vais pas m’embarquer dans cette galère. (suffisamment d’exemples, entre Youkos et les journalistes assassinés). Et cette gangrène qu’est la corruption, de l’Ukraine aux pseudos démocraties africaines et américaines (bref, partout).

Hier, sur la Cinq, (« C à voir »), un homme que j’aime bien pour son analyse mais dont j’ai oublié le nom pour ne pas le démasquer, a déclaré : «  il faut intervenir à Syrte (Libye), sans mandat, très vite, bombarder ce nouveau fief de Daesh. Raqqah va être perdue (par ces tordus), et le cancer trouve, à 650 km de la Sicile, une nouvelle base solide, dans un pays en proie à l’anarchie la plus totale, avec deux gouvernements opposés, sans nul doute une corruption massive, des intérêts personnels, bref, le chaos.
N’ayant aucune compétence en politique et peu en d’autres matières, j’ajouterai cependant, (bis repetita placent), que ces élections régionales me sont complètement indifférentes, incompréhensibles, et que je n’en attends rien de plus qu’un spectacle de beaux parleurs sur moult chaînes publiques et privées, sur le thème récurrent : c’est la faute aux autres, heureusement je suis là pour commettre la même, c’est promis, si vous votez pour moi. La Lybie, c’est aussi ici. Devinez qui y fait son nid. De même, les 153 représentants des pays de la planète réunis au Bourget pour la COP 21 , se serrant illusoirement la main, quand il faudrait surtout se serrer les coudes, rien de bien concret n’en ressortira.

Et nous, incrédules et patients, eh bien que faisons-nous ?
Nous attendons Godot.

-par AK Pô
05 12 2015
Ptcq

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Comments

  1. Il faut que je relise l’espoir de Malraux. Il y a bien une porte de sortie…

  2. Joël Braud says:

    Dali que j’avais rencontré dans la gare de Perpignan, racontait cette histoire pour illustrer ce propos que vous reprenez à bon escient : « le cannibalisme est la forme suprême de l’amour ». Il ajoutait : » tu l’aimes ta mère ? Oui. Eh bien reprends en ! »

  3. Georges Vallet says:

    «Très joli texte.
    Comme avec humour et réalisme ces choses là sont dîtes!

    Le nouveau Beckett est arrivé; «en attendant Godot» n’a pas besoin d’être réactualisé, il illustre toujours bien notre époque; tous ces êtres qui, pour rendre supportable l’insupportable, s’inventent des jeux, des dialogues, des compères, des lunes, des nuits et des jours, notre environnement n’en manque pas. Le théâtre de cette vie«absurde» est animé par les politiques, les médias et par nous-mêmes, demain, aux élections.
    God-ot, le petit dieu, habitera-t-il les décideurs de la Cop 21?

    « Vladimir accuse-t-il Erdostragon de profiter du pétrole qu’extraie Daesh »
    Un moment je mes suis demandé si Erdostragon n’avait pas abattu l’avion russe pour récupérer le kérosène qui restait dans les réservoirs!!!

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